Grève générale !

KAA MACRONDepuis la publication du rapport Spinetta, outil de justification forcée de la réforme de la SNCF, tous les chiens de garde que compte le système médiatique aboient à l'unisson. « Privilégiés », « galère », « pagaille », « prise d'otages » ... Le langage de sape tourne à plein régime. En attaquant les cheminot.es et dédaignant les étudiant.e.s, la machine néolibérale tente de soumettre des secteurs qui ont fait reculer plus d'un gouvernement par le passé.

 Depuis 1980, les pouvoirs successifs se sont méthodiquement attelés à appauvrir, démanteler, privatiser puis livrer aux marchés l'ensemble de nos services publics. Sous des étiquettes différentes, la méthode est toujours la même. L'État se désinvestit de ses missions, étouffant les hôpitaux, écoles, universités, chemins de fer... jusqu'à la rupture. Il ne lui reste qu'à prétendre que le privé ferait - forcément - bien mieux, bien moins cher, dans le meilleur des mondes. Christophe Barbier, éditocrate sévissant sur le service public, s'en fait le messager fidèle, saluant « une réforme bonne pour l'entreprise qui va devenir compétitive, bonne pour les usagers qui auront de meilleurs trains, bonne pour les salariés qui pourront faire de plus belles carrières. » Ceci est une Fake News.

Un démantèlement organisé

Depuis 40 ans, on assiste aux mêmes mécanismes de mise en crise de tous les services publics, justifiant a posteriori leur privatisation et la mise en oeuvre d'une concurrence exacerbée entre entreprises, entre services et entre salarié.es eux-mêmes.

À la SNCF, cela s'est traduit par une gestion clientéliste et irrationnelle des investissements : démesurés pour le prestigieux TGV, largement insuffisants pour les lignes régionales, catastrophiques pour les réseaux libéralisés plombés par la dette. À cela s'ajoute une pression accrue sur les effectifs des cheminot.es. Quant aux tarifs toujours plus exorbitants, ils sont dus à la dette et non au statut des « privilégiés-preneurs d'otages ». Derrière l'attaque contre les cheminot.es, il y a une lutte symbolique. Si ces dernièr.es tombent, le reste tombera. À l'heure où les cabanes de la ZAD se font violemment abattre au sol, il faut construire dans le dur. Pas le choix.

« Gréviculture » (Gabriel Attal, député marcheur). « Depuis 1947, l'entreprise n'a pas connu une seule année sans grève. » (Jean-Paul Chapel, journaliste de France 2). « Le gouvernement doit faire la pédagogie de la réforme » (Nathalie Saint-Cricq, éditocrate). « Les salariés du privé approuvent tout à fait le gouvernement. » (Brice Teinturier, enfumeur sondagier). « Pourquoi le conflit est-il à ce point éruptif entre les syndicats maximalistes et Emmanuel Macron ? » (Yves Calvi, présentateur éditocrate). « Double peine pour les usagers » (JT de France 2). « Une grève injustifiable ? » (David Pujadas, LCI).


Pendant ce temps, à l'Université, les baby-boomers des années 2000 se présentent aux guichets des amphis. Les pouvoirs publics ont eu 18 ans pour préparer les universités à cette vague démographique. Plutôt que de créer des places, d'agrandir les universités et de recruter des enseignant.es-chercheur.ses, les dirigeants successifs ont préféré laisser le système saturer. Ce qui est bien pratique pour justifier la fin de l'université « universelle », accessible à toutes et tous. Face à l'afflux d'étudiant.es, on met en place un système foireux de tirage au sort, avant de sortir d'un tiroir poussiéreux la fameuse sélection à l'université. Pas d'inquiétude, les boîtes privées trépignent déjà pour aider les étudiant.es les plus fortuné.es à franchir les portes de la fac sans effort.

On pourrait multiplier les exemples : dans la fonction publique territoriale, dans l'Éducation nationale, dans les EHPAD et la santé en général, à Air France, on sous-finance, on insulte, on démantèle, avant la grande braderie finale. Si vous avez le capital, vous en sortirez gagnant. Pour les autres…

Les luttes paient !

En mai 68 comme en 1995, plus récemment en 2016, c'est par l'alliance de tous.tes les travailleurs.ses, des étudiant.es, et des non-classé.es qu'il est devenu possible d'enrayer la machine. Paralyser le pays, les transports, l'énergie, s'attaquer aux pouvoirs économiques. Faire grève. Bloquer. Saboter. Ce sont les seuls moyens de faire renoncer les gouvernements à la botte du MEDEF.

KAA MACRON

Déjà à l'époque, les médias étaient prêts à se payer le service public, avides de « réformes ». Face à un Christophe Barbier - encore lui - qui trouve « curieux de voir les cheminots se battre pour un statut qu'ils vont conserver, qui ne leur sera pas appliqué, et de voir des étudiants bloquer des facs pour une sélection qui ne leur sera pas appliquée puisqu'ils sont déjà en fac ! », on lui répond que c'est ce qu'on appelle vulgairement « la solidarité ». Se battre pour les autres et pour des principes, défendre des intérêts collectifs n'entre pas dans son logiciel nombriliste et utilitariste.

Ennemi commun, lutte commune

Les luttes sont multiples, diverses, protéiformes. « J'ai du mal à voir la convergence », prétend Edouard Philippe. Qu'il regarde mieux. Parce que la volonté commune est la même. Parce qu'il y a Macron et il qu'il y a son monde. Ce monde qui prétend abandonner l'Aéroport de Notre-Dame-des-Landes et détruit quelques semaines plus tard au bulldozer 10 ans de cabanes, de constructions, de cultures paysannes et d'expériences de réappropriation collective.

La convergence des luttes a un sens. Macron ne s'attaque pas tant à différents secteurs qu'à des valeurs partagées. Il tente de décrédibiliser, diviser, saucissonner les causes, au besoin à coups de matraques et de gaz lacrymo'. Ses objectifs nous concernent pourtant toutes et tous : précarité généralisée, inégalités sociales, marchandisation exacerbée, management qui s'immisce dans tous les interstices de nos vies et destinés à nous rendre toujours plus mobiles, flexibles, malléables et dociles.

Mais la démonstration de force de Macron pourrait tout aussi bien signer sa défaite historique. Les assemblées générales interluttes à travers la France, comme à Lille le 4 avril dernier, ne sont que les prémices d'une révolte à venir. Des ponts sont à construire. Il faut aller plus loin : bloquer les trains, les raffineries, les transports aériens, couper l'électricité des grandes entreprises ; libérer la Voix du Nord et nationaliser Auchan.

Au pouvoir, aux politiques, aux éditocrates, il faut répondre par le nombre. Par le rapport de force. C'est le moment.

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