Dans la chambre noire des "transphotographiques"

Festival de qualité ou ringard,voire amateur ? Peu importe, en jetant un oeil aux coulisses des Transphotos, on sait désormais qu’on n’y mettra jamais les pieds...

Les Transphotographiques, « festival international » autoproclamé, grosse com’ et inauguration en grande pompe. Quelques dizaines d’expositions programmées à Lille et ailleurs. Pour en savoir plus sur la version officielle du festival ou son contenu, ouvrez la Voix du Nord [1].


Passons aux coulisses du festival et de l’association qui est derrière, « l’Atelier de la photo ». Pour l’événement, l’asso se fait arroser par la mairie de Lille, dont la subvention connait une augmentation exponentielle d’une année sur l’autre. Le premier festival avait lieu en 2001. En 2006, l’association touche 150 000 €, mais le festival est annulé car son directeur décide d’en faire une biennale « plus prestigieuse » en 2007. En février dernier, la mairie décide d’allonger 250 000 € supplémentaires. Au total, plus de 400 000 € pour le festival 2007 : l’une des plus grosses subventions du budget de la culture à Lille. La Communauté urbaine, le Département, la Région ou l’Union européenne, mettent également la main à la poche. Certains sponsors privés aussi : SFR, Epson, Sony, notamment. Au total ? Black out ! Fouillez la presse, le site du festival ou de l’association : aucune allusion au budget des Transphotographiques, ni même aux différentes subventions reçues. Selon nos informations, le budget pourrait être compris entre 1 000 000 et 1 400 000 €. Quelques millions de francs, rien que ça.

Le festival se prépare... dans une cave

Un budget néanmoins insuffisant pour s’embarrasser du Code du travail ou de considérations éthiques. Commençons par l’équipe qui travaille dans les bureaux. Environ 20 stagiaires et 10 salarié-e-s en CDD, dont la moitié en contrat aidé de 20 à 26 heures. Ajoutons qu’ils et elles sont amenés à travailler de 40 à 60 heures dans la semaine, contrairement à la réglementation. L’équipe travaille dans des locaux prévus pour stocker du matériel : une cave rue de Buises à Lille, sous les locaux de l’association Domaine Musiques. Il n’y a aucune fenêtre, pas d’issue de secours, pas de cuisine, etc. Une bonne gestion néolibérale en somme. Le patron, c’est Olivier Spillebout, ancien prof’ de fitness propulsé directeur d’un festival international de photo à gros budget. Belle promotion. Sa femme, Violette Spillebout, est très active dans l’association, mais elle est surtout directrice de cabinet adjointe de Martine Aubry. Aucun rapport, bien entendu. Et la mère de sa femme serait présidente ou trésorière de l’asso. Une belle histoire de famille... Concernant l’équipe technique qui prépare le festival, M. Spillebout met en place une politique des ressources humaines à moindre coût. Plutôt que des intermittents professionnels, il s’attache les services d’une association qui travaille avec des personnes en insertion... mais aussi quelques travailleurs polonais, sans forcément d’autorisation de travail, ni nécessairement de contrat en règle. Au point de se faire embarquer après un contrôle de police inopiné lors d’un trajet en camionnette, pendant les préparations d’une exposition au Tri Postal (deux ou trois semaines avant le début du festival). Une fois libérés, la mairie leur interdit l’accès au Tripostal, tant que la légalité de leur présence n’est pas démontrée. Les polonais sont renvoyés chez eux.

Les Transphotos dans le brouillard

M. Spillebout organise également un autre festival de photos en Pologne, « Tranphotographia ». Il soutient que c’est « sa propre initiative » et qu’il ne reçoit aucune subvention, privée ou publique [2], pour ce festival polonais. On ne comprend pas très bien pourquoi quelqu’un utiliserait ses fonds propres à l’organisation d’un festival en Pologne. Pour l’amour de l’art ? Sûrement.

Reste qu’un rideau de fumée bien épais semble entourer les coulisses des Transphotos et des activités de l’association. Et que pas mal de gens auraient des choses à dire... Le problème c’est qu’ils se taisent. La Brique s’arrêtera donc là. Le mot de la fin est ici pour M. Aubry [3] : « Je tiens à féliciter Olivier Spillebout et son équipe qui ont construit ce festival avec beaucoup de professionnalisme et une vraie sensibilité artistique ». Grrrr...

S.G

Notes

[129 sujets consacrés aux Transphotographiques dans La Voix ou Nord Eclair cette année.

[2Interview donnée à la Gazeta, journal polonais, édition du 21/08/2006, disponible sur le site de son festival polonais : http://www.transfotografia.com/

[3« Edito des partenaires », transphotographiques.com

Rechercher

logo jemabonne

En brèves

  • Another brique in the wall

    Roger Waters, chanteur, bassiste et co-fondateur du groupe Pink Floyd, performait au stade Pierre Mauroy pour un concert XXL aux airs de meeting politique, le 12 mai 2023. Entre deux classiques, le rockeur de 79 ans ne s’est pas ménagé pour balancer des pains à tour de bras, comme il l’a fait...

    Lire la suite...

  • Mortelles frontières

    Mercredi 31 Mai, un homme de 25 ans venu du Soudan a chuté d’un camion dans lequel il tentait de monter dans la zone industrielle de Marck pour passer au Royaume-Uni. Le poids-lourd lui a roulé dessus. Le chauffeur a continué sa route sans s’arrêter.Une enquête est ouverte pour déterminer s’il...

    Lire la suite...

  • Loi Kasbarian-Berge, le projet qui fout la gerbe

    Afin de protéger « les petits proprios qui ne roulent pas sur l’or » (des créatures mythologiques que le député Renaissance Guillaume Kasbarian serait le seul a avoir aperçus), la loi prévoit de dégommer...un peu tout le monde. D’après une proposition de loi, votée en octobre 2022, les locataires,...

    Lire la suite...

  • Justice oisive à Lille : plus d'un an d'attente pour les procès de manifestant.es

    Ça se bouscule aux portes des tribunaux. La faute à qui ? La police ! À Lille, de nombreux procès bidons sont prévus pour juger les personnes qui se sont fait ramasser avant, pendant et après les manifs. Tellement que certains procès ne se tiendront qu'en septembre... 2024 ! La justice est...

    Lire la suite...

  • Brèves locales

    Voici 3 brèves du numéro 65 : article sur les salles de Shoot, une recension d'un bouquin sur Marat (édité par la Fabrique), et sur la rénovation urbaine à Lille.

    Lire la suite...