À la santé de la nôtre perdue

Santé gouv v8

Devant un hôpital : « Il nous faut des moyens pour faire face à l’urgence covid » assène une soignante à Macron qui lui répond « c’est pas qu’une question de moyens, quand on crée des lits covid, ça a un impact sur le reste de l’activité, c’est une question d’organisation». En une phrase, on mesure tout le mépris avec lequel la start-up nation considère les blouses blanches.

En effet, des opérations et des soins déprogrammés, des services entiers fermés pour récupérer le personnel et pour transformer les lits en unité Covid, ça nécessite de l’organisation. Ça annonce surtout une surmortalité pour les patient.es privé.es de soins1  et une surcharge de travail pour les professionnel.les quand les activités reprendront.

Mais tout cette réorganisation en urgence est nécessaire parce que les génies aux manettes n’ont rien anticipé pendant l’été ! Zéro augmentation de lits, zéro formation sérieuse ! Ils se sont résolus de jeter quelques milliards à la gueule des soignant.es comme ils l’ont fait pour les Gilets jaunes, simplement pour éteindre le grand incendie et mieux les laisser crever à petit feu.

Ainsi le patron tranche : vous n’aurez pas plus de fric, débrouillez-vous, c’est tout !

Ses deux griots s’agitent et surjouent dès qu’apparaît une caméra : Véran - la veine plissée et son hurlement primaire : « c’est ça la réalité dans les hôpitaux ! » ; Castex, -l’œil brillant et l’air candide : « tout a été fait, c’est pas possible de faire de nouveaux lits ». Ça gesticule sec pour dissimuler leur incompétence crasse. Puis surtout, ça distrait des mensonges énoncés, au calme, par le patron.

Le 26 octobre, lors de son dernier show télé, Macron assène que le système de santé est préparé pour la seconde vague : « nous avons formé 7000 infirmiers et médecins pour travailler en formation », alors qu’il ne s’agit que de formations bidons de 2 à 15 jours2 – à la place des 6 mois nécessaires habituellement. Et on devient vite un poids plutôt qu’un soutien pour ses collègues quand on n’est pas suffisamment préparé. « Nous avons les stocks de médicaments, les respirateurs, les masques, les blouses et les gants, tout le matériel nécessaire parce que nous avons appris de nos insuffisances, de nos manques durant la première vague », alors que des acteur.rices de terrain aux Agences régionales de santé en passant par les hôpitaux, tout le monde évoque déjà des risques de tension3. À l’heure où tous les professionnel.les de santé manifestent leur incompréhension face au manque criant d’anticipation, où ils hurlent leur colère, leur fatigue et leur manque de reconnaissance, les béats du capitalisme triomphant inventent une autre réalité.

Les effectifs craquent de toutes part. Les gens démissionnent4 , les postes vacants restent sans candidat.es, l’absentéisme n’est pas remplacé. Les fermetures de lits ont continué pendant l’été. Et ce n’est pas un « Ségur » - signé par des syndicats traîtres - avec ses 180 euros d’augmentation de salaire qui va attirer les volontaires dans ce merdier5 . Ce gouvernement continue de maltraiter la Santé en général et l’hôpital public en particulier, comme ses prédécesseurs. Le budget voté pour 2021 est d’ores et déjà insuffisant par rapport aux besoins anticipés. Pas plus, pas moins que les budgets précédents d’ailleurs, juste savamment insuffisant. Appauvrir la santé et les hôpitaux pour obliger à « dégraisser » et à ouvrir au privé. Recette vieille comme le néo-libéralisme. Même une crise sanitaire mondiale ne suffit pas à mettre en pause leur prédation capitaliste.

 

Santé boîte pans v1

Plein d’amis de corps vidés

Par chez nous, il y a un collectif qui s’est créé pour gueuler contre la mascarade du Ségur et en exiger un deuxième. L’initiative est partie d’un médecin anesthésiste d’une clinique d’Hénin-Beaumont. Le collectif « Santé en danger » compte près de 200 000 abonnées sur Facebook. Pour son créateur et leader, Arnaud Chiche, la révolution sera 2.0 ou ne sera pas. Pétition, live hebdomadaire, tweets frénétiques, l’omniprésent médecin charismatique suscite engouement autant que crispation. Bien que le collectif se veuille ouvert à tous les métiers de la santé, de l’hôpital à la médecine de ville, du privé au public, A.Chiche en demeure l’esprit et le stratège. Une culture militante d’un nouveau genre. Certain.es militant.es plus « classiques » lui reprochent une stratégie confuse, une naïveté politique, une structure verticale étouffante avec le risque de conduire la colère des soignant.es déjà épuisé.es dans une impasse. Quand d’autres comme Mathieu, très actif dans le collectif en plus d’être militant CGT et communiste, y voit « une démarche complémentaire d’ une action militante plus classique. Faut rassembler large si on veut peser, dans la rue ou ailleurs. »

