Darmanin porte quoi ?

Darmanin couleurpGérald Darmanin, trente deux ans et député maire de Tourcoing, se voit déjà président de la République en 2027. Autoritaire, arriviste, anti-rroms, il rappelle furieusement un ancien chef de l'état. Fervent adepte des médias, il est prêt à sortir n'importe quoi tant qu'on parle de lui.
 
 
Issu d'une famille de milieu populaire - un père tenancier de bar, une mère concierge, un grand-père tirailleur algérien et un autre mineur maltais - on l'aurait plus imaginé en chantre de la parole communiste que porte-parole de Sarkozy. Mais suivre son éducation à l'École catholique des Francs-Bourgeois à Paris a porté ses résultats. À seize ans, Gérald Darmanin écoute un discours de Philippe Seguin, et prend sa carte au RPR. À Science Po Lille, il s'enfermait pour lire « tout ce qui se faisait sur Napoléon, De Gaulle, Louis XIV. Et un jour, j’ai eu une réflexion, toute bête, naïve mais c’était : l’histoire d’aujourd’hui, c’est la politique ». Ca ne veut rien dire mais ça l'inspire.
De 2007 à 2012, il poursuit ses classes auprès de Christian Vanneste, Xavier Bertrand, Jacques Toubon, David Douillet qui lui apprennent les manœuvres politiciennes. À trente ans, il accède au pouvoir comme député du Nord en prenant la place de Vanneste, alors exclu de l'UMP pour propos homophobes, et devient un « traître » aux yeux de son mentor. Gérald a pourtant bien suivi les préceptes du maître puisqu'en 2013 il twittait : « Si je suis maire de Tourcoing, je ne célébrerai pas personnellement de mariages entre 2 hommes et 2 femmes » (sic).
En mars 2014, il devient maire de Tourcoing à la place du socialiste Delannoy avec seulement 671 voix d'avance. Pour ce faire, il a dépensé 20.000€ de timbres achetés auprès de tous les buralistes de Tourcoing. Et a bénéficié d'un report des voix du Front National.
 
Un esthète autocrate
 
 Darmanin a une conception de la culture disons à l'ancienne : « Promesse tenue ! Retour des opérettes » twitte-t-il frénétiquement, quand il ne se félicite pas du succès de la Journée du cor au conservatoire. Tous les spectacles n'ont pas la chance d'être appréciés. Il  annule le festival Les Rues Joyeuses, les concerts en plein air de La Voix du Rock, et certaines expositions à l'Hospice d'Havré. Il censure Élodie Chrisment dont les photos de prostituées ont été retirées des murs sans qu'elle soit prévenue. « Ça ne correspond pas aux attentes des Tourquennois » répondra-t-il laconiquement. Récemment, il a fait annuler un spectacle de rue féministe intitulé « Boudin et chansons » en insinuant que le mot « boudin » déplairait à une partie des musulmans, qui n'avaient rien demandé. La programmation du Théâtre du Nord ne lui convient pas ? Il arrête la totalité des subventions. Et comme Darmanin n'aime pas trop qu'on parle de tout ça, il fait signer une clause de confidentialité à tous ses fonctionnaires. Gérald aime les poésies patoisantes : lors de sa cérémonie de vœux, il récite du Victor Capart. Un poète tourquennois reconnu pour son « hostilité envers les patrons et les politiques » explique la Voix du Nord... un peu moins connu pour avoir été un indic'. C'est peut-être cela qui plaît à Darmanin, la culture policée.
 
Darmanin couleur 1
 
La sécurité c'est son hobby
 
« Je n’aime pas l’autorité mais j’aime bien l’ordre. Je suis un anarchiste de droite » affirme-t-il sans rire. Un nanar qui fait installer des portiques de sécurité dans les stations de métro tourquennoises (Aubry sautera sur l'occasion pour en mettre aussi), augmenter le nombre de caméras de surveillance, dépenser 352.000€ pour installer un nouveau poste de police municipale. Son attirance pour la police et les militaires en uniforme est quasi obsessionnelle. Il aime être présent lors des contrôles de Transpolice et faire des rondes de nuits avec les flics. « L’autorité et la sécurité, ce sont des valeurs de droite mais ce sont surtout des valeurs du peuple » prétend-t-il. Mais quand le « peuple » se révolte après la mort d'un habitant poursuivi par la police dans le quartier de la Bourgogne, il appelle à « la tolérance zéro » et soutient l'action des CRS. Une police dont certains membres se seraient pourtant illustrés par cette vieille envie de « faire aller au pas les bougnoules »1.
 
« Bas les pattes »
 
En mai 2015, suite à la parution d'une tribune dans Libération intitulée « Bas les pattes », une quarantaine de femmes journalistes relatait le comportement sexiste des hommes politiques à leur égard. Sans malheureusement les citer. Le lendemain sur France Inter, Charline Vanhoenacker portait sa chronique sur cet article devant l'invité de la matinale : Darmanin. L'humoriste l'interroge à de multiples reprises sur cette phrase « pas de dîner, pas d’info, c’est pas vous  ? ». Alors qu'il réfute, elle ajoute un sous-entendu lourd de sens : « il se trouve que les signataires sont des anciennes collègues de boulot, alors je pourrais être au courant ». Quelques jours auparavant, dans un délire présidentiable, il affirmait que son futur gouvernement ne serait pas paritaire car « ce n'est pas une qualité en soi d'être femme ». Déjà remarqué dans l'hémicycle  pour ses propos sexistes, il avait demandé à Bernard Cazeneuve d'intervenir à la place de « madame LE ministre » Geneviève Fioraso histoire d'être « plus efficace ».
 
Un chihuahua aux dents acérées
 
Considéré comme un arriviste, il est déjà détesté par une frange de son parti. Daubresse trouve qu'« il a du mal à ne pas avoir les chevilles qui enflent », alors que Nadine Morano le surnommerait le « chihuahua ». Depuis l'autre bord, ce n'est guère plus aimable : « il est prêt à tout pour gagner des voix, quitte à se montrer démagogue afin d’attirer l’électorat d’extrême droite », affirme Gilles Pargneaux, ex-patron de la fédération PS dans le Nord. Darmanin a beau se montrer très sentencieux lors des conseils de la MEL envers Éric Dillies, élu FN, ils partagent quelques communes obsessions. Gégé confesse sans sourciller : « Je suis contre les Rroms. Et que ceux qui ne veulent pas s’intégrer arrêtent de considérer la France comme un tiroir-caisse où l’on viendrait se servir ». Entendant cela, La Ligue des Droits de l'Homme a voulu reverser sa subvention au collectif de soutien aux Rroms. Le maire la fait annuler illico. Il est aussi connu pour avoir considéré Christine Taubira comme un « tract ambulant pour le FN ». Comprenne qui voudra les sous-entendus multiples de cette déclaration.
Darmanin est le nouveau visage de ces politiciens qui montent, glorifiant une France forte et patriotique. N'hésitant pas à se faire passer pour progressiste quand il parle du voile, mais reste fondamentalement réac' avec les Rroms. Carriérisme, démagogie, autoritarisme et xénophobie : si Darmanin grimpe si vite, c'est bien qu'il est dans l'air du temps.

A/F, Harry Cover
 

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