Revers de médaille pour Aubry

boxe3 1Novembre 2016, le parc des Olieux est évacué, karchérisé et barricadé pour éviter toute réinstallation des mineurs isolés étrangers. Une partie d’entre eux investit une maison abandonnée de la rue de Fontenoy. Janvier 2017, les jeunes sont à nouveau délogés par la bleusaille. Les expulsions successives et l’invisibilisation de ces jeunes migrants n’entament pas pour autant la détermination du collectif des Olieux qui lutte à leurs côtés face au cynisme des pouvoirs locaux.
 
Le 4 janvier, la mairie sort les petits fours, les coupettes et une brochette d’élus locaux pour célébrer une de ses championnes. Adeline, boxeuse récemment couronnée championne de France et d’Europe, doit recevoir la médaille de la ville des mains de Martine Aubry. Dans la salle d’honneur, tout est orchestré pour que les notables passent une agréable soirée. Dommage pour eux, en dehors des rings, Adeline lutte également au sein du collectif des Olieux. Voilà plus d’un an qu’elle est témoin du cynisme de la mairie et de son indifférence face à des jeunes logeant sur le bitume. « Je suis heureuse de voir combien il y a, à Lille, de jeunes qui ont du tempérament, des valeurs, des talents, et du courage ! » se félicite Aubry dans son discours, après avoir retracé le parcours de la championne. Elle va être servie.
 
Honorée par une ville sans honneur
 
Pour Adeline, impossible de recevoir les honneurs d’une mairie qui n’en a aucun. La boxeuse prend donc la parole à la suite d’Aubry pour dénoncer l’inaction des autorités vis-à-vis des jeunes migrants et épingler la responsabilité de la « ville de la solidarité »1. Précisant que ses propos n’engagent qu’elle, Adeline dénonce l’indifférence de la mairie. Laquelle était déjà « bien sympa de tolérer la présence de ces jeunes dans un de ses parcs », avait osé lâcher le directeur de cabinet, Arnaud Deslandes2. Adeline raconte aussi le mépris dont la ville a fait preuve, laissant les ordures s’accumuler aux Olieux, coupant l’eau de la fontaine située sur la place voisine ou encore ordonnant le retrait des toilettes sèches construites par les habitant.es solidaires, poussant ainsi certains jeunes à ne plus s’alimenter pour éviter d’avoir à faire leurs besoins. C’est l’ONG Médecins sans frontières, pas franchement habituée à agir au cœur des villes socialistes, qui finit par intervenir en installant des sanitaires au abords du parc.
 
boxe3 1
 
La fête est finie
 
Au nom des valeurs dont Aubry chantait un peu plus tôt les louanges, la championne de boxe refuse donc de recevoir la médaille de la ville, sous les applaudissements des jeunes des Olieux et du collectif venus en soutien. On ne peut pas dire que la maire s’attendait à recevoir un tel affront à domicile. « J’adore les militants », commence-t-elle, avant de se cacher derrière le « droit » pour se dédouaner : la balle est ainsi une nouvelle fois renvoyée au département et à la communauté urbaine3, avec pour résultat de faire monter le ton dans la salle. Lorsqu’un membre du collectif des Olieux ose interpeller Martine Aubry, l’une de ses ouailles s’empresse de le rappeler à l’ordre à coup de « Vous êtes ici dans un local de la République : vous vous taisez ou vous sortez ! » Entre les soutiens des jeunes et les édiles, aucune discussion n’est possible. Alors ouste ! Pendant que Martine Aubry s’éclipse, les petits fours sont remballés, les coupettes vidées dans les bouteilles et les trublions sommés de déguerpir. Fini les honneurs, ici on dit merci et on ferme sa gueule. Deux camions de flics appelés en renfort se chargent de le rappeler à la sortie.  
 
Adeline est repartie sans médaille et sans la bise bienveillante de Martine Aubry. En guise de représailles, elle est toutefois privée d’entraîneur et doit poursuivre sa carrière sans le soutien de son club, ce qui signifie notamment assumer seule ses frais de déplacements. Une sanction à titre définitif. La présidente du club, jointe par téléphone, s’est en effet sentie « trahie ». Elle estime qu’« il y a des endroits appropriés pour faire ce genre de choses ». Quel meilleur endroit pour interpeller et dénoncer qu’une salle municipale remplie d’élu.es, justement ? Surtout quand les manifs sont censées être interdites... La réaction de la présidente se comprend mieux à la lumière de sa proximité avec Aubry. Son mari a travaillé comme responsable du service d’ordre de la fédération PS du Nord pendant de longues années ; quant à leur fille Maïté, c’était la suppléante de Patrick Kanner aux cantonales de 2011. Autant dire que le club ne risque pas d’être privé de salle d’entraînement ou de subventions municipales. L’intervention d’Adeline lui aurait pourtant mis « la honte de sa vie ». Nous, on trouve que ce serait plutôt aux élu.es d’avoir honte et qu’Adeline mérite tous les honneurs pour le leur avoir rappelé.
 
Mona, Brubru
 
1. C’est ainsi que se présente la ville de Lille depuis quelques années.
2. Ces propos ont été tenus en novembre 2015 par le directeur de cabinet au collectif des Olieux.
3. Voir « Les Olieux de la misère, la rue pour seul refuge », La Brique, n°46, printemps 2016.

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