lutte des classes | 10 Septembre : Récit d'un soulèvement
Ce jour là, on l'a attendu pendant des mois. Toustes ecoeuré·es par l'obscène actualité, une lutte a vu le jour amenant avec elle des idées et modes d'actions nouveaux. Loin des ritournelles syndicalistes. Cette fois-ci, ce sera dans la rue, sur les ronds-points, les périphs, les places et les parcs… en dehors des tracés choisis, maîtrisés par la préfecture et ses sbires casqués.
10 Septembre
- 1 Rond-point B'Twin
5h10 - Blocage du rond point et du périph'.
Nous sommes environ 400 réuni·es à la Bourse du travail, quartier de Fives. Nous récupérons pneus et barrières puis nous dirigeons au « rond-point B’Twin ». La sortie d’autoroute est bloquée en quelques minutes ; une batucada festive s’invite à l’action. Les automobilistes ne klaxonnent pas, tout le monde attend. Des citoyen·nes participent à un blocage pour la première fois, habitué·es des actions de désobéissance, gilets jaunes et syndiqué·es de la CGT font bloc.
A peine 20 minutes plus tard, les CRS arrivent : ils hurlent une fois dans leur mégaphone en indiquant leur action à venir et leurs doléances. Face aux slogans « Même si Macron ne le veut pas, nous, on est là », les armées macronistes interpellent : « Nous allons faire usage de la force, quittez les lieux ». Cinq minutes après le premier coup de mégaphone, la violence s’abat sur les manifestant·es : un jeune homme et son fils se font violemment plaquer (ils ont eu la malchance d’être les plus proches des CRS, alors qu’ils ne bloquaient rien), quelques CRS nous intimident en sortant leur portables pour nous filmer. Lorsque nous faisons de même, pour avoir une trace des interpellations potentiellement violentes, ils nous empoignent le bras et nous forcent à partir. Le blocage est rapidement dissous, la foule reste compacte mais se doit de partir.
- 2 Porte d'Arras
Au lever du soleil, nous entamons une joyeuse marche pour rejoindre la Porte d’Arras. Plusieurs cortèges se rejoignent au niveau du métro, et les festivités peuvent reprendre de plus belle. Le cortège se dirige alors le long du boulevard vers le rond point des Postes de manière pacifiste. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une simple marche de centaines de citoyen·nes. Mais les implacables CRS et BAC nous y attendaient déjà. Ils suivent le cortège d’une marche soutenue et ne ratent pas une occasion pour entraver la loi et faire régner l’ordre.
- 3 Porte des Postes
Des gaz lacrymogènes sont balancés à outrance, noyant sous un irritant nuage passant·es et automobilistes. Une camarade a reçu un palet dans son sac à main qui a pris feu. Des grenades tirées en cloches explosent à environ deux mètres au dessus des têtes, des éclats blessent à la nuque, aux cuisses. Des tirs de LBD à hauteur de tête ont été observés… Qu'il n'y ait pas eu de blessures graves dues à l'acharnement policier relève du miracle. Le cortège fini par se dissiper de lui-même au niveau du rond-point « Serpent ».
- 4 Lycée Montebello
Celleux qui n'ont pas eu leur dose de poubelles en feu rejoignent le lycée Montebello, où plusieurs dizaines de lycéen·nes proposent un blocage filtrant à l’entrée. Equipé·es d’un mégaphone, iels expriment la nature de leur désaccord, leur manque de confiance en l’avenir et en la classe politique.
- 5 (re) Porte des Postes
Vers 9h, tentative de reformer un cortège et de converger vers le rond-point des Postes avec la volonté de bloquer les rues déja embouteillées. Les barrières de chantier servent de barricade aux entrées du rond-point, et de l’autoroute. L’action ne fait pas l’unanimité, il faut le dire, des conducteur·ices sortent de leur véhicule pour s’expliquer avec les militant·es. La BAC débarque en nombre, et ni une ni deux tout le monde s’enfuit, suivi de courses-poursuites dans les rues de Moulins. Le blocage de la Porte des Postes est levé en 15 minutes.
- 6 Porte de Paris
A 13h, après avoir repris des forces, nous sommes d’autant plus nombreux·ses sur le parvis de l’hôtel de ville pour une première AG post-blocage. L’objectif est de recenser les violences policières, acter les bonnes idées et engager d’autres rendez-vous.
