Violette Spillebout : Un goût d'arnarque « démocratique »

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Nous passons la porte du Polder, ce bar situé au 250 rue Roger Salengro à Hellemmes qui met à l’honneur depuis son ouverture les initiatives locales solidaires et citoyennes. Un soir de juin, quelques troubles fêtes sont venu.es peindre façon karcher la façade : « Non à LREM » « Pas de Quartier pour Macron », « En marche ou crève ». En cause un « débat » organisé par la candidate LREM Violette Spillebout. Un souvenir amer pour un membre du Polder qui « ne parle pas à la presse » et « n’a aucune confiance dans La Brique »...

Accueil crispé du journal par cette personne que nous appellerons Bill. En cause, une petite phrase dans le numéro précédent1 portant sur le coup de peinture: « Est arrivé ce qui devait arriver »: « C’est agressif et violent ! Tu viens légitimer la violence qu’on a subie… je refuse de te répondre » répond Bill, visiblement irrité « Vas-y, note ce que tu veux, tu peux écrire qu’on n’est pas la ‘’citadelle de l’extrême-gauche’’ ici ». Pas facile de venir gentiment écouter et demander la contradiction...

L’argumentaire est assez simple: « Au Polder on accueille tout le monde, sans exception dans les limites qu’on s’est fixées dans les statuts: pas de stigmatisation, pas de violence ». Ainsi, on a pu voir régulièrement se réunir toutes sortes de partis politiques, NPA, France Insoumise, le Parti Socialiste, les Verts, sans que le lieu se retrouve peinturluré. « il y a des gens qui sont investis sur le quartier qui veulent faire vivre les choses et viennent rencontrer les habitants ».

Oui, mais LREM quand même ! Ceux qui éborgnent, noient un fêtard dans la Loire, expulsent à tout va et stigmatisent les pauvres… C’est une question d’appréciation, Bill n’est pas d’accord mais au moins les lignes sont claires: « j’ai respecté les statuts du Polder» et de glisser que –quand même– le gouvernement Macron « Ce sont les pires qu’on ait connus ».

Respect des espaces

Droite comme gauche, chaque camp a besoin de ses espaces pour formuler ses ancrages et idées pour le débat démocratique. Si le syndicat, le parti, les instances représentatives et institutions politiques ( les corps intermédiaires ) ne sont plus considérés comme des espaces où se forgent les idées; les réseaux sociaux, les cafés associatifs, la rue et les places publiques deviennent les lieux où une démocratie plus «directe» se formerait: « La vraie démocratie, elle est ici ! » comme il est crié en manif.

Ce n’est pas l’ambition du Polder, qui tient à garder son cadre et refuse « l’entre-soi militant » et la reproduction sociale qui en découle: « ici, des gens ont pu découvrir des choses qu’on ne trouve pas habituellement ». Ce qui est contraire à la «pensée» macroniste qui n’imagine la vie qu’en une succession de zones utiles à la Simcity: zones commerciales, industrielles et d’habitations. Une ville gommée de ses spécificités dès lors qu’elles ne s’inscrivent pas dans un marché: bref une ville sans Polder.

La macronie se veut depuis ses débuts l’expression d’une synthèse novatrice entre la « gauche » et la « droite ». Elle envahit et déploie son imaginaire et ses mots dans l’ensemble du champ politique: médias, cercles de réflexion ( souvent patronaux ), assemblées, think tanks… mais elle déborde également les espaces dévolus aux initiatives « d’en bas ». Ce n’est donc pas dû au hasard si le siège de campagne de Violette Spillebout se situe rue Gambetta à la jonction entre Lille-Centre et Wazemmes.

Dans le contexte des élections municipales, la stratégie électorale de Spillebout consiste à s’accaparer « la voix populaire ». Le Polder, coincé par son argumentaire de libre expression, de diffusion des idées, se transforme en friche exploitable aux velléités prédatrices de partis politiques assoiffés de renouvellement stratégique comme LREM.

