« On veut visiter l'expo ! »

1.nuitdebout 14avrilIl fait beau ce jeudi à 17h30 sur la place de la République à Lille. Ça tombe bien, c'est l'inauguration de la candidature de la France de l'exposition universelle pour 2025. Quelques containers sont posés là, surplombés par une énorme bulle où sont projetées des images dignes d'un film d'anticipation anxiogène. Dans cette grosse boîte et devant les médias, la petite délégation d'élu.es est tout sourire : Martine Aubry, Jean-René Lecerf, Xavier Bertrand... serrent une petite pancarte « Lille #jeveux2025 ».

 

Comme sait le faire Aubry, une petite sauterie est organisée dans le Musée des Beaux-Arts, à cinquante mètres de là. Toutes les huiles locales y sont conviées. On ne pouvait pas rêver mieux pour lancer Nuit Debout dans l'action ! Durant la cérémonie, quelques personnes lisent des textes à haute voix. Alors que le rassemblement reçoit depuis quelques jours des invitations insistantes à déguerpir pour laisser la place à l'Expo, la veille l'AG avait une nouvelle fois décidé de rester à République. C'est à croire que le RG présent tous les soirs ne fait pas son boulot.

 

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Le timing parfait

 

Pour le plus grand plaisir des Nuit Debout, les élu.es, costards-cravates, et bourgeois.es doivent, pour avoir accès au champagne et petits-fours municipaux, traverser l'espace occupé par Nuit Debout. Une trentaine de personnes sort soudainement des casseroles et des cuillères. Sous ce tintamarre, la procession des nanti.es se dirige, penaude, vers son lieu de ravitaillement. L'hilarité fait l'unanimité dans la foule des cuisinier.es. (Vidéo n°1)

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La seconde erreur a été d'oublier de fermer l'entrée de service à l'arrière du musée... L'action anticipée se transforme en action spontanée. Une à une, les personnes feignent de partir et se rassemblent discrètement derrière le bâtiment. Une partie du groupe se faufile à l'intérieur. Tandis que dehors, au son du saxophone, une cinquantaine de Nuit Debout se dirigent vers la réception et commencent à taper contre les vitres. Quelques pétards claquent pour signifier leur présence. Le vigile du musée est un peu débordé. Aubry interrompt son meeting, apparaît à la vitre, désarçonnée. Elle croise à ce moment-là le groupe intérieur qui lance des slogans contre la loi El Khomri. Prise de court, elle tournicote de rage, puis vient leur dire : « L'expo universelle, ça n'a rien à voir avec la loi El Khomri. En plus, ça va créer des emplois » (vidéo n°2). Sur le parvis, une compagnie de CRS repousse la bande hilare vers la sortie.

 

Diversions humoristiques

 

Le groupe, chauffé à blanc, est curieux de savoir ce que contient cette expo universelle. Il se dirige en masse vers le lieu. Les CRS protègent le spot, barricadent toutes les entrées. Le groupe décide de jouer la carte de l'absurde et tourne en rond autour de la fontaine. Les flics, désappointés, n'y comprennent rien. Un tour, dix tours de fontaine, et puis le groupe faignant la discipline se met en file indienne, comme pour faire la queue à cette fameuse expo. La police interdit l'entrée, même aux visiteurs venues pour l'occasion. Las d'attendre, le groupe part et fait le tour. Ça se met à taper sur les parois aux cris de « on veut visiter l'expo ! ».

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On rigole encore une fois et le groupe laisse l'expo derrière elle. De nouveau, le rituel quotidien de l'agora prend place : l'AG va commencer. Cette action, à peine anticipée, est probablement la première action spontanée et directe qu'a connu le mouvement lillois depuis ses débuts. La cinquantaine de personnes en action cohabitaient d'ailleurs avec environ 150 autres, qui parallèlement, débattaient au sein des commissions. Cette répartition des forces militantes est à la fois instructive sur les modalités d'organisation du mouvement, mais devrait aussi interpeller sur l'articulation entre action et réflexion, et de son efficacité politique.

 

  Vidéo n°1 (extérieur)

 

 Vidéo n°2 (intérieur)

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