Edito N°04 - Le préfet ouvre la chasse

numero04Dans le monde, 6 % de la population est desservie en eau par une entreprise privée. En France, c’est 80 % de femmes et d’hommes qui payent leur facture à des entreprises nationales, leader du marché mondial. Ce mode de gestion « déléguée » [1] - pour ne pas dire privée – est donc théorisé comme le « modèle francais » et il nous est envié par toutes les grandes nations d’inspiration libérale.

De 1853 (date de création de la Générale des Eaux) jusqu’aux années 80, élu-e-s locaux et entreprises de l’eau « s’entendaient » sur les modalités de gestion. Pour les premiers la délégation de service public permettait de remplir les caisses de leur parti, ou par exemple d’équiper leur commune d’un stade de foot juste avant des échéances électorales et même pour certains et certaines de s’enrichir directement ( corruption, « petits » arrangements). Pour les seconds, les marchés s’accumulaient et le regard peu rigoureux des premiers permettait des bénéfices en augmentation constante. Aujourd’hui, l’eau reste une propriété publique (sous contrôle des communes), mais sa distribution et son assainissement sont « délégués » à des entreprises privées. Trois grands groupes (Générale des Eaux - Vivendi (devenue Véolia), Suez avec sa branche Lyonnaise des eaux, et dans une moindre mesure la SAUR, anciennement Bouygues) se partagent les appels d’offre émis par les communes. Surnomées « les trois soeurs », ces trois groupes sont également leaders du marché mondial de l’eau.

Mais depuis quelques années, la « société civile » (particuliers, associations, chercheurs, journalistes, etc) commence à fourrer son nez dans ce vaste « empire » [2]. Et le « modèle français » a révélé une eau sale, opaque : sa vraie couleur. Sans grande surprise, une succession d’affaires ont vu le jour (corruption, financement des partis, concurrence faussée, marges astronomiques des grandes multinationales, flux financiers douteux, connivence public / privé…). Les affaires continuent d’être jugées un peu partout en France. Mais, aujourd’hui, elles sont censées relever de pratiques révolues : l’empire de l’eau est propre, épuré de toute malversation, et les comptes, fonctionnements, accords et enjeux politiques sont entièrement transparents et accessibles au public. Mais bien sûr... Face aux mises en causes, la municipalisation est à l’ordre du jour. Beaucoup voient dans la création d’un réel service public la reprise en main par la collectivité de l’eau et de son prix.

A Lille, soupçons et accusations pèsent sur la relation entre LMCU et la SEN (voir article), La Brique est allé faire un tour dans les rouages technocratiques de la gestion de l’eau. Elle en est revenue en questionnant les différents types de gestion et les enjeux idéologiques et politiques qu’ils sous tendent.

Notes

[11 : voir encadré.

[2Ivan Stefanovitch, « L’empire de l’eau »

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