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Fais ce que je dis, pas ce que je fais

Si le Polder, au nom de la démocratie, permet « des débats » ouverts à tou.t.es. Il n’est pas certain que LREM soit autant tolérante. LREM ne supporte pas la cohabitation, même dans ses propres rangs: les député.es godillots qui ne votent pas à l’aveugle sont exclu.es ou sanctionné.es. Quant au dialogue avec les syndicats, les autres partis, les gilets jaunes, les militant.es écolos ou le Défenseur des Droits: ils sont inexistants. Au fond, le logiciel LREM impose sa vision et détricote un à un ce qui crée le « commun ». Un règne sans partage qui se déploie dans tous les espaces et les vide de leurs aspérités politiques. Leur « débat démocratique » est binaire: quiconque n’adhère pas au « projet » est automatiquement vu comme réactionnaire et peu enclin à la démocratie.

La controverse avec Valérie Petit2 le confirme: la candidate écartée par les instances nationales au profit de Spillebout refuse même de soutenir la liste. Elle se rebiffe: « Je ne soutiendrai aucun candidat à Lille aux municipales. Le choix fait par la commission nationale d’investiture de La République en marche me pose des problèmes d’éthique. Je suis donc dans l’objection de conscience ». A ce propos, on reste ouvert au journal pour avoir un peu plus d’explications sur « les problèmes d’éthique » rencontrés par Valérie Petit.

Les tentatives d’En Marche pour s’implanter dans les quartiers populaires ou des espaces classés historiquement à gauche sont vécues comme des agressions. L’impression générale transpire la verticalité entre les cadres et les « classes créatives de la start-up nation » ( artistes auto-entrepreneurs, designers, architectes ) contre les pauvres et les classes laborieuses3. Entre la classe qui sait et la classe à éduquer. L’argumentaire du Polder ouvre alors une brèche dangereuse. Il y a celles et ceux qui osent -ou pas- assister à ces débats inconséquents et la façon dont ces derniers seront diffusés, publiés, retweetés jusqu’à faire exister cette inexistante démocratie directe.

Pour Bill, la macronie procède effectivement à une « mise à mal de la capacité d’expression » et Bill ne s’en cache pas, son objectif c’est « d’articuler la démarche offensive politiquement » et faire émerger le débat contradictoire.

De fait, le soir de la fameuse réunion de la candidate En Marche, l’ambiance était plus calme. Pour Dominique4, présent ce soir là malgré la présence policière sur le trottoir d’en face, « c’était franchement sérieux et chiant, il y avait une vingtaine de personnes et la parole passait entre 3 et 4 soutiens de Spillebout, ils se sont lancés dans une sociologie du quartier à 2 balles en disant qu’il y avait moins de prolos qu’avant et que l’arrivée des cadres provoquait des nouveaux besoins ». La vingtaine, c’est toujours les mêmes têtes dans toutes les réunions, ils ne font que changer de décor, un rapide tour sur les réseaux sociaux suffit à s’en rendre compte. « Quand tu vois les gesticulations sur les réseaux sociaux et ce que c’est en réalité, y a un sacré écart ». D’ailleurs, la légende de la photo postée par Violette Spillebout fait percevoir une réalité quelque peu exagérée: « [Le débat] a encore une fois permis à LilleC5 d’intéresser largement les Lillois et Hellemmes [sic]. Nous avons entendu la nécessité d’autonomie des assos, l’envie de participation des habitants aux décisions et le besoin fort de transparence et de pédagogie. » Autant d’enthousiasme affiché nous interroge, tant l’équipe de Spillebout se contente de peu.

En tout cas, la rhétorique de la libre expression Polder versus extincteur profite tout de même à Spillebout qui aspire et dévoie tout ce qu’elle touche6: manque de transparence, opacité sur les propositions et l’émergence du programme, tentatives de manipulation, la liste pourrait être longue.

Les tags anonymes de cet été, posés en mode vandale, s’ils font plaisir visuellement aux adversaires de Spillebout, lui donne de l’importance et lui permet par ses logorrhées de se poser en victime courageuse et par là-même, de se montrer renforcée par tous les soutiens républicains et citoyens.

Que du vent pour #FaireRespirerLille ?

En effet, le mot citoyen n’apparaît comme étant ni de gauche, ni de droite. Pratiqué à toutes les sauces, il peut accueillir tout et son contraire. La vacuité transpire par les termes utilisés par Spillebout à chaque déclaration. Les mots clefs du langage techno-métro-politain7 viennent tapisser des phrases sans idées mais dont on sait qu’elles appartiennent au Projet. Comme ces « Lundis Ouverts », toujours agrémentés de bien belles photos mais de très peu de propositions concrètes.

