Bienvenue à Lambersar...kozie.

sarkoPour son grand retour en politique, Nicolas Sarkozy a choisi Lambersart. On s’attendait à une resucée des slogans façon 2012, et on avait raison. Du coup, on a préféré s’intéresser à l’ambiance du meeting, en s’infiltrant parmi les militants. Autant dire qu’on en a pris plein les mirettes...

Jeudi 25 septembre, une équipe de La Brique se donne rendez-vous à la gare Lille Flandres. Direction Lambersart. On a fait un effort vestimentaire, on chope le bus et on s’aperçoit qu’on n’est visiblement pas les seuls à se rendre au meeting de celui qui, dans la bouche de tous ces étudiants en chemise bleu ciel, fait office de sauveur : « Nicolas ».

On descend à « Saut du Loup » dans le quartier du Pacot-Vendracq, un coin populaire qui contraste avec le Lambersart bourgeois. Incognito, on passe à côté d’un RG – celui que d’aucun surnomment « blondinet ». Perché sur un banc d’arrêt de bus, il est tout occupé à surveiller les troublions qui pourraient gâcher la soirée. On s’approche de la salle Pierre de Coubertin. Pendant que la foule nous engloutit, les habitants du quartier observent, d’un air dubitatif, cette marée sénile aux colliers de perle.

Les Roms et l’engrais

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Marc-Philippe Daubresse, le maire de Lambersart veille à l’entrée, arborant fièrement nouvelle teinture et regard satisfait. Une heure avant le début de la grand messe, les supporters entonnent La Marseillaise et s’occupent en faisant « coucou » aux journalistes, quand une caméra d’I-tele fait son apparition. À coté de nous, une bourgeoise s’exclame : « non mais c’est Canal plus, Canal plus c’est la gauche ! ». Finis les coucous. Madame s’époumone : « Sales gauchistes, socialo-communistes, dégagez ! ». On appréciera le discernement intellectuel, compte tenu de l’appartenance d’I-tele au groupe Vivendi.

 

Soudain, une odeur pestilentielle envahit l’assistance. Ça se mate, et ça se renifle. Miss Dior prend la parole : « C’est qui ? Ça pue ! ». Chanel numéro 5 répond : « c’est probablement un Rom ». Shalimar enchaine : « ne m’en parlez-pas, je me suis fait cambrioler trois fois cette année ». Notre infiltration pourrait déraper : malgré tous nos efforts, difficile d’aligner autant de saloperies racistes. On apprendra l’origine de l’odeur suspecte en sortant du meeting : l’engrais des plantes du parvis de la salle.

Chacal pour soi

Les portes s’ouvrent. Un soulagement saisit l’assistance – mais il est de courte durée. Le chacun pour soi, valeur génétique de la droite, prend le pas sur le savoir-vivre. C’est la cohue. Madame Figaro, 70 ans, déploie une énergie insoupçonnée. Les envoyés spéciaux de La Brique sont piétinés. Un tsunami humain se déverse sur le staff encravaté qui perd patience : « Restez calme s’il vous plait ! On va vous faire passer cinq par cinq ! ». Tollé général, les groupies n’en démordent pas et continuent à pogoter. Devant les toilettes, une Belge est indignée que le vigile lui en interdise l’entrée. « En Belgique, ça ne se passe pas comme ça ». Le vigile, inflexible, aura cette réplique improbable : « De toute façon, la Belgique, on va la racheter ».

 

Sur scène, Marc-Philippe Daubresse puis Gérarld Darmanin, maire de Tourcoing, fraichement intronisé porte-parole du clan Sarkozy, se chargent de chauffer la salle. Daubresse se fend d’un vibrant hommage à la jeunesse, qui entre en délire. Juste retour des choses : en plus d’être les principaux organisateurs du meeting, ils ont débarqué en cars entiers pour donner l’illusion d’une soirée réussie. Retour ligne automatique
C’est le tour du député-maire de Tourcoing, Darmanin. Le front perlé de sueur, l’ancien directeur de campagne du très homophobe Christian Vanneste peine à porter la voix. Formé à Sciences PiPo, le type a l’air plus à l’aise face caméras que dans les habits du tribun.

« Sarkozy délinquant »

Le King entre en scène. Les perches des micros s’excitent, les flashs crépitent. « Ni-co-las ! Ni-co-las ! » scande la salle. Le chef prend la parole, et fait taire la salle. « Je voudrais vous demander une minute d’attention, parce qu’un français, Hervé Gourdel, etc. » Durée de la minute de silence : 12 secondes – c’est long, pour la télévision.

