La République des “Pères Poules”

Officiellement, la France compte deux millions de chômeurs. Beaucoup plus si on ajoute les précaires et les temps partiels. Certains n’ont pas eu la chance d’aller pointer à l’ANPE. Pour peu qu’ils portent un nom respecté. France, patrie des privilèges !

 

Dans le paysage politique régional, tout le monde connaît la famille Derosier. Je voudrais le père ! Président socialiste du conseil général du Nord, l’un des plus gros départements de France, élu conseiller général pour la première fois en...1973. Autant dire un patron. Eh bien, comme les patrons de PME des années cinquante, le chef embauche sa famille pour le seconder dans sa lourde tâche. Philippe, le fiston, nanti d’un beau parchemin, s’épanouit au grade de directeur, un emploi important. Las ! La justice s’en mêle et met fin au conte de fée il y a quelques semaines. Philou va-t-il devoir pousser la porte des agences de chercheurs d’emplois ? Mais non. Il retrouve illico un bon job - à 4000 euros brut - dans un de ces organismes HLM qui fleurissent autour des bons établissements si doux et si accueillants pour les membres d’une même famille. On dit qu’il est capable. Mais il est surtout bien né.

On connaissait la famille politique, avec cartes d’adhésion et camaraderies diverses, on découvre la famille héréditaire. Évidemment, il ne s’agit pas de cas isolés. Pierre Mauroy, à la communauté urbaine de Lille, et Daniel Percheron, au Conseil régional, ont aussi orienté ou casé leur progéniture dans les institutions où ils officient. Prenons le cas des collaborateurs de cabinet. Un statut très spécifique (et différent du CDD ou du CDI) autorise légalement l’embauche de qui l’on veut pour se constituer une garde rapprochée. Une sorte de quota prétorien. Des postes “politiques” pour faire le lien entre la machine administrative et les fonctions purement politiques, justement. La tentation est alors grande d’offrir une sinécure à l’un de ses enfants, son épouse ou autre.... La liste serait longue et l’on peut raisonnablement penser que si chaque cabinet ne dispose pas automatiquement d’un fiston ou d’une fifille, ce n’est pas l’envie qui manque.

Dans cette France qui compte, non plus 300 000 demandeurs d’emploi comme au bon vieux temps des Trente Glorieuses, mais des chômeurs ou des travailleurs précaires par millions, le privilège devient douloureux... Retour à l’Ancien Régime ! Reste le cas des protégé-es pour services rendus ou attentions de tous les instants... Une faveur en vaut bien une autre. Mais la loi française sur la protection de la vie privée les préserve au-delà de toute convenance.

NB : Remarquons que cette pratique sévit également dans les entreprises privées...

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