La Santé n’est pas unie, chaque métier parle en son nom, chaque établissement pour sa survie, chaque secteur pour sa reconnaissance propre. Alors un collectif qui essaye de rassembler, pourquoi pas ? D’autres collectifs (inter-hôpitaux, inter-blocs, inter-urgences) fédèrent à d’autres niveaux et de manière plus horizontale et plus profonde. Mais ils n’en sont pas moins cantonnés à prêcher dans le désert. Les syndicats sont atones. De fait, le personnel hospitalier, peu syndiqué, n’a jamais eu un rapport de force très favorable vu qu’il lui est quasiment impossible de faire grève ou de bloquer l’activité. D’ailleurs la dernière manif du 15 octobre censée soulever les troupes n’a pas fait bouger les lignes. Même la mobilisation historique qui a secoué tout le secteur de la santé pendant plus d’un an, juste avant l’arrivée du Covid6 , n’a pas fait sourciller le gouvernement. L’arrivée du virus a simplement suscité d’émouvantes tirades à l’estrade sur « l’amour du soignant » et a donné lieu à un saupoudrage de quelques milliards sur nos héro.ïnes du quotidien, tandis que le gros de la cagnotte partait direct soutenir le CAC40 et ses dividendes juteux.

Dans ces conditions, il paraît absurde d'opposer les différents types de résistances à ces politiques mortifères. Aucune méthode d'organisation, ni logique partisane, ni technique militante ne saurait endiguer à elle seule la vague capitaliste qui détruit notre santé aussi sûrement que n'importe quel virus. Alors révolution 2.0 ou cortège syndical, leader charismatique ou collectif horizontal, grèves ou éructations télévisuelles, pétitions ou tribunes, rien ne suffira mais tout sera nécessaire.

 Le collectif de La Brique

  1. Augmentation d'au moins 2 % des décès par cancer au cours des 5 prochaines années. Soit 4000 à 8000 morts supplémentaires en France d'ici à 2025. Selon une étude récente de l'Institut Gustave Roussy. Et il ne s’agit que des cancers...et que des conséquences de la 1ère vague.
  1. « Préparation des hôpitaux : des professionnels dénoncent le décalage entre les déclarations d’E. Macron et la réalité », www.jim.fr, le 2 novembre 2020.
  1. « Nous n’avons pas de réserves » déplore par exemple l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, tandis qu’un responsable de la Pitié Salpêtrière estime que l’hôpital fonctionne aujourd’hui encore à flux tendu. Cit. www.jim.fr, le 2 novembre 2020.
  1. 180 000 infirmier.es ont quitté leur métier selon le communiqué de presse du Collectif inter-hôpitaux daté du 1er novembre 2020.
  1. Deux tiers des infirmier.es déclarent que leurs conditions de travail se sont détériorées depuis le début de la crise . Consultation réalisé par l’Ordre national des infirmiers.
  1. Pour rappel, quelques semaines avant le début officiel de la pandémie, 1200 médecins et chefs de service hospitaliers démissionnaient après avoir réclamé en vain des moyens pour l’hôpital public.

 

Rechercher

logo jemabonne

En brèves

  • Brèves industrielles

    Tropicalia, un projet Berck Berck ! Dans le genre projet inutile, la serre gigantesque de Tropicalia se pose là. À deux pas de la station balnéaire et hospitalière de Berck sur la Côte d’Opale dans le Pas-de-Calais, le projet de la plus grande serre tropicale du monde est prévu sur les communes de...

    Lire la suite...

  • Le bruit et l'odeur de l'industrie

    L'été 2020 avec La Brique, on a fait un tour de la région pour observer ceux qu’on assimilait au monde d’avant : les ouvrier.es ! On ne finit pas de les enterrer et pourtant ils existent. Baladez-vous le long de L’Aa, la Lys, la Deûle, la Scarpe, l’Escaut (dans cet ordre-là), pour faire un grand tour...

    Lire la suite...

  • L'US Café de Steenwerck

    Derrière ce nom qui sent le far-west se cache un bar éphémère installé sur un terrain au bord de l’A25. Des sièges et tables en palettes, un bar plein-air, des toilettes sèches : à mi-chemin entre le tiers-lieux et la ZAD, l’US Café apparaît depuis 2 ans pendant la période estivale grâce à un...

    Lire la suite...

  • Cargill : fleuron de l'industrie française ?

    Cargill, premier producteur agro-alimentaire mondial a une usine d’amidon à Haubourdin. Pour rappel, en automne 2019, la direction annonce une importante vague de licenciement (ou Plan de sauvegarde de l’emploi, PSE), au moins 180 emplois sur 330 sont concernés. Dès janvier, les ouvrier.es se...

    Lire la suite...

  • Haubourdin : l'industrie au nez des salarié.es

    La production de l'usine a déjà été arrêtée une dizaine de jours depuis l'annonce du PSE.   Deuxième mois de mobilisation pour les salarié.es de Cargill Haubourdin (lire La Briquette « La France en feu, les réformes au milieu », janvier 2020). Pour rappel, le numéro 1 mondial de l'agro-alimentaire...

    Lire la suite...