À qui profitent les risques ?

Pour la vache folle, on parle principe de précaution. Pour les usines classées “Seveso”, on parle très peu. Il y a pourtant de quoi…

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Avec 81 entreprises classées Seveso, la région est bien garnie en sites industriels dangereux. Les risques sont divers : nuage toxique, explosion, risque thermique voire contamination radioactive. Ce sont des entreprises chimiques, des raffineries, des dépôts d’explosifs, etc.
Tous les risques industriels ne seront pas abordés ici, notamment le transport de matières dangereuses et toute une série d’entreprises qui ne rentrent pas dans la liste Seveso (1), ainsi que d’autres formes de « risques » : les sites pollués ou les accidents du travail...

Sécurité : le cahier de doléances

Le risque nul n’existe pas nous dit-on, et les multinationales de l’industrie chimique Seveso - à l’origine de la quasi totalité des accidents majeurs - feraient tout leur possible. Toulouse n’a pas eu de bol. Sauf que certains syndicats ne sont pas de cet avis.
Dans la vieille industrie chimique, sud et la cgt (2) dressent un constat plutôt inquiétant : obsolescence des installations, diminution des dépenses d’entretien et de maintenance, et surtout le développement important du recours à la sous-traitance ou à l’intérim, du personnel extérieur à l’entreprise et sous-payé. La cgt dénonce le fait qu’ « ils réduisent les effectifs à la limite du supportable »3. sud s’oppose également à la « politique d’indivi dualisation » des patrons qui « diminue l’esprit collectif au travail » et peut aboutir à « des défauts de surveillance ou une baisse des capacités à agir ». Si on ajoute la réduction des équipes de sécurité permanentes sur les sites, voire leur suppression, l’inquiétude semble légitime...
Le CAC 40 veille sur nous
Ces industries « explosives » sont aujourd’hui la propriété de multinationales. La question est alors  : peut-on leur faire confiance pour faire passer notre sécurité avant leurs bénéfices  ?
Ces holding sont contrôlées par des fonds de pensions et des actionnaires qui réclament des taux de profit de plus en plus élevés. De leur point de vue, il est assez logique que la sécurité passe au mieux en second. Au pire, qu’ils lui fassent un beau doigt d’honneur. Le groupe Total est toujours très bien côté en bourse, après 30 morts et 2000 blessés à Toulouse en 2001…
Quant à la surveillance de l’Etat, elle a plutôt intérêt à ne pas être trop sévère, pour un secteur économique de la plus haute importance (au deuxième rang derrière l’industrie automobile). Histoire que ces boîtes ne foutent pas le camp au tiers-monde... Retour ligne automatique
On peut visiblement compter sur le medef pour pilonner toutes les nouvelles réglementations en matière de sécurité. Dans les années 90, les tentatives sont nombreuses. Récemment, sur la loi Bachelot de 2003, l’uic (medef-Chimie) a réussi à supprimer des dispositions visant à limiter la sous-traitance, à recourir à des experts indépendants sur tout nouveau projet de construction, ou des dispositions visant à condamner les entreprises avec des « pratiques à risque ». Elle conteste « une immiscion (...) abusive dans l’organisation des entreprises » et brandit la « liberté d’entreprendre » ! (4)

La sécurité contrôlée par l’Etat : un scénario crédible  ?

On nous opposera que toute une série de directives, de lois ou de plans de secours sont prévus (cf. Lexique). Problème : la « clef de voûte » de la gestion des risques, du plan de sécurité et de l’ensemble des moyens à mettre en oeuvre, c’est « l’étude de danger » d’un site Seveso... réalisée par l’entreprise elle-même. sud craint donc que tout soit fait à un « coût économiquement acceptable pour l’entreprise ». La drire rétorque l’argument de la « Responsabilisation de l’industriel ». Certes, cette étude est ensuite validée - souvent après de nombreuses modifications -
par ses services de la drire et de la préfecture. Là encore, les syndicats sont sceptiques sur l’indépendance et les moyens dont ils disposent. Peut-on sérieusement affirmer qu’aucune connivence n’existe entre les préfectures et les trusts de la chimie ? La DRIRE, sous tutelle de la préfecture, peut-elle réellement assurer un contre-pouvoir face aux industriels ? Ses effectifs semblent insuffisants pour réaliser les contrôles nécessaires sur le terrain, et lors de ses inspections, l’usine doit être prévenue 2-3 jours avant et peut ainsi faire le ménage6.
Enfin, les scénarios d’accidents établis dans l’étude de dangers sont ceux considérés comme « crédibles ». Pour sud, la chimie est éminemment complexe : « une installation chimique ne fonctionne jamais comme sur le papier », il y a toujours des manipulations imprévues. Ainsi, le scénario de l’explosion d’azf n’était pas jugé « crédible », seul le risque toxique était alors envisagé. Quant aux différentes structures multi-partenaire, comme les clic, la CGT estime qu’ils sont « considérés davantage comme des chambres d’enregistrement ou des relais que comme des acteurs à part entière de la prévention ».

Risques industriels : une question politique

Reste une question fondamentale  : toutes ces productions sont-elles réellement nécessaires, et notamment au vu des risques encourus ? Pour l’instant, la question est tranchée en bourse selon la loi du marché... La production chimique intervient par exemple dans le traitement des eaux ou les médicaments, mais une part importante est utilisée pour les engrais, les pesticides et l’agro-alimentaire où des alternatives existent. Et que dire lorsque des populations prennent des risques pour des produits de traitement de l’herbe pour terrain de golf ou pour le liquide lumineux des colliers vendus dans les foires ? Ou lorsque 60 % de la production chimique de la région est exportée en dehors du pays. On prend des risques ici pour que le patronat de la chimie fasse des profits ailleurs….
Parmi les syndicats, seul sud souligne l’importance « d’un véritable débat de société, partant de l’utilité pour la société des productions ».
En effet, quelles productions est-on prêt à envisager compte tenu de leur dangerosité et de leur utilité  ? Quelles alternatives à l’organisation ou à la gestion de ces industries ? Des choix collectifs à prendre… à condition de changer le rapport de force actuel.

1 : Des centaines d’usines, notamment 47 gros Silos céréaliers, 12 dépôts d’engrais importants et 30 sites agroalimentaires utilisant plusieurs tonnes d’ammoniac. Quant au nucléaire, voir numéro 7.

2 : Toutes les citations de sud et de la cgt sont extraites de deux documents  : Contribution au débat sur les risques technologiques majeur sur www.sudchimie.org, et Intervention aux assises nationales des risques technologiques et industriels le 12/10/06 sur fnic.cgt.fr.

3 : L’industrie chimique emploie environ 230000 personnes en 2005, contre 286876 personnes en 1998.

4 : Prévention des risques majeurs, Éditions nvo de la cgt, extraits sur le site cgt-Chimie

5 : Selon sud, les ingénieurs reçoivent « la même formation positiviste et que les cadres de l’industrie chimique dans les mêmes écoles ».

6 : Seuls les contrôles de rejets dans l’eau et dans l’air sont inopinés : la plupart sont non réglementaires.

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