Page de pub pour les anti-pubs

RAPDepuis cet été, une bâche d'une centaine de mètres carrés fait tache sur le fronton du musée des Beaux-Arts : réclame pour une entreprise de précarisation de livraison de repas à vélo, promotion d’un 4 x 4 bien polluant durant l'installation du nouveau plan de circulation, matraquage pour un nouveau smartphone aux gadgets inutiles. De la publicité tout le temps, n'importe où, pour n'importe quoi pour nous pousser à l’achat compulsif. Mais l'association Résistance à l'agression publicitaire (RAP) mène la fronde.
 
Si RAP existe nationalement depuis 25 ans, sa section lilloise est encore toute jeune mais déborde d’initiatives : recouvrements de publicités, phrases-choc collées sur les panneaux aux abords des écoles, extinctions d’enseignes lumineuses la nuit. RAP, dans une approche légaliste de la lutte anti-pub, se veut complémentaire de celle menée par les Déboulonneurs1 adepte de la désobéissance. Entre autres, RAP a mis en lumière l’installation illégale de panneaux publicitaires temporaires de JC Decaux sur la Grand'Place lors du forum mondial de l’économie responsable. Chaque année, l’annonceur profite de sa position de « partenaire » pour contourner l’interdiction d’occupation de l’espace public, et ainsi montrer à ses futurs clients qui est le patron. Récemment, RAP a lancé une pétition contre l’installation de ces publicités gigantesques sur le musée des Beaux-Arts de Lille. Fabien, un des membres, raconte leur action lors des journées du patrimoine : « Nous avons voulu retourner le message véhiculé par cette publicité sur le musée. Nous avons recouvert une vingtaine de panneaux publicitaires dans toute la ville en y affichant en lieu et place une œuvre d’art issue de la collection ». Retour ironique à l’annonceur !
 
Une rentrée financière de façade
 
Une lettre ouverte à Martine Aubry, ainsi qu’à la ministre de la culture Audrey Azoulay, n’a rien changé. La bâche est là, imposante, une horreur visuelle impossible à éviter. Louis, de l'association, poursuit : « Après de longues démarches, on a réussi à obtenir le contrat qui liait l’annonceur à la mairie. La ville reçoit le projet de pub sept jours avant sa pose et a un droit de veto sur son contenu ». En effet, le contrat stipule que « l’esthétique de l’affichage, son caractère culturel sont des conditions essentielles ». Pour les services municipaux, un sushi géant ou une voiture constitueraient donc un affichage culturel. Et dire que le musée n’a même pas son mot à dire.
 
Le contrat a été remporté par Defi Group, une ancienne filiale du numéro 2 du « mobilier urbain publicitaire » Clear Channel2. La société gère les contrats et doit reverser au minimum 5 000 euros par mois à la ville. Jacques Richir, l’adjoint-qui-s’occupe-de-tout3, affirme tout sourire devant les caméras de France 3 : « C’est une question de cohérence (sic) et nous le faisons parce qu’on se dit que c’est une solution pour avoir des ressources. La toiture [du musée] coûte extrêmement cher à rénover ». En effet, les travaux coûtent 8 millions d’euros mais la recette de la pub ne représentera a minima que 135 000 euros pour 27 mois d’exploitation, soit 1,69 % du coût total. Ça vaut bien la peine de nous pourrir le cerveau !
 
RAP
 
La MEL s’en mêle. Résistances !
 
La ville de Lille s’enorgueillit d’avoir enlevé treize panneaux publicitaires sur un total de 292. Une broutille... quand elle n’en rajoute pas une géante sur les Beaux-Arts ! La mairie de Grenoble, quant à elle, a quasiment supprimé l’ensemble des affichages de la ville. Certes pour verdir son image, mais elle a montré que c’était réalisable. Ce n’est pourtant pas le chemin suivi par la métropole lilloise. Le marché de la publicité pourrait prendre de l’ampleur dans les prochaines années. En effet, la MEL réfléchit à l’idée de réglementer la publicité, y compris l’affichage libre (politique, associatif), dans un règlement local de publicité métropolitain en octobre 2018. En plein conseil, Marc-Philippe Daubresse (député LR, vice- président) ironise sur les propositions de réduction des espaces publicitaires faites par EELV. Les éclats de rire dans l’assemblée laissent largement entrevoir l’issue des décisions de la MEL.
 

Il faut éradiquer le moteur de cette société de consommation mortifère par tous les moyens. Certain.es le font, quitte à risquer la taule. Marion, une déboulonneuse, passera devant le tribunal le 21 février 2017 pour dégradation légère et refus de prélèvement ADN. La publicité « agresse nos sens et colonise nos imaginaires », elle défigure les villes et les campagnes, personne n’en veut... sauf les élu.es.
 
AF
 
1. « La chasse est ouverte », Jacques Té et AF, La Brique n°44, été 2015.
2. « Lille vendue à la pub », SH et AdG, La Brique n°6, juin 2008.
3. Jacques Richir occupe 26 fonctions ! « Lille Sud, poubelle des riches », Mutines et AF, La Brique n°48, automne 2016.

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