Etat nucléaire, Etat policier : quand Anne Lauvergeon (Areva) disserte sur les bien-faits du nucléaire

Une militante de l’association Virage-énergie - et accessoirement salariée du Réseau « Sortir du nucléaire » a assisté récemment à une conférence en présence d’Anne Lauvergeon, présidente du groupe Areva. La police était également au rendez-vous. Hors de question de laisser s’exprimer notre détractrice du lobby nucléaire. Témoignage.

Le 8 décembre, Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, l’entreprise française leader de l’industrie nucléaire, nous a fait l’honneur de monter dans le Nord. Elle venait – discrètement – poser la première pierre d’un centre d’essais nucléaire à Maubeuge et présenter son dernier ouvrage, La troisième révolution énergétique, énième coup de pub à l’énergie atomique.

J’avais bien envie de voir à quoi ressemblait la « 4ème femme la plus puissante du monde » [1], et surtout de comprendre par quel tour de passe-passe sémantique elle arrive à transformer l’une des entreprises les plus polluantes qui soit en sauveuse de l’humanité [2] . De plus, j’avais quelques petites questions à lui poser. Il se trouve qu’une association locale, Virage-énergie Nord-Pas de Calais, a élaboré un plan de sortie du nucléaire pour la région, qui permet également de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre [3]. Madame Lauvergeon savait-elle qu’elle n’avait pas le monopole de la « révolution énergétique » ?

Je m’attendais à beaucoup de choses, mais certainement pas à ce qui a suivi. Dans la bouche de Lauvergeon, les énormités se succédaient à un rythme soutenu. Petit florilège : « Nous ne vendons pas de centrales à des dictatures [4] » ; « Si les femmes ont plus peur du nucléaire, c’est parce que l’hémisphère gauche de leur cerveau, là où sont toutes les pensées irrationnelles, est plus développé que le droit » ; « Les besoins essentiels, dans la vie, sont l’air, l’eau et la nourriture, et Retour ligne automatique
l’énergie, après il y a des besoins plus « élaborés » comme la santé et l’éducation
 »... Je ne m’attendais pas à tant de mépris de sa part lorsque j’ai évoqué le scénario de Virage-énergie (« M’ouais, ça ne me semble pas d’un réalisme torride… »). Et surtout, je n’aurais jamais pu imaginer qu’avant même le début de la conférence, un flic en civil, à la vue des brochures du Réseau « Sortir du nucléaire » posées à côté de moi, me sauterait dessus en disant : « Je vous préviens, si vous l’ouvrez un peu trop fort, si vous venez ici pour foutre le bordel et parler de politique politicienne, je vous fous direct en garde à vue ! ».

Cela a le mérite d’être clair. Je crois que le message est passé. Braves gens, éteignez votre cerveau (surtout l’hémisphère gauche, mesdames) et allumez votre télé, au bout du fil il y a une centrale nucléaire et une grande entreprise qui pense pour vous et marche main dans la main avec une police qui veille au grain…

Charlotte Mijeon

Article publié en janvier 2009

Notes

[1Selon le classement du magazine Forbes.

[2Les activités d’Areva concernent tous les maillons de l’industrie nucléaire, de l’extraction de l’uranium au Niger (avec son lot de pollution des nappes phréatiques), à la prise en charge des déchets radioactifs en passant par la construction des centrales. D’après une étude de Greenpeace parue en 2000, les rejets de l’usine de La Hague, où s’effectue le « retraitement » du combustible usé, équivalent à un accident nucléaire à grande échelle par an. Pour donner le change face aux critiques, Areva soigne son image extérieure à grand renfort de publicités « vertes ». Cela lui a valu d’être désignée lauréate du « Prix Pinocchio » décerné par les Amis de la Terre (qui récompense les entreprises maquillant les pires actions sous une bonne couche de com’) pour les catégories « environnement » et « greenwashing » !

[3Scénario réalisé avec la participation d’un membre du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Expertise sur le Climat) et récompensé par le prix européen Eurosolar début décembre. Pour plus d’infos, www.virage-energie-npdc.org.

[4Pour information, pas plus tard que l’an dernier, la France a vendu des centrales à la Libye, pays bien connu pour son mépris des droits de l’homme.

Rechercher

logo jemabonne

En brèves

  • Bruits ou tapages injurieux, la répression continue

    Suite à des manifestations en février et avril 2018, près de 10 personnes ont reçu une ou plusieurs amendes à leur domicile pour motif de « bruit ou tapage injurieux perturbant la tranquillité d’autrui ». Sans qu’ait eu lieu ni contrôle ni notification les jours concernés : du racket légal....

    Lire la suite...

  • Aujourd’hui tout le monde a peur

    Max Weber faisait de la bureaucratie l’instrument de la rationalisation du monde : soumise à la règle, elle préviendrait des initiatives individuelles insuffisamment fondées. Aujourd’hui, avec la réouverture pour le moins hasardeuse des écoles primaires, cet optimisme nous semble devoir être...

    Lire la suite...

  • Le mot des dessinateur.trices

    Thérèse (bis) a invité quelqu'un à la Brique et celui-ci n'avance pas vraiment masqué...

    Lire la suite...

  • Bêtises de la sucrerie de Cambrai

    Le 3ème groupe mondial sucrier, Tereos, s’enorgueillit depuis le début du confinement de produire des litres de gel hydro-alcoolique ; aux héros industriels, la patrie reconnaissante. Le communiqué de presse de l’entreprise en date du 23 avril 2020 s’ouvre ainsi : « Pour des causes restant encore à...

    Lire la suite...

  • Ça va vous faire tout drone...

    Les annonces de Macron sont parfois un peu en décalage avec les actes : après les commandes de gaz lacrymos plutôt que des masques à l'heure des premières secousses du virus en France, son ministère de l'Intérieur lance un appel d'offres le 12 avril pour 651 drones. L'homme qui sort les mots «...

    Lire la suite...