we don't need no sélection !

fusion 1À écouter les représentant.es de l’Université, les réformes en cours répondraient aux attentes des étudiant.es. Pour ce faire, Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, propose ainsi, pour la rentrée 2018, de mettre fin au tirage au sort, pour le remplacer par un système de sélection censé être plus pertinent. Comprendre : une sélection des étudiant.es sur des critères plus que subjectifs.

C'est sous l'angle de l'efficacité et de la personnalisation de l'orientation que sont présentés, dans le projet de loi déposé le 22 novembre dernier, les nouveaux modes d'admission à l'université. Les candidatures seraient étudiées en adéquation avec le dossier scolaire. Il est prévu de prendre en compte à la fois les notes, les appréciations des professeur.es et les activités extra-scolaires, comme l'engagement associatif.

À ces critères généraux de sélection, s'ajouteront encore des « attendus » ou des « prérequis » par discipline, sur lesquels les responsables pédagogiques planchent déjà, avant même que la loi ne soit entrée en application. Les facs auront aussi la possibilité de limiter les admissions en dehors de leur académie, ce qui renforcera les inégalités géographiques et prépare l'installation d'une université à deux vitesses.

L'égalité à la fac, c'est fini !

On pressent déjà l'énorme part d'arbitraire qu'induit cette sélection sur dossier, puisqu'elle rend visible l'établissement d'origine des candidat.es. Elle accentue d'ailleurs la concurrence entre les universités. On oublie aussi de dire que si APB, l'ancienne plate-forme d'orientation post-bac, a fait la preuve de son inefficacité, c'est principalement à cause du gel des recrutements d'enseignant.es. On a construit lentement mais sûrement la pénurie de places et le surpeuplement des formations les plus demandées.

On connaît la surcharge de travail des professeur.es et du personnel administratif, tout comme les conditions de travail désastreuses de l'armée de vacataires appelé.es en renfort chaque année et payé.es des cacahuètes. La solution semble toute trouvée : ne prendre que les étudiant.es les mieux doté.es, ce qui ferait au passage baisser le taux d'échecs en première année.

Des critères inapplicables

C'est ici que ça se corse : la définition des critères de sélection donne lieu à un festival de propositions absurdes ou irréalistes. Comment mesurer « l'ouverture d'esprit » ou « les capacités d'abstraction » ? Et qui, au sein des équipes pédagogiques déjà surchargées de travail, va pouvoir prendre le temps d'éplucher équitablement les dossiers de 600 ou 800 postulant.es ?

Il est aussi envisagé de « proposer » une formation complémentaire aux candidat.es ne remplissant pas les critères de sélection dans une filière. Selon votre dossier, le logiciel pourra vous attribuer une admission « oui, si », qui consiste à suivre des blocs de cours supplémentaires. Une possibilité qui s'inscrit dans l'évolution vers des diplômes « à la carte » et une inscription par Unité d'Enseignement (UE), indépendantes les unes des autres. Au passage, les frais d'inscription pourraient dépendre du nombre d'UE, et ça supprimerait pour l’ensemble des étudiant.es la possibilité de compenser les notes d'un semestre par celles d’un autre.

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Rendre l'université aux élites

On touche ici à l'un des buts moins avouables de l'instauration de cette sélection, qui ne fait que préparer la généralisation d'un système d'enseignement supérieur à l'anglo-saxonne avec classement des facs et des candidat.es. Suivront tout à fait logiquement l'augmentation des frais d'inscription... et le développement du crédit étudiant pour y faire face.

Mais il s'agit aussi d'enté- riner le principe, jusqu’ici latent, de l'université comme machine à reproduire les inégalités sociales. Déjà, parce les lycéen.es selon leur établissement d'origine n'ont pas eu accès à la même qualité d’enseignement et aux mêmes options. Tout le monde n'a pas non plus accès à des activités associatives intéressantes pour gonfler son C.V. en faisant la preuve de son « engagement citoyen ». La sélection ne pourra que réduire encore l'accès des classes populaires à l'université, déjà limité (rappelons qu’aujourd’hui, seul.es 10 % des fils et filles d'ouvrier.es vont à la fac).

L’école est un lieu de reproduction sociale par excellence, favorisant les enfants issue.es des classes les plus favorisées, autant culturellement qu’économiquement. Il était peut-être utopique de penser qu'une université ouverte à tous.tes, proposant une formation de qualité accessible, pouvait en partie compenser ces inégalités. Malgré tout, parmi les enseignant.es, beaucoup y croient encore, d'où leur refus de la sélection. Ces acharné.es sont peu suivi.es. En tout cas, instaurer une sélection stricte à l'entrée en première année balayerait définitivement ces espoirs démocratiques.

Contre la sélection... et son monde !

Concerné.es par ces évolutions, les étudiant.es ont réagi rapidement : à l'annonce du « plan étudiant » plusieurs AG ont eu lieu à Lille 1-2-3. En continuité avec les mobilisations contre la loi travail ou les ordonnances Macron a été créé le « Collectif de Résistance à la Sélection » (CRS). Le collectif lance une première action le matin du 22 novembre à Lille 2, où la distribution de tracts se solde, à cause de l'attitude rigide du service de sécurité, par le blocage involontaire de l'unique entrée de la fac pendant plus d'une heure. Le collectif aura le temps d'alerter les étudiant.es, non sans se faire emmerder par les sbires de l'UNI (syndicat étudiant d'extrême droite) qui s'improvisent assistant.es de la sécu...

Les tentatives d'occupation d'un amphi pour disposer d'un espace de réflexion, sont réprimées systématiquement et violemment dès lors qu'elles dépassent les cadres imposés par l'administration. À Lille 2 puis Lille 3, la présidence envoie la police et la BAC dès les premiers rassemblements. À Lille 3, le 7 décembre, la sécurité prend même les devants et bloque l'accès à une conférence se déroulant dans l'amphi où doit avoir lieu l'AG deux heures plus tard.

À chaque fois, le mot d'ordre semble être de freiner la mobilisation, avec le concours des services de sécurité qui font office de flics pour la direction : arrachage d'affiches, contrôles abusifs des cartes d'étudiant.es, blocage des AG. Plan vigipirate ou état d'urgence sont les bons prétextes pour éviter un mouvement collectif.

Une autre université est possible

Les étudiant.es du CRS demandent le retrait de la loi Vidal, mais souhaitent aussi (re)construire une autre vision de l'université ouverte à tous.tes, gratuite et émancipatrice, qui voie plus loin que la valeur des diplômes et l'employabilité future de ses « client.es ». De la volonté de réappropriation du savoir est née l'idée de « Lille zéro », université libre autogérée pour briser la marchandisation de la connaissance. Chacun.e pourra s'y instruire, partager ses savoirs et apprendre de ses pair.es. Les projets de cours sont enthousiasmants : la critique de l'histoire coloniale de la guerre d'Algérie, des cours plus pratiques comme la sécurité informatique ou les techniques d'auto-réduction... Et pourquoi pas des cours in situ : réfléchir au consumérisme à Euralille par exemple ? Lille zéro ouvrira le 15 janvier, on se donne rendez-vous sur les bancs des amphis !

Mikette et le Collectif de résistance à la sélection

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