Édito n°64 : Le temps des clarifications

Macron OEdipe Roi« Un grand désordre règne sous le soleil : la situation est donc excellente » disait Mao Tsé-Toung (1).

Qui parvient à croire à la réalité de Blanquer, de Darmanin ? Nous restons sidéré.es, nous restons incrédules, devant ces personnages qui nous gouvernent, devant ces revirements quasi-quotidiens invariablement présentés comme autant d’instants aussi ultimes que décisifs, devant ces déclarations emphatiques faites en clignant de l’œil, devant ces discours qui ont le pouvoir de changer nos vies mais où l’on ne fait même plus l’effort de masquer les décisions les plus obscènes.

 

Le parti de l’ordre, les tristes gestionnaires qui prétendent diriger nos vies, ne cesse de produire du désordre : il détruit la nature, les institutions sociales. Il détruit la raison par la négation du réel. Nous nous heurtons à l’absurdité d’un monde créé de toutes pièces par des discours sans prise sur le réel.

Choses qui paraissent affligeantes

Dans ce journal, tu trouveras ainsi les tristes aperçus de la destruction : les dernières exactions du pouvoir, avec un article sur le harcèlement policier des exilé.es sur la friche Saint-so, un autre encore sur l’avenir riant de la surveillance policière dans la métropole, ambiance garantie 100 % techno-futuriste avec drônes. Ah, les fascistes, ah les chiens rampants du capital. Tu y verras la ségrégation spatiale, avec les usines transformées en lofts de merde pour les sales bourges. Tu découvriras notre compte-rendu scrupuleux des dernières inventions par lesquelles le capitalisme s’acharne à détruire nos vies : Tropicalia, un projet délirant de serre équatoriale sur la côte boulonnaise, où notre aspiration légitime à la préservation de la nature est détournée vers l’écologie-spectacle prédatrice.

Choses désagréables à voir

Michel-Ange, sculptant La Nuit : « si c’est pour voir Macron, ne te réveille pas » (2). La distance entre les paroles et les actes atteint des sommets. Comme dans les meilleures époques historiques, notre moment se caractérise par cette alliance si particulière de violence et de grotesque. La médiocrité de ces gens, loin de les affaiblir, renforce leur emprise sur nous : nous ne pouvons croire que c’est sérieux, et pourtant ça l’est. Cette langue impossible qu’ils utilisent, faussement mesurée, faussement technique, faite de pseudo-modernismes (« résilience », vraiment ?), trouve son usage le plus adéquat dans l’homme qui croise « des gens qui ne sont rien ». « Après la tragédie, la farce » : et maintenant où en sommes-nous ? On ne serait même pas surpris d’apprendre, comme dans une nouvelle de Philip K. Dick (3), que Macron n’existe pas, qu’il n’est qu’une apparence, une illusion aux yeux clairs aussi froids que la mort. Car, bien sûr, derrière le masque du mauvais comédien il n’y a rien et si on l’arrachait c’est tout le visage qui viendrait avec, ne laissant subsister que le vide. Cette comédie n’amuse vraiment pas, ce qui la rend d’autant plus terrifiante.

Elle s’accompagne de la plus grande violence : contre les pauvres, les étranger.es, les musulman.es (tu liras notre témoignage sur la pression subie par une étudiante voilée à l’Université), contre notre raison, contre nous en fait.

Choses dont on n’a aucun regret

Qu’y aurait-il à dire sur la gauche, maintenant que c’est fini ? Hier encore, la gauche se contentait de ne rien vouloir (c’était le stade Hollande). Désormais la gauche désire le rien, ardemment, en mode viva la muerte (c’est le stade Automne républicain). Comme dit Prince : « certaines personnes veulent mourir, pour être libre ».

Macron crève les yeux

Choses que l’on a grande hâte de voir

Dresser la liste interminable des abominations de la classe dirigeante n’a malheureusement jamais suffit à donner envie à quiconque de se bouger pour y mettre fin. Nous te parlerons donc de ce qui est chouette, de ce qui est à même d’enthousiasmer. Comme disait Anselme de Canterbury (moine bénédictin, XIe s.) : « je ne veux pas comprendre pour croire, mais croire pour comprendre ».

Nous avons des luttes, des histoires, des créations. Nous avons, nous, un riche imaginaire, fait de guillotines et d’éloquence XVIIIe, de compost collectif et d’Ukrainiennes sur des tracteurs dans des kolkhozes (et de vidéos de chatons). C’est cela qu’il faut montrer. Une véritable lutte politique ne laisse pas indemne : c’est une expérience subjective. Nous te parlerons donc de la joie d’une manif contre le patriarcat, nous te raconterons, dans l’encart central détachable de 4 pages, richement illustré, tout ce que nous savons de la lutte des interluttant.es au théâtre Sébastopol contre la presque-suppression de l’assurance chômage : l’occasion précieuse de revérifier pour son compte combien la lutte peut être exaltante, créatrice de possibles, occasion de rencontres, de découvertes, d’explorations, de constructions collectives.

Le collectif de La Brique

 

1. Vanne validée par le comité central exécutif de la Rédaction.
2. L'anecdote est peut-être apocryphe (elle sort possiblement du régime de la vérité).
3. Écrivain de SF parano.

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