Une méthode qui n'est pas sans rappeler les équipes de « sondeurs » de Macron avant la présidentielle, censés définir le programme « voulu par les Français », dont on sait que le seul but était de fabriquer une fausse adhésion par la population et une légitimité artificielle. Programme qui lui aussi se faisait désirer: à l’époque, le candidat Macron avait dévoilé son programme début mars 2017 pour l’élection se déroulant le…23 Avril 2017. Ce n’est sans doute pas pour rien que Sibeth Ndiaye, la sulfureuse porte-parole du gouvernement, déclare à propos de Violette Spillebout « c’est pour moi quelque part l’incarnation presque cliniquement parfaite de ce qu’est En Marche ».

 Don Quichotte de l’En Marcha?

Autant de gesticulations autour de Spillebout qui ne font qu’alimenter un moulin à vent. Contre la « vision » ultra-médiatisée de LREM, qu’est-ce qu’un coup de peinture ? Comment lutter contre la stratégie électoraliste de cette nouvelle clique politicarde au programme flou en recherche d’adhésion? Nos verbes seraient-ils ici devenus faiblesses face à la novlangue libérale 2.0 et faussement positive ? Pourtant nos expériences ne sont-elles pas le récit le plus efficace contre la langue policée et propre d’une pensée dont on sent bien qu’elle nous veut pas que du bien ? Allez quoi, c'est pas comme si celle qui crie à la liberté d'expression proposait jadis à La Brique l'autocensure ? Ce n'est pas comme si le couple Spillebout ne connaissait qu'une seule drogue: l'argent public ! Ce n'est pas comme ci ceux-là s’embarrassaient en leur temps « du Code du travail ou de considérations éthiques » dans le cadre des Transphotographiques8 et dans le même temps crient à la transparence en se gardant bien de balayer devant leur porte.

Harry Cover

 

Le navire prend l’eau? Les rats quittent le navire!

Soutien soudain et médiatique de l’été, Michaël Moglia (ex-PS) se barre de l’équipe de campagne. L’ancien conseiller régional déplore les soutiens de l’UDI, du mouvement radical, social et libéral. En bref, il découvre l’eau chaude et que Violette Spillebout n’est pas vraiment de gauche. Mécontente de ce revirement, l’intéressée ne se met pas en cause et évoque les tracas du réseau Like (villes et régions européennes pour la culture dont Moglia est président) comme raison de cette prise de distance, jolie petite crasse.

Quelques jours plus tard, c’est au tour de Dominique Bailly (ex-PS) et directeur de campagne de la macroniste de quitter l’aventure. Une histoire de lobbying avec Gilles Pargneaux (ex-PS) et de torpillage d’un projet de loi concernant les consignes des bouteilles en plastique voulu par le gouvernement. ça pique. Selon Spillebout, Dominique Bailly « a souhaité à la fois pouvoir prendre du recul pour se concentrer sur ses activités professionnelles » Là encore, circulez, y a rien à voir !

  1. H. Cover, La Brique n°59 « La laborieuse campagne de Spillebout dans les quartiers populaires ». été 2019.
  2. Ibid, « Haute voltige de basse politique ».
  3. Parmi l’équipe de campagne de Violette Spillebout, il n’y a tout simplement pas d’ouvriers, par contre on rencontre pléthore de directeurs, consultants, responsables, gérants, chefs de projets...
  1. Dominique est un abonné curieux de La Brique
  2. LilleC est le collectif imaginé par l’équipe de Spillebout pour porter la candidature de celle-ci. On se fait désirer !
  3. Voix Du Nord du 03/09/19: « Des coureurs de la Braderie ont eu la surprise de se reconnaître dans un clip de campagne de Violette Spillebout, ce week-end... ».
  4. Jean Pierre Garnier, Article XI «Petit lexique techno-métro-politain», 18 Janvier 2011. « Une novlangue métro-techno-politaine est mise au service de l’ordre urbain, social et technologique imposé par les classes dominantes. »
  5. S.G, La Brique n°3, « Dans la chambre noire des ''transphotographiques'' », Juillet-Septembre 2007.

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