Lille Métropole sert la soupe à Keolis... et crache dans celle des pauvres

portiquesdessin 1Parce qu'elle s'est embarquée dans un nouveau contrat foireux, Lille Métropole s'est mise en tête de faire les poches des pauvres pour rembourser la société qui gère Transpole, Keolis. Au passage, Darmanin, maire de Tourcoing et vice-président aux transports, en a profité pour nous coller des flics et des portiques. Ce qui devait arriver est déjà là : depuis le basculement à droite de Lille Métropole, la nouvelle majorité poursuit la même politique que l'ancienne – en pire.
 
 
Tout commence par une tambouille mal ficelée. En 2011, Lille Métropole (MEL) signe avec la société Keolis un nouveau contrat pour la gestion du réseau lillois de Transpole. Une série de clauses stipulent que la MEL doit tout mettre en œuvre pour assurer la rentabilité du réseau. Sauf que rien ne se passe comme prévu : pas assez de voyages assurés (178 millions sur les 245 convenus pour 2017), et une fraude qui dépasse toutes leurs prévisions. Conséquence : Keolis n'est pas, mais alors pas du tout rentrée dans ses frais. Depuis 2011, 40 millions de dette se sont accumulées. Alors à la MEL, c'est la panique : la fin du contrat est pour 2017, et il faudra bientôt rendre des comptes – ou plutôt les solder. Keolis réclame 50 millions, quand la MEL estime qu'elle ne devra que 4 millions. Dans tous les cas, il faudra passer à la caisse. Et Darmanin, élu délégué aux transports de la Métropole, a trouvé une parade lui permettant de faire coup double : renflouer les caisses... en donnant libre cours à ses délires sécuritaires.

T'es pauvre ? Ben reste chez toi.

On connaît désormais la solution retenue : une hausse du prix du transport chiffrée à 3 millions d'euros. La MEL justifie cette augmentation en invoquant une augmentation de la TVA1 sur les transports. Prévue pour 2014, elle avait été initialement repoussée – il faut dire qu'à l'époque, on était en période pré-électorale. Darmanin a beau s'imaginer une tarification « sociale » et un souci d' « équité » : il a surtout précisé que « plus personne ne voyagera gratuitement ». Et tant pis pour les retraité.es, les chômeur.ses et les déficient.es visuel.les visé.es par la mesure. On vous le dit, la gratuité c'est fini : un abonnement pour un minimum de sept euros par mois sera désormais requis. Plus généralement, la nouvelle grille appliquée à partir du 1er janvier 2016 se traduira par une hausse massive des tarifs pour une bonne partie des usagers.

Mais de quoi je me MEL ?

En guise de nouvelle grille2, on parle plutôt d'un tableur avec 30 000 catégories différentes. Au point de se demander si la complexité n'a pas été pensée pour perdre les usagers – la clientèle, pardon. La nouvelle tarification sera calculée sur la base du quotient familial, soit les ressources de la famille divisées en parts. En gros : la gratuité est remplacée par trois seuils de réduction. Ces seuils concernent les personnes disposant d'un QF allant de 375 euros à 716 euros. Au-dessus de ce dernier seuil, il faudra désormais payer plein pot. Pour les réducs, il faudra donc montrer patte blanche et prouver au millimètre qu'on est aussi pauvre qu'on le prétend. Place à la paperasse, qui en découragera sûrement plus d'un.e de recourir à ses droits.
Si une partie des usagers pourra peut-être s'y retrouver (comme les chômeur.ses non-indemnisé.es qui n'avaient droit à rien auparavant), les plus défavorisés seront davantage dépouillés que les plus riches : alors que certain.es personnes bénéficiaient de la gratuité, ils devront à présent allonger 72 euros par an quand les plus aisé.es devront eux s'acquitter de... 40 euros supplémentaires. Ces derniers régaleront néanmoins – et au total – Transpole de la maudite somme de 588 euros par an, rien que ça. La fin de toute gratuité pose aussi la question de l'accompagnement des personnes à mobilité réduite : la nouvelle tarification touchera-t-elle les accompagna-teurs de personnes dont la carte d'invalidité précise « avoir besoin d’une tierce personne » ?
portiquesdessin 1

Humour orwellien

La MEL a donc besoin d'argent. Sauf quand il s'agit de financer les projets sécuritaires de Darmanin : alors là, c'est carte bleue. D'ici 2017-2018, sept stations seront équipées d'imposants portiques à l'entrée des quais, le tout pour un coût invraisemblable de 9 millions d'euros. Peut-être que les vitres seront en diamant. Avec ces nouveaux dispositifs de contrôle, Darmanin espère enrayer la fraude jusqu'à obtenir un taux de recouvrement de 100% des amendes. Les agents de contrôles de Transpole sont certes habilités à demander l'identité des fraudeurs et fraudeuses, mais ils ne peuvent pas les fouiller. C'est ainsi que, d'après Transpole, les deux-tiers des personnes donnent une fausse identité pour esquiver leurs amendes. Autant dire que si Darmanin vise les 100% de recouvrement, il devra assurer un taux de présence des flics de... 100%. C'est pourtant écrit partout : « Avec Transpole, vous allez aimer être libre ».
 
Riton
1. Délibérations de la MEL du 17 avril 2015. La délibération du contrôle d'accès et de la nouvelle tarification ont été expédiées et votées à la suite.
2. Nouvelle tarification issue du rapport officiel de Transpole.

