Comment est mort Hakim Djelassi ? (bis)

Hakim Djelassi est mort le 26 septembre, à 31 ans, au cours d’un transport dans un fourgon de police. Officiellement, son corps présente de nombreux hématomes. La possibilité d’une bavure policière tient du bon sens. Les trois semaines qui ont suivi, nous avons longuement interrogé les réceptionnistes de l’hôtel où il a été arrêté, la famille, le collectif de soutien, les journalistes, et d’autres...

 

Cette possibilité s’en est trouvé renforcée. Nous l’avons exprimée ici, sans exposer davantage les faits ou les différents témoignages recueillis car il nous a été demandé de patienter, de laisser les avocats travailler dans le calme.

Et voici que le 10 mars, Nord éclair fait état d’une fuite de l’instruction : le rapport toxicologique de l’autopsie mentionnerait une consommation d’alcool et de cocaïne ayant pu entraîner un arrêt cardiaque. Le lendemain, La Voix révèle qu’il faut y ajouter une surconsommation d’héroïne. Pourquoi cette différence ? Renseignement pris, leurs taupes au palais de justice seraient simplement différentes, car aucun journaliste n’aurait eu accès au document en question. C’est donc simplement curieux.

Peu importe, dans les coulisses de l’instruction, on convainc les journalistes que seules la consommation de drogues, le «  stress lié à l’interpellation » et «  une fragilité cardiaque » ont causé la mort. Les coups n’auraient « servi » à rien. Le bon sens voudrait pourtant qu’on reste pour le moins dubitatif devant ces conclusions (provisoires et non officielles) de l’enquête de justice. Mais c’est dès le départ, une semaine après les faits, que La Voix choisit la mauvaise foi : « Selon le parquet de Lille [les premières conclusions de l’autopsie] ne donnent pas de « causes évidentes de la mort ». Mais il indique aussi qu’il semble exclu que les coups soient à l’origine du décès, ce qui écarterait ainsi la thèse de violences policières » [1]. Puisque les coups n’ont pas été mortels, c’est qu’ils n’existent pas ! Malgré des informations divergentes sur la consommation de drogues, ce ne peut être qu’une overdose... Comme une fâcheuse tendance à vouloir écarter d’emblée toute responsabilité policière.

Malgré l’emploi du conditionnel (pour la forme), cette presse locale n’hésite pas à donner son verdict : « Ce document sonne sans doute aussi la fin de la thèse de la « bavure » évoquée par quelques observateurs » [2]. Le site de France3 région peut donc laisser le doute de côté : « Ces résultats d’analyses, qui étaient attendus avec impatience, infirment l’hypothèse d’une bavure policière » [3], qui n’était donc l’œuvre que d’une « récupération orchestrée par des associations ou extrémistes » [4] (Cf. ci-dessous).

Bizarrement, il est mentionné qu’il reste des « points à éclaircir » [5] pour la famille et l’avocat, et une information judiciaire pour « recherche des causes ayant entraîné la mort » reste ouverte au tribunal de Lille. Étonnamment, la « Commission nationale de déontologie de la sécurité » (CNDS) ne pouvait qu’avouer dans son rapport de 2008, paragraphe « violences illégitimes », que «  les interpellations et les transports (vers le commissariat, d’un commissariat à l’autre, vers l’hôpital, etc) sont des moments où des manquements à la déontologie ont été particulièrement constatés ».

D’après nos informations, l’hypothèse que des coups de la police aient pu entrainer la mort d’Hakim reste d’actualité. Sans présager des résultats de l’instruction, et de son honnêteté, tout cela sent l’enfumage bien orchestré. A bon entendeur et dans l’attente que « justice » soit faite...

S.G

Mise au point

Jusqu’aux derniers articles de mars, il a été mentionné des « observateurs » relayant grossièrement la thèse de la bavure, nous assimilant à de pseudo-gauchistes, extrêmes, ultras, et manipulateurs. Ces journalistes oublient-ils un peu vite que Hakim Djelassi était vivant avant son interpellation*, comme d’autres avant lui ?

Ainsi le 13/11/09 à Valentigney, Mohamed Boukrourou meurt à 41 ans d’un arrêt respiratoire dans un véhicule de police. Selon la famille, soutenue par le MRAP, son visage présente plusieurs traces de coups. Le procureur déclare « éliminer toute hypothèse de coups ».

Le 9/05/08 à Grasse, Abdelhakim Ajimi meurt à 22 ans suite à son interpellation par la BAC. Selon le procureur, en le maintenant au sol, il y a peut-être eu «  imprudence », c’est à dire « une mauvaise prise en compte des règles ».

Le 9/06/09 à Argenteuil, Ali Ziri décède à l’hôpital à 69 ans peu après son interpellation. Selon son ami présent, la police les aurait frappés. L’autopsie conclut que cela est du « au mauvais état de son cœur ». Une seconde autopsie viendra pourtant le contredire en trouvant « un lien entre les hématomes et le décès ».

N’oublions pas non plus que La Voix serait allée s’excuser auprès de la famille Djelassi pour avoir omis de prendre en compte leur témoignage, après avoir certifié dans ses premiers articles sur source policière qu’aucune violence n’avait été commise, et que les quatre policiers avaient presque héroïquement porté secours au jeune homme...

* Du nom d’un article paru sur le blog d’Eric Azan sur http://veilleur.blog.lemonde.fr/, lequel nous a facilité le travail sur les trois affaires évoquées ici.

Notes

[1La Voix, 1/10/09.

[2La Voix, 12/03/10

[3Le site web de France 3 région, 11/03/10

[4Idem 2

[5Idem 3

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