Comment est mort Hakim ?

Un Lillois a trouvé la mort après un trajet d’un quart d’heure dans un fourgon de police…

 

Originaire de la cité HLM Winston Churchill dans le Vieux-Lille, Hakim Djelassi, 31 ans, se fait embarquer par les flics à huit heures du matin, jeudi 24 septembre. Il loge à l’hôtel avec sa copine, Hélène, rue de Béthune. Les futurs mariés se disputent, le réceptionniste est rameuté par les voisins. Hakim est agité, l’hôtel appelle la police. Il est embarqué dans un fourgon. Quinze minutes plus tard, les flics le déposent à l’hôpital St-Vincent : il est en arrêt cardiaque, et meurt deux jours plus tard. Son corps serait couvert de coups.

Que s’est-il passé dans le fourgon ? Que contient le rapport d’autopsie ? Pour l’instant, on n’en sait pas plus. L’avocat de la famille, Me Dupont-Moretti, a porté plainte. Jusqu’ici, le Parquet n’a lancé qu’une information judiciaire sur les circonstances du décès. Pourtant, la mort d’Hakim n’a-t-elle pas tout l’air, selon l’expression consacrée, d’une bonne vieille bavure ? En effet, comment ne pas penser à un sérieux passage à tabac par les « gardiens de la paix » ?

La Voix du Nord, les élus, la préfecture, tous ont bien travaillé pour que cette affaire fasse le moins de vagues possible. Tout d’abord en construisant une version mensongère : les flics seraient des héros, ils auraient conduit Hakim dès que possible à l’hôpital, le jeune homme se serait auto-mutilé, il serait suicidaire, toutes les versions des témoins concorderaient, affaire classée. Quand ces balivernes paraissent dans La Voix le lendemain, ça met le feu aux poudres dans le quartier. Des bagnoles flambent, flics et pompiers se font caillasser.

Les pouvoirs locaux s’agitent alors : La Voix se décide à donner un peu la parole à la compagne et la famille d’Hakim, le quartier est quadrillé par les CRS. Un quasi couvre-feu. Les élus jouent la diversion. Le numéro trois de la mairie, Walid Hanna, déclare ainsi dans la presse : « On voit bien que ce secteur se sent à l’écart », malgré les équipements qu’il aurait si généreusement mis en place dans le quartier (1). De façon plus cynique, Marc Bodiot et le même Walid Hanna auraient promis à la famille leur présence à la marche blanche, organisée le lundi suivant pour la mort d’Hakim. Vraisemblablement, ils ont dû trouver mieux à faire : on ne verra pas leur tronche parmi les 250 manifestant-es (2).

Pendant ce temps, la rage des jeunes du quartier est traduite devant le tribunal. Comparutions immédiates, deux interpellés prennent de la prison ferme. Un mois pour le plus jeune, 18 ans, dont le casier judiciaire est vierge. Le deuxième, 38 ans, écope de six mois. Pour jets de pierres. Sur simple reconnaissance de leurs tenues par les flics. Selon l’avocat, celle-ci ne correspond pourtant pas aux vêtements portés par les prévenus… Le premier aura beau clamer qu’ils ont « un pote qui vient de se faire assassiner », le juge condamne, expéditif. Présomption de culpabilité oblige. Pour les flics, c’est l’innocence qui prime : les policiers qui ont emmené Hakim sont toujours en service…

Depuis début octobre, plus aucun mot dans la presse ou dans les déclarations publiques des élus. Ils semblent s’être débarrassés d’un cadavre embarrassant. Mais la famille, les proches, l’avocat et le collectif Vérité et Justice ne comptent pas en rester là… Nous non plus.

Notes :

1 : 20 Minutes, 28/09. Walid Hanna, contacté par téléphone, affirme que ses propos ont été repris hors contexte dans la presse.

2 : Walid Hanna soutient qu’il n’a jamais promis à la famille qu’il se rendrait à la marche.

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