Bois-Blancs : ballade en sursis

Dimanche... magasins fermés. L’alcool vous dégoûte un peu, le cinéma est trop sombre, les livres vous fatiguent. Pourquoi ne pas prendre un peu l’air  ? Vous habitez l’urbain, le temps est moche, les attractions touristiques vous gonflent. Bienvenu dans la rubrique « Mise au vert »

Dans le numéro 4, La Brique vous invitait à longer la Deûle vers Roubaix, avec ses champs et ses usines nauséabondes. Nous poursuivons la proximité avec l’artère aquatique, mais vers le sud. Notre étape : Bois-Blancs. Situé à la frontière ouest de Lille dont il fait partie, ce petit bout de terre entouré d’eau fait figure d’espace relégué. Parfois considéré à tort comme un endroit peu sûr parce que populaire, le quartier se révèle assez tranquille, notamment sous l’effet d’une faible circulation automobile.

Du vert de gris...

Itinéraire : pour un peu d’aventure, franchissez la petite barrière située en amont du pont Léon Jouhaut, côté Lille. Vous arrivez sur un terrain vague sur lequel se dressent deux pyramides étranges et gazonnées. Passez la première puis la deuxième pour finir sur les bords de la Deûle. De l’autre côté de la rive se trouve le Bois de Boulogne. N’hésitez pas à vous moquer de la foule qui se ballade sur la rive opposée, elle est trop loin pour vous atteindre. Grimpez le sommet de la pyramide. Le point de vue n’est pas exceptionnel mais ça change du niveau zéro.
Revenez ensuite sur vos pas, prenez l’avenue Marx-Dormoy pour la quitter aussitôt vers la gauche au profit d’un petit chemin piéton longeant la Deûle. Direction plein sud. Marchez tranquillement, en profitant du morne et poétique spectable qu’offre le port fluvial. Extrémité de Bois-Blancs : un petit port à péniche exotique. Deux solutions : soit vous continuez en longeant la Deûle (par le Quai de l’Ouest), vous faites ainsi le tour de « l’île » pour revenir avenue Léo Langrange. Soit vous prenez par l’intérieur en vous perdant dans les dédales des maisons ouvrières, terrains vagues, vieux hangars et commerces venus d’un temps où les supermarchés n’existaient pas.Retour ligne automatique
Rallonge : franchissez le pont-levis au niveau des péniches exotiques, vous êtes à Lomme. Suivez la rue Winston Churchill longeant de près une ancienne et gigantesque bâtisse en cours de rénovation (quartier du Marais). Ce vestige industriel d’une époque révolue servait de lieu de production d’on ne sait quel matériel que la modernité préfère aujourd’hui laisser aux chinois et autres mains étrangères.

Critique cynique et gratuite

Pour finir sur une note négative, parce qu’on est comme ça : Bois-Blancs sera le futur siège du pôle EuraSanté d’ores et déjà en construction. Le site accueillera les fleurons de la technoscience (médecine, pharmacopée...) Un projet d’urbanisme gigantesque administré dans un silence fracassant, et qui transformera Bois-Blancs et Lomme en zone hype et « moderne ». Comprendre : dépecé de tout ce qui faisait de ces espaces des quartiers populaires. Nous doutons fort que les curieuses et les poètes apprécient cette « révolution » urbaine : l’asphalte révonée, le commerce triomphal McDo &Co, les populations avides de consommer leur bonheur, enthousiasmées par un salaire d’ingénieur sauce capital’... Reste la population du quartier qui verra le prix des maisons se propulser vers les sommets. Une valeur d’échange appréciable qui n’est pas sans contrepartie : la fin du sentiment d’être « chez soi », dans « son » quartier.

La mite

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