droit à la ville | Tour Kennedy : 19 000 tonnes de poudre aux yeux
La tour Kennedy : 28 étages de béton qui surplombaient le quartier populaire des Oliveaux, à Loos, depuis les années 1960. Fin juillet, la plus haute tour d’habitation au nord de Paris a été dynamitée en une poignée de secondes. 19 000 tonnes de gravats. Pour le bailleur Partenord, propriétaire du bâtiment, l’entretenir n’était plus rentable.
A sa place, un axe de circulation doit relier le centre-ville de Loos à la LINO, un énorme projet routier qui fait polémique. L’objectif ? Rendre le quartier plus « attractif » pour des populations plus aisées. Rien de nouveau sous le soleil de la gentrification.
Sauf qu’éclater une tour de 95 m de haut, ça fait un très bon spectacle. A condition d’oublier que des gens vivaient là, et qu’une partie d’entre elleux s’y opposaient. Partenord a même dû envoyer un huissier et menacer d’expulsion celleux qui refusaient d’être relogé·es dans des appartements plus chers. Plusieurs appartements habités par des membres du collectif qui s’opposait à la destruction ont également vu des sinistres s’éterniser avant que le bailleur n’intervienne (fuites d’eau, débordement des canalisation).
Pas facile à oublier. Pourtant, la plupart des médias sur place en ont fait un divertissement. Bravo à France 3 Picardie et son angle sur les habitant·es venu·es « admirer le spectacle du foudroyage ». On n’aurait pas osé. Côté élu·es, on communique, avec des retransmissions en direct du show sur Facebook. On parle de « symbole » qui tombe, pas des 220 logements, soit un tiers du quartier.
Anne Voituriez, maire de Loos, par ailleurs présidente du bailleur LMH, donnait une belle image de cette déconnexion : « la Tour Kennedy sera le phénix de la renaissance des Oliveaux, et en symbolisera l’alpha et l’omega », s’est elle enflammée dans une métaphore encore plus éclatée que la tour. Quant aux critiques, elle les minimise : « ceux qui s’expriment ne souhaitaient pas nécessairement y vivre... ». Si elle était capable de compassion, elle pourrait s'essuyer les larmes dans les 105 millions que la destruction va rapporter à tout ce petit monde.
Malak
Issu du numéro 73 | «Anatomie d'une Lutte»
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