Camembert Rose

Rubrique Camembert RoseC'est désormais la petite coutume à La Brique, une rubrique « Culture », pour parler des choses issues de la culture qu'on aime bien ou qu'on a découvert récemment. Séries, feuilletons, théâtre, films, musiques, bouquins… La plume et le masque, nommés ou décrits dans votre canard préféré. C'est une page qui est marquée par des avis personnels, à la différence du reste du journal qui est écrit de manière plus collective (on essaie).

Frise Culture

TV shows, feuilletons et séries

The loudest voice.
(USA, 7 x 60 min)
L'ascension et la chute du magnat de Fox News, Roger Ailes, rendu célèbre non seulement pour avoir fondé l'un des plus influents médias ultra-réac, mais surtout par son comportement de vrai connard avec ses employées femmes. Belle série à charge sur fond d'époque #MeToo, Russel Crowe méconnaissable et flippant à souhait. Et, on jubile que la « plus forte voix » dans la pièce se fasse - mais alors bien - couper la parole.

The morning show.
(USA, 20 x 60 min)
Coquette autre série sur la férocité du monde des « TV shows », ici une matinale très télévisée. Pour l'occase, Jennifer Anniston le dispute à Reese Witherspoon, deux présentatrices que pas tout oppose, et là encore, les rapports de travail entre hommes et femmes sont au cœur de la trame. Bien que les rapports de pouvoir s'y dessinent très bien, c'est politiquement plutôt timide.

Hindafing.
(RFA, 12 x 45 min)
Le maire d'un bled de la Bavière d'aujourd'hui, complètement sous amphets, menteur et corrompu à bloc, et l'histoire très drôle de ses déboires et magouilles, dans une Allemagne rurale traversée de plein fouet des problèmes contemporains. Si l'accent bavarois ne vous a jamais fait rire, essayez ça.

Mytho.
(Fr, 6 x 40 min)
Une femme de la quarantaine croule sous la charge mentale de sa famille, qui ne voit même plus son travail domestique. Alors elle va mentir, et s'inventer un cancer. Mise en scène un peu hâtive, dialogues pas oufs, presque à tâtons... mais quelques bonnes idées : un gosse en transition de genre, un patron con mais philosophe, une copine sorcière, un facteur gâté, une coiffeuse pas chien. Et Marina Hands, touchante.

Our boys.
(Isr, 10 x 50 min)
Juin 2014, trois ados, juifs israéliens, disparaissent. D'immenses rassemblements religieux implorant leur retour sont massivement télévisés. Quelques jours après avoir découvert leurs corps, un jeune musulman, Mohammed Abou Khdeir, est retrouvé brûlé vif. La meilleure série d'espionnage à jeter un coup de projo très accusateur sur la politique colonialiste suicidaire de l'État hébreu. À saluer.

Peepoodo & the super fuck friends.
(Fr, 18 x 5 min)
Comique et très malin petit strip animé qui se penche sur les méandres de nos sexualités, leurs pannes, leurs joies. Peepoodo, son copain Kevin et leur amie, le Docteur Lachatte, vont tout nous expliquer. S'ils se baladent à poil, c'est que c'est plus marrant. En voilà, de l'éducation. Bien qu'indiquée « série éducative pour les enfants de plus de 18 ans », on aurait bien fait de voir ça ado-e-s. On aurait, sans doute, gagné un peu de temps.

(la série has been de la saison)
Sex education.
(GB-USA, 8 x 45 min)
Pour celles et ceux qui auraient jadis loupé American Pie, pourquoi pas. Pour quiconque a passé onze ans, ça n'enfonce qu'une porte déjà largement ouverte.

Bertoni, pour 43000 stéradians

Frise Culture

Petites histoires de chants de lutte

Hegoak : lutte des classes et lutte d’indépendance au Pays basque

« Hegoak ebaki banizkio, neuria izango zen. Es zuen aldegingo. » « Si je lui avais coupé les aiiiiiiles, il aurait été à moi… il ne serait pas partiii » : Hegoak, hymne du Pays Basque, simple poème sur les impasses d’un amour par trop possessif ? Ode gentillette à la liberté ? Tsss tsss… resituons le contexte : en 68, alors que le franquisme fait des campagnes de débasquisation et interdit l’usage de la langue (en France, la colonisation intérieure républicaine avait usé des mêmes armes), le poème, écrit sur un coin de nappe par Joean Artxe, devient un signe de résistance. Quelle est en effet la situation ? Le Pays basque fut une éphémère République autonome en 36, statut politique évidemment perdu avec le coup d’État. Sous Franco, le Pays basque, première région industrialisée d’Espagne, subit un véritable pillage fiscal : les richesses produites par les travailleur.ses basques financent le développement du désert castillan. Cette exploitation n’a pas que des motifs pragmatiques : elle naît aussi du racisme de l’État central, qui voit les Basques comme autres que les Espagnol.es. Pillage, déculturation, racisme : tous les ingrédients sont réunis pour faire du Pays basque une région colonisée.

