Sous les blousons jaunes la peste brune

kawayjaune
En mars dernier, les jeunes « Identitaires » sont descendus dans le métro lillois pour lancer des « tournées anti-racailles ». Depuis, leur milice médiatique a réitéré l'expérience. À Lille, Lyon, Paris ou Rennes, toujours en jaunes, comme pour dissimuler leur véritable nature. L’extrême droite milicienne n'a plus besoin de se cacher.
Le 14 mars, une vingtaine de militants de Génération Identitaire s’engouffre dans le métro. Ils arborent des k-ways jaunes, certains des sweat-shirts affichant l'abjecte appellation « Génération anti-racailles ». Le groupe descend à quelques stations et repart sans s'attarder. Pas besoin d'en faire plus, les journalistes sont là. Celui de La Voix, par exemple, qui note scrupuleusement les vociférations des miliciens sur « l’insécurité galopante ». Tout juste trouve-t-il leur délire « équivoque », voir « ultra-clivant »1. Rien d'étonnant.
Dans l'air du temps
En fait, un mois avant cette descente, c'est ce même plumitif qui donnait de la matière aux jeunes identitaires. S'appuyant sur un « document interne classé confidentiel », il s'emportait sur la « hausse des atteintes aux voyageurs » dans le métro - « plus 22% » - et déplorait « le sentiment de solitude » qui « contribue à celui d'insécurité »2. Deux jours plus tard il poursuivait son labeur, livrant la parole du maire UMP de Marcq-en-Baroeul, Bernard Gérard, qui appelait la communauté urbaine à « créer une brigade de sécurisation des transports [...], visant à renforcer le volet répressif et la lutte contre la fraude »3. ça tombait à pic pour les miliciens de Génération Identitaire Flandres Artois Hainaut, dont le chef Aurélien Verhassel n'a d'ailleurs pas manqué de saluer le « journaliste de La Voix du Nord », grâce auquel « l'affaire a éclaté au grand jour »4. Certes pas mauvais pour se procurer des statistiques policières scabreuses, le gratte-papier avait pourtant oublié de se renseigner sur ses clients...
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Une bande de « 300 » homophobes et xénophobes
Alors, une fois n'est pas coutume, refilons quelques billes à La Voix. Le groupe Génération Identitaire, issu de l'extrémiste Bloc Identitaire, est créé en 2012. C'est à Poitiers qu'il fait son premier coup médiatique, en occupant le toit d'une mosquée. Histoire d'imiter Charles Martel, son héros, un duc sanguinaire qui a stoppé une armée arabe dans cette même ville au Moyen Age. À Lille, la milice islamophobe se forme à la faveur de l'effondrement de la Maison Flamande de Lambersart. Profitant du contexte de « La Manif Pour Tous », ses membres font le service d'ordre des catholiques intégristes lors de leurs veillées homophobes.
Peu de temps après, ils lancent la campagne « Génération solidaire » et organisent des maraudes pour aller à la rencontre « SDF français de souche ». Et, surtout , pour le monter contre les autres. C'est ce que nous dit Adeline, qui distribue du café dans les rues de Lille. : « Dans les six derniers mois, il y a eu trois agressions contre des Rroms de la part de SDF. À chaque fois c'était après le passage de Génération solidaire ». Même elle, parce qu'elle aide les Rroms dans la merde, est prise à partie : « Certains m'ont dit ''tu t'occupes d'eux, et pas de nous : Génération solidaire, eux, s'occupent de nous !'' ». Voilà l'essence de Génération Identitaire, qui rassemble aujourd'hui la majorité des fachos de la région. 300, disent-ils crânement. Comme dans le film. Comme dans une confrérie de Spartiates fanatisées. Mais aussi disciplinés et entraînés au combat. Ne ratant jamais une occasion de ramener des voix au Front National.
 
Impunité pour les fachos
Ainsi l'extrême droite la plus virulente n'a-t-elle plus peur de sortir au grand jour. Voire d'ouvrir un local en plus centre-ville, comme l'a annoncé début juin Aurélien Verhassel – qui décidément ne manque jamais de journalistes pour lui tendre le micro5. Et tout se passe le plus tranquillement du monde. La préfecture, interrogée sur les descentes des Identitaires dans le métro lillois, n'a pas l'air plus secouée que La Voix. À Vrai dire c'est pas son problème : le préfet Dominique Bur, explique une de ses porte-paroles, « ne peut pas s'opposer à cette initiative. Ils se déplacent de manière légale dans le métro, ne provoquent pas de trouble à l'ordre public, ne commettent pas de faits répréhensibles et ne tiennent pas de discours incitatif à la violence »6. Pour autant, à Lyon c'est la police qui a bouté les « anti-racailles » hors du métro lors de leur tournée en avril dernier. Contrairement à Bur, le commissaire divisionnaire du Rhône Christophe Marlin considère que ce « genre d'opération de sécurité sans cadre juridique et faite par ce qui s'apparente à une milice n'est pas acceptable »7. Une milice de fachos, pour être plus précis, pour être plus précis, qui « cache difficilement » ses accointances avec les « pires raclures de l'extrême droite néo-nazie » locale8. À l'instar de Verhassel qui compte ses amis tant au FN que parmi les skinheads lillois nostalgiques du Troisième Reich... À croire que la préfecture a déjà trop à faire avec les Rroms et les sans-papiers.
Jack de L'Error
1. Insécurité : Génération Identitaire descend du métro lillois,14/03/14
2. Les vols avec violence explosent dans le métro, P. Séghi, La Voix du Nord, 05/02/14
4. Sérieux, qui a besoin d'une ''tournée anti-racailles'' ?E. Laystary, Vice.com, 19/04/14
5. Après les tournées ''anti-racailles'', les Identitaires vont ouvrir un local à Lille, J. Durier, Metronews.fr, 02/06/14
6. Lille : vers des tournées ''anti-racailles'' régulières ?M Pagura, Metronews.fr, 05/05/14.
7. Lyon : l'opération ''anti-racailles'' sème le trouble dans le métro., P.-A. Bevand, 14/04/14
8Tribann, identitaires. Nazi et fiers », Luttennord.wordpress.com 25/05/14
 
 

Des nazis lâchés dans la nature

Ces derniers temps on a vu sur les murs des graffitis « W.R.B. », signature d'une bande de skins complétement dégommés de la tête : les « White Rijsel Boys », autrement dit les « garçons blancs de Lille ». Ils sont seulement un quinzaine, mais sont ultra-violents et affichent au grand jour leur inspiration néonazie dans la rue ou dans les tribunes du Grand Stade. La plupart sont bien connus des antifascistes lillois grâce auxquels ils sont identifiables (voir le site de Lutte en Nord). Certains d'entre eux se sont illustrés en attaquant le Vice Versa, un bar gay du Vieux-Lille, ou le Resto Soleil, un café-concert de Wazemmes côtoyé par des militant-es d'extrême gauche. Plus récemment, ils s'en sont pris aux lieux libertaires comme les squats ou le CCL. Z. nous raconte comment ces skins, dont un qui porte « une belle croix gammée dans le cou », ont pris d'assaut le squat où il crèche : « En deux semaines, il y a eu trois attaques. Ils passent en pleine nuit et taguent des croix celtiques sur la façade. Ils s'amusent aussi à bousiller les serrures en enserrant des tiges de métal dans le barillet ». Ces nazillons sont les pires produits de l'extrême droite. No pasaran !

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