Il faut déboulonner Faidherbe

fafLe 20 juin dernier, des militant.es manifestent pour bannir la statue du Général Faidherbe de l’espace public lillois. Faidherbe colle à Lille comme un vieux chewing-gum : un lycée, une artère du centre-ville, et cette statue équestre qui toise la place de la République. Qui se souvient que l’homme fut responsable de nombreux massacres en Algérie et au Sénégal ? Une certaine idée de la république et de la « civilisation ». La Brique publie le discours (remanié) prononcé lors de la manifestation par le Collectif Décolonial Déterminé1 (alias le CDD) réunissant des personnes racisées qui agissent en non-mixité.

 

 le samedi 20 juin

«Merci à vous d’être présent.es, et de contribuer à écrire une nouvelle page de l’histoire commune. Actuellement sont menés des déboulonnages de statues en Amérique, en Europe et en Afrique, les trois continents formant le triangle de la traite esclavagiste transatlantique.

Quelle personne ayant subi les effets ravageurs du racisme jusque dans sa chair, ou ayant hérité de la mémoire intime et traumatique du colonialisme en guise de legs familial, peut encore accepter de croiser tous les jours, quand elle se promène dans la rue, des personnages héroïsés qui incarnent et ravivent toutes ces blessures physiques et psychiques ? Ceux qui lui rappellent continuellement tout ce que ses ancêtres ont dû endurer au nom de « l’œuvre civilisatrice » de l'Occident : pillages, viols, massacres, déportations. Plus qu’une question de mémoire, ce rassemblement est organisé pour marquer notre droit à la dignité. Nous, personnes racisées, ne voulons plus nous sentir insulté dans l’espace public. Ne pas l’entendre, c’est nier notre droit d’exister, d’être représenté.es dignement dans la ville, c’est admettre que le récit national qui fonde la République et la société française omet, euphémise, nie la violence et la domination intrinsèques à la colonisation. C’est également nier la colère, le désir de justice des victimes d’ethnocides et de leurs descendant.es. Dénoncer les vestiges de « l’œuvre civilisatrice » dans l’espace, c'est obliger à reconnaître ses incidences durables et concrètes sur nos vies. Oui, sur nos vies à nous, pas seulement celles de nos ancêtres, même 200 ans après l’abolition de l’esclavage.

Le colonialisme a donné naissance à la colonialité, une forme de pouvoir durable et profonde qui lui a survécu et continue de façonner nos existences. Elle inscrit dans les codes sociaux, l’économie et la politique de nouveaux rapports de domination. Faisons une deuxième décolonisation : celle des esprits et du pouvoir !

Même en tant que blanc.he, comment peut-on se sentir fier.es d'être français.es quand la pleine jouissance de cette identité ethno-nationale suppose de n’exister que par la domination exercée sur autrui ? Comment peut-on encore revendiquer comme la sienne une histoire déformée, tronquée, quand la réalité des faits vous place objectivement comme dominant.es, oppresseur.e ? N’en déplaise à ceux qui nous accusent de révisionnisme ou du négationnisme historique.

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Pour rappel, une statue de Napoléon qui se trouve actuellement au Palais des Beaux Arts de Lille a été déboulonnée en 1976 alors qu’elle était dans la Vieille Bourse. Cela n’avait rien de magique. C’était une décision politique. La loi Taubira de 2001, qui reconnaît l'esclavage et la traite comme un crime contre l'humanité, ne suffit pas. On nous parle encore de bienfaits de la colonisation dans les livres d’Histoire.

Honorons les peuples et les figures qui ont lutté pour la liberté de leurs semblables. C’est là votre part de responsabilité. Paul Lafargue par exemple, qu’on appelait le métèque à cause de sa couleur de peau, a été un militant lillois qui s’est battu pour la condition de vie des ouvrier.es. On ne lui accorde qu’un modeste nom de rue. N’oublions pas dans les récits des peuples opprimés la contribution à l’histoire de l’humanité de toutes les cultures et de tous les peuples, surtout indigènes, dans tous les domaines. »

Le collectif du CDD

Dessin par Swanolu

1 Vous pouvez les contacter à l’adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.ou via FB : Collectif décolonial déterminé

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