Tarification anti-sociale : le P.S. composte son ticket


Sur 179 élu.es, seul.es 15 d'entre eux se sont abstenus lors du vote. Et ce n'est pas la gauche, mais l'extrême-droite qui profite des réformes anti-pauvres pour se la jouer miséricordieuse. En plein contexte austéritaire, comment une dépense aussi élevée a-t-elle pu recueillir autant de voix ? Un élu de la MEL nous livre bien un indice : « Sur ce débat, il doit y avoir seulement 5 élus sur les 179 qui connaissent les tenants et les aboutissants ». Et il est fort probable que, comme d'habitude lors de ces longues séances où rien ne se joue1, la plupart a soit roupillé, soit égayé sa torpeur en prenant des selfies2.
On en est là, et certains vont même encore au-delà : à la sortie du métro République, on croise par hasard un élu du coin occupé à tracter pour Pierre de Saintignon. Sébastien Duhem est président PS du conseil de quartier de Fives, et proche de certains élus métropolitains. Après avoir cherché à nous refourguer sa came sur l'amélioration des transports promise par son leader, il nous présente Darmanin comme seul responsable de l'augmentation des tarifs et de l'installation des portiques. Aimablement, on lui rappelle donc que le groupe PS a voté pour ces décisions. S'ensuit une courageuse tentative de fuite : « Le Conseil régional, ben c'est pas la MEL, alors que nous là, on tracte pour la Région euh... ». On l'interroge sur la possible baisse de la fréquentation liée à la hausse des tarifs. Il répond comme un automate : « Croyez-vous vraiment que les gens qui utilisent le métro pour aller travailler vont arrêter de le prendre parce qu'on augmente les tarifs ? S'ils en ont besoin, ils l'utiliseront ». En voilà, une belle idée du service public !
 
1. La plupart des délibérations sont déjà ficelées au moment de passer en Conseil communautaire, au point que la mise au vote relève le plus souvent de la pure formalité. « Lille Métropole : ''Ils ne rendront pas ce qu'ils nous ont confisqué'' »,  voir La Brique n°33.
2. Si si, on est allé vérifier.

Rechercher

logo jemabonne

En brèves

  • Aujourd’hui tout le monde a peur

    Max Weber faisait de la bureaucratie l’instrument de la rationalisation du monde : soumise à la règle, elle préviendrait des initiatives individuelles insuffisamment fondées. Aujourd’hui, avec la réouverture pour le moins hasardeuse des écoles primaires, cet optimisme nous semble devoir être...

    Lire la suite...

  • Le mot des dessinateur.trices

    Thérèse (bis) a invité quelqu'un à la Brique et celui-ci n'avance pas vraiment masqué...

    Lire la suite...

  • Bêtises de la sucrerie de Cambrai

    Le 3ème groupe mondial sucrier, Tereos, s’enorgueillit depuis le début du confinement de produire des litres de gel hydro-alcoolique ; aux héros industriels, la patrie reconnaissante. Le communiqué de presse de l’entreprise en date du 23 avril 2020 s’ouvre ainsi : « Pour des causes restant encore à...

    Lire la suite...

  • Ça va vous faire tout drone...

    Les annonces de Macron sont parfois un peu en décalage avec les actes : après les commandes de gaz lacrymos plutôt que des masques à l'heure des premières secousses du virus en France, son ministère de l'Intérieur lance un appel d'offres le 12 avril pour 651 drones. L'homme qui sort les mots «...

    Lire la suite...

  • Angry Birds

    A Lille comme dans d’autres villes de France, La direction départementale de la sécurité publique use d’un drone équipé d’un haut parleur pour rapeller aux confiné.es qui s’aventurent dans la rue que l’ordre est toujours en place : "Police nationale, afin d’éviter la propagation du Covid-19, les...

    Lire la suite...

  • Cynisme d’Etat

    Le 30 mars, le Prefet de Seine-et-Marne annonce fiérement mobiliser les réfugié.es pourvoyant ainsi aux besoins saisonniers de main d’oeuvre agricole. Le 31 mars, la prefecture annonce qu’il s’agit de volontaires. Ces dernier.es seront rémunéré.es et travailleront dans les conditions sanitaires...

    Lire la suite...

  • Âme charitable

    Du grec ancien phílos, "ami" et de ánthrôpos, "genre humain", d’après le Larousse, le philanthrope est un ami du genre humain ou une personne qui cherche à améliorer le sort de ses semblables par des dons en argent, la fondation ou le soutien d’œuvres. Le Ministre, Maire de Tourcoing...

    Lire la suite...

  • Blanquer nous fait banquer : concours de circonstances !

    « Nous avons considéré que ces types de concours sont beaucoup trop importants pour les personnes concernées pour les reporte. »C’est ce que déclarait le matin du 15 mars le ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer suite à l’annonce par Macron de la fermeture des écoles. Pour finalement,...

    Lire la suite...

  • « CHEEEEESE » ou ta gueule !

    Entre Violette Spillebout pour qui Lille est « exposée aux trafics de drogues et à une menace terroriste », et Marc-Philippe Daubresse qui propose l’installation de 500 caméras - équipées de technologies de reconnaissance faciale - c’est la surenchère sécuritaire. Martine Aubry s’y était opposée...

    Lire la suite...

  • Appel à temoignage

    Cet appel à témoignage est en relation avec l'article Baiser sans bébé : Toute une histoire Un enjeu de la contraception propre aux femmes, c’est d’abord de pouvoir faire l’amour sans devenir mère. Si le risque de « devenir parent » implique les deux personnes, les précautions à prendre par...

    Lire la suite...