politicaille | L’Offensive poursuit sa lutte
À quelques mois des élections municipales, chaque camp évalue ses forces. Alors que la droite n’hésite pas à installer ses bureaux à Wazemmes (on en a des haut-le-cœur) et qu’un ancien flic (ACAB) s’apprête à être le candidat du RN, certain·es habitant·es décident d’écrire un autre récit.
En 2021, la Brique se faisait l’écho d’une nouvelle organisation en train d’émerger à Lille et qui avait pour objectif de « faire reculer le capitalisme et de supplanter l’État[1] ». Rien que ça !
Quatre ans plus tard et tandis que les partis de la gauche traditionnelle (PS, Écolos, LFI) sont dans les starting blocs pour les municipales, nous sommes partis retrouver les militant·es de L’Offensive qui entendent peser dans ce scrutin local pour la première fois.
L’Offensive est une organisation créée en 2021 à Lille par « des militants de l’action antifasciste Nord-Pas-de-Calais ainsi que des travailleur.ses de SCOP qui auto-gèrent déjà leurs lieux de production ». L’organisation se revendique du communalisme, du municipalisme libertaire et de l’écologie sociale. Son objectif est de « mettre en œuvre la démocratie directe à l’échelle locale », on entend par là une participation directe des citoyen·nes aux décisions politiques, sorte de prototype de ce qui pourrait se faire à une plus grande échelle. La création du mouvement vient d’un constat : « Face à la montée des températures et de l’extrême droite, il faut sortir des logiques de guerres de chapelles et du purisme militant de l’extrême gauche qui existe depuis ces quarante dernières années » nous dit Victor, un de ses membres fondateurs.
Selon lui « On ne peut pas forcément gagner les élections tout seul, mais par contre, on peut faire perdre ». La dernière fois, « la cible à faire perdre » était la candidate macroniste, Violette Spillebout bien connue dans nos colonnes. Cette année, c’est le PS qui s’ajoute à la liste des partis qui ne doivent pas atteindre le beffroi.
Changer de modèle, en se conformant au modèle ?
Pour lutter contre ces maux, L’Offensive ne souhaite non plus seulement rester dans une posture antisystème mais prendre part au scrutin en proposant un autre modèle de société égalitaire et démocratique. Celle qui revendique la mise en place d’une confédération s’appuie sur différentes organisations et sur des membres qui souhaitent changer la municipalité qui s’est vu accaparée par les élites en place.
L’Offensive a néanmoins modifié sa manière d’appréhender les municipales. Alors qu’il existait une absence totale de liens avec les partis politiques, désormais l’organisation se retrouve à discuter avec d’autres partis de gauche, notamment LFI en vue d’obtenir des avancées (et pourquoi pas les bases d’un accord programmatique). Cette démonstration d’union malgré les divergences n’est pas la première. Lors des dernières législatives, le Nouveau Front Populaire, allant du PS au NPA est pour L’Offensive un exemple à suivre. Même si ça n’était pas le Grand Soir et qu’on ne doit rien attendre d’une alliance avec les soc-dem, cette union programmatique a fait espérer en particulier une partie de la jeunesse. Dans certaines circonscriptions, l’organisation a d’ailleurs fait campagne pour le NFP.
Depuis le début d’été, l’organisation la joue collectif en proposant chaque mois des ateliers thématiques de rédaction du programme. La gouvernance locale, l’écologie et l’alimentation ainsi que les transports ont pour le moment été abordés. Chaque atelier se compose de différents temps. Une formation avec des intervenant·es extérieur·es, comme un représentant de Sud Rail ou un salarié d’Ilévia lors de la réunion sur les transports. S’ensuit un temps d’échange et de débats qui se conclut par la rédaction du programme.
Les idées antifascistes restent quant à elles ancrées dans la fédération. Combattre l’extrême droite reste dans toutes les têtes, mais pour elleux, « les chasser des rues c’est bien, mais il faut aussi proposer des solutions aux gens ». Victor cite l’exemple de nombreuses villes du Pas-de-Calais avec un fort ancrage de militants antifascistes, qui pourtant tombent aux mains de l’extrême droite électoraliste (Hénin-Beaumont par exemple), dont la liste pourrait s’allonger en mars prochain avec Lens et Calais qui pourraient basculer. Plus qu’un combat anti-facho, c’est un projet de contre-société à laquelle aspire L’Offensive.
Glossaire
SCOP : Société coopérative et participative. Société commerciale qui se distingue des sociétés classiques car la gestion de son capital ainsi que son organisation internes sont décidés majoritairement par les salarié·es.
Communalisme : Forme d’organisation politique reposant sur une fédération de communes administrées dans le cadre de la démocratie directe.
Municipalisme libertaire : Théorisé par Murray Bookchin, socialiste libertaire et écologiste américain. Désigne de « remplacer l’État, l’urbanisation, la hiérarchie et le capitalisme par des institutions de démocratie directe et de coopération ». La révolution kurde au Rojava s’en inspire.
Ecologie sociale : Egalement théorisée par Murray Bookchin, présente les problèmes écologiques comme découlant principalement des conflits sociaux notamment des différentes formes de hiérarchie et de domination, et cherche à les régler à travers le modèle d’une société adaptée au développement humain et à la biosphère. Théorie de l’écologie politique basée sur le communalisme.
Confédération : rassemblement de fédérations
Références
-
[1]
« La lutte passe à l’offensive », La Brique n°65, Automne 2021
↩Issu du numéro 73 | «Anatomie d'une Lutte»
12-13. Chroniques du 10 Septembrepoliticaille | sur la même thématique
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