- 7 Rue Nationale
14h, la manifestation débute dans le calme et la joie militante. Fanfares, batucadas et bien entendu la musique sortant de la bagnole rouge de la CGT. Pourtant, dès 16h, sur la place de Strasbourg, les gaz lacrymogènes rougissent les yeux et font tousser tous les manifestant·es, et ce, sans raison apparente. Nous repartons jusqu’à ce que la manifestation soit arrêtée, devant le théâtre Sébastopol, par un canon à eau et une lignée de CRS.
- 8 Solfé
Une Tesla force la manifestation et se gare à proximité des halles. La provocation suffit à chauffer la foule qui bousille avec hargne l’aventureux panzer. Faudra voir ce que l’assurance tout risque peut couvrir.
- 9 République Bazar
Jusqu’à 18h environ, des altercations entre manifestant·es et une police armée jusqu’aux dents éclatent. Elle tire à hauteur de tête des grenades de désencerclement, avant que la place de ne se vide.
18 septembre
- 10 Dépôts Ilévia Sequedin et Villeneuve d'Ascq
Environ 5h00 – Les jours précédents, des discussions avec des chauffeur·euses de bus d’Ilévia ont pu aboutir à deux initiatives simultanées : les blocages des dépôts de bus de Villeneuve-d’Ascq et de Sequedin. Ceux-ci avaient pour ambition de tenir jusqu‘à 10h.
- 11 Dépôts Ilévia Villeneuve d'Ascq
À Villeneuve, l’ambiance est conviviale, on boit le café et des syndiqué·es distribuent des pains au chocolats sur le piquet de grève. Environ 7h : tentative de bloquer le rond-point Saint-Ghislain, mais vite dégagé.
- 12 Dépôts Villeneuve d'Ascq
7h30 : les FDO arrivent sur le lieu de blocage, sans aucune volonté manifeste de discussion. Les bloqueur·euses sont chassé·es le long des rue Faidherbe et Chappe. Contrôle d’identités « musclés » pour les personnes rattrapées par les agents. L’un des bloqueurs entend dans le talki du keuf qui la contrôle « on a dispersé les cloportes ». La personne contrôlée semble questionner ce terme pas très républicain, ce à quoi l'agent répond « Quand on n'a rien à se reprocher, on ne devrait pas craindre la police ».
- 13 Interpellations
Malgré la fuite générale, tout le monde sera cueilli à l’intersection Rue Chappe – Boulevard de l’Ouest. Celleux qui n’ont pas leur papiers et / ou ont le visage masqués finiront la journée au commissariat central. Pour les autres, leur matériel de protection est saisi sans procès-verbal venant de l’OPJ comme la loi le stipule. C’est ni plus ni moins que du racket.
- 14 Porte des Postes
Des dizaines de milliers de personnes ont défilé depuis la Porte de Paris sous la banderole « Grève, blocage, Macron dégage ! », bravant un impressionnant dispositif policier et un drone de surveillance.
- 15 Rue Inkermann
Vers 18h30, après le rassemblement :
Un groupe d’une dizaine de personnes, visage découvert, qui a fait face à une meute de CRS pour leur déclarer haut et fort qu'ils ne servent pas les français.es, qu'ils sont les « chihuahuas de l'Etat ». S'en est suivi des échauffourées proche du Ici Bar, qui s'est conclu par deux feux de voiture qui auraient été causés par... des palets de lacrymogènes. Tout ça pour « sécuriser » et empêcher la casse vous dites ?
21 Septembre
- 16 « Prenons les places »
Une manif de dimanche. Le 21 septembre, une partie des militant·es se sont rassemblé·es place de la République. Après le 10 et le 18, sûr que le nombre de personnes réunies (environ 150) n’allait pas suffire à faire trembler le capital. Mais on était là. Malgré la pluie et la fatigue accumulée, on a occupé l’espace. À partir de 15 heures, les organisations présentes ont alterné les prises de paroles au micro, depuis les marches de la fontaine. AFPS, Jeunes Communistes, CGT SELA (Étudiants, lycéens, apprentis)… interrompus de temps en temps par des slogans. Le thème commun ? La volonté d’entretenir les braises des précédentes journées de mobilisation. Deux heures, maximum, et puis on est rentrés chez nous, sans parvenir à faire repartir le feu.
Issu du numéro 73 | «Anatomie d'une Lutte»
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