Puis au milieu d’une phrase du Champion, patatra ! Ce sont les jeunes pop’ qui se sont cassés la gueule. La table sur laquelle ils étaient debout ne pouvait plus les supporter. Notre voisine s’emporte : « On voit rien, les gens sont obligés de monter. Voir la star à l’écran d’ici ou de sa télé, c’est le même ». Ses commentaires fusent sans arrêt, son téléphone sonne, elle rabroue même son mari... Autour d’elle, la foule s’écarte, les fesses se serrent. On ne peut s’empêcher de se demander si ce n’est pas aussi son accent ch’ti et son style vestimentaire qui suscitent tant de crispations.

Tout-à-coup, une banderole claque et défie l’assistance. Des fauteurs de trouble ont échappé à la vigilance de la sécurité et crient : « Sarkozy délinquant » – huée générale. Il est vrai que la foule n’a pas encore eu vent des derniers tourments judiciaires de leur poulain. Déstabilisé, l’homme de la France Forte cherche à enterrer l’incident : « Mais ne vous intéressez pas à eux, ils n’ont aucune importance, ils ne pensent rien, ils ne font rien et ne vous feront rien. » Ils sont expédiés manu militari par le staff. Incident clos.

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Cons Patriotes

À la fin du meeting, c’est muni d’un dictaphone qu’on décide de jouer les journaleux parisiens. On s’approche d’une mère et de ses deux ados. On se déclare stagiaires dans un nouveau mensuel catholique. Deux minutes suffisent pour qu’un premier molleton soit lâché : « Les Roumains (sic) ça passe pas, non ça passe pas. Non seulement ils font la manche à chaque coin de rue, mais en plus ils reçoivent des subventions. » ’Paraîtrait même qu’ils paient l’ISF...

Un peu plus loin, Papa, Maman et leur rejeton sont ravis qu’autant de journalistes de la capitale aient fait le déplacement. D’emblée, Monsieur s’intronise porte-parole de la famille. Trois couplets sur la « grandeur de la France » et le « trop d’impôts tue l’impôt » plus tard, il se lance, avec nos encouragements, sur l’insécurité. « Moi je vais vous dire : je vais beaucoup à Paris pour mon travail – je suis cadre dans une grande entreprise. Allez du côté de la Gare du Nord, vous allez voir. Les vols, les agressions, les bagarres, vous sortez de la gare, vous êtes comme ça avec vos affaires [fait mine de protéger ses dossiers d’un ennemi invisible]. Moi je dis toujours à ma femme que j’ai l’impression d’être dans la cour de miracles. » Cachez ces pauvres qu’il ne saurait voir.

Querelle de Chapelles

On quitte la salle, et on tombe nez à nez avec des gueules qu’on connait. C’est l’Église de la Très Sainte Consommation. Ça fait plus de deux heures qu’ils haranguent la foule entre slogans outrageusement de droite et prières pour le grand « Kapital ». Beaucoup comprennent l’ironie et passent leur chemin. Quelques jeunes pop ne saisissent pas la manœuvre, posent des questions au « Pape 40 » mais se font immédiatement réprimander par un des organisateurs du meeting. Une quadragénaire au serre-tête déboule et explose sur Héléna du Fric, « pseudo-potiche » de l’Église : « Dégage socialope ! » 

tres sainte

On s’éloigne, jusqu’à croiser dans le parc Jean-Louis Borloo le blouson Front National de Louis-Marie Ganascia, porte-parole de jour de colère et de la Manif pour tous lillois. Lui et d’autres membres du FNJ distribuent des tracts pour la prochaine manifestation anti-GPA. L’extrême-droite sait où draguer sa future clientèle. Alors que l’Église était surveillée de près par les services de sécurité, la présence des FNJ ne semble poser aucun problème à personne.

Têtes de Vau… ban

La fête est finie. Les arrêts de bus sont bondés, on décide de rentrer en métro. On se confond avec le flux des étudiants en blouson siglé les Mines, Centrale, EDHEC, ESC et des étudiants de la Catho… Bref, le tout-Vauban. Dans notre rame, une jeune étudiante en droit détache subrepticement son autocollant « Mon Président, Nicolas Reviens » Face à ses acolytes au regard interrogateur, elle se justifie : « Je le détache, sinon à Moulins je vais me faire frapper ». Après tout..

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