Otxoa Manuonvatexerxexetoa

Kalliolle kukkulalle

Oui, oui, on connaît El pueblo unido, La Semaine sanglante et autres Get Lucky. Mais parmi les chants de lutte, connaît-on suffisamment Kalliolle kukkulalle ? Cette mise à l’écart de la culture finnoise est insupportable : faisons cesser cette injustice. La chanson, comme de nombreux chants folkloriques, remonte au début du XXe siècle. Elle est composée par Väinö Varmanen, un instituteur des faubourgs ouvriers d’Asikkala. Son propos semble simple : la chanson parle de la nostalgie qui étreint le narrateur à l’évocation de sa cabane dans les bois où l’eau est claire et la forêt sombre. Le narrateur explique que le couvert sera toujours dressé pour le.la visiteur.se de passage, qu’ensemble iels partageront chaud mais aussi froid (la scène se passe en Finlande), et que le visage de l’inconnu.e restera gravé dans sa mémoire, comme on dit. Derrière le propos simple et bucolique, on le voit, c’est une profonde philosophie qui se dégage : luttons contre la conception restrictive et égoïste de la propriété privée qui nous dresse les un.es contre les autres (mais pas tout contre, malheureusement), revalorisons l’amitié et l’hospitalité comme lien politique*.

Les membres du mythique groupe Oktoberklub, qui furent un peu les Beach Boys de RDA (République démocratique allemande), ne s’y sont pas trompé.es : leur version de la chanson, sous le titre Helle Wasser, Dunkle Wälder, a bercé plus d’une jeunesse berlinoise. La musique chorale, en Allemagne de l’Est, n’était pas séparée de la vie et, en particulier, était associée à la natation : dans les quartiers ouvriers, les immeubles regroupant salle de concert, bibliothèque, piscine et bar, tout accolés, étaient monnaie courante. Boire son demi(-litre) à la sortie de l’usine entre les camarades qui nagent et celleux qui chantent. Aujourd’hui cet idéal communautaire n’a été remplacé : l’Allemagne de l’est est grise et blafarde.

(*) Sur la valeur politique de l’amitié, nous renvoyons à l’œuvre intégrale d’Agamben.

Andreas Schoenbeck

Frise Culture

Parlons poésie

La sirène de Satan

La lutte a besoin des artistes, des créateur.rices, quelles que soient les cordes à leur arc. Le mouvement social actuel à cet égard est sans précédent : danseurs.ses, musicien.nes, plasticien.nes, personnels de la culture sont uni.es sur le front des protestations. En temps d’affrontements la poésie est plus que nécessaire, faire sans serait une erreur.

La maison d’édition Hourra a célébré sa naissance le 10 décembre 2019 après la seconde manifestation de la mobilisation contre la réforme des retraites, ce qui est loin d’être un hasard.
Son premier ouvrage est un recueil de poèmes de Pierre Alferi, auteur dont l’œuvre est marquée par sa dimension militante. Cette parution précède une anthologie de l’auteur qui paraîtra bientôt aux éditions POL.

Bouquin sirenes une

Le premier texte, Et la rue (publié en première instance sur Lundi Matin), nous ramène en 2016, la loi travail, Nuit debout : moment de mobilisation sociale dont le souvenir reste vivace. Il nous promène dehors, d’une rue à l’autre, d’une pensée à l’autre, de fatigue en révolte, de déambulation en manifestation.

Le second, La sirène de Satan, débute un quinze août pour revenir jusqu’à nous. Dépeint sans concessions, tant dans les trop-pleins que dans les creux, ce qui précède aujourd’hui. Un Paysage prophétique devant lequel nombreux.ses d’entre nous ne se voilent plus la face.

je dois te dire que désormais
elle sonne des heures
des heures entières
de dérapage incontrôlé
de carambolage imminent
comme s’il fallait nous prévenir
du cataclysme en cours

Il est donc possible de créer, de puiser une substance qui deviendra Beau, dans toute la fatigue et la joie de la révolte, autant que dans la brutalité et l’ignominie du camp adverse. Cette poésie-là, célébrons-la, car elle ne finira jamais de nous raconter et nous inventer.

Outre un texte qui mène lui aussi un combat, on peut également estimer le soin porté à l’objet dans lequel rien n’a été laissé au hasard. Chaque contribution à l’ouvrage est remerciée et signifiée. Les éditions Hourra sont jeunes, déterminées et prévoient de publier bientôt Organt de Louis Antoine de Saint-Just, ainsi que de John Berger. Longue vie à elles !

Ouvrage disponible en commande sur internet et dans les librairies lilloises.

Sacha Peurh

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