GROS MOTS : charges sociales

« Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité. Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, [elle] est devenue l’une des armes les plus ef ficaces du maintien de l’ordre. »  (Eric Hazan, LQR : la propagande du quotidien, éd. Raisons d’agir, 2006).

Au rayon lexical des poids qui entravent la contre-réforme libérale de la France : les lourdeurs administratives, le mammouth qu‘est l’éducation nationale, la pression fiscale, ou encore les charges sociales. Et le MEDEF l’assure : « Les chefs d’entreprise souhaitent pouvoir distribuer plus de salaire net à leurs salariés, pour créer de la croissance donc de l’emploi. D’où l’importance de baisser les charges sociales » [1]... pour augmenter les profits. Mais surtout, posée en termes de charges, la question des cotisations appelle nécessairement à leur allègement... Foi de patron  !

Nous sommes tou-te-s des salarié-e-s

Pour le dire tout de suite, le droit du travail ne connaît pas de charges sociales. Elles appartiennent à une novlangue idéologique malheureusement trop souvent intégrée par les défenseur-e-s des prestations sociales. Juridiquement seules existent les cotisations salariales, ponctionnées proportionnellement au salaire brut, et les cotisations patronales. L’employeur fait ainsi deux versements : le salaire direct versé au salarié (ce qui tombe dans la popoche en fin de mois), et le salaire indirect versé aux organismes sociaux, et qui sera redistribué sous formes de prestations (ASSEDIC, RMI, retraite...). L’addition des deux est appelée salaire socialisé et permet ainsi la reconnaissance administrative de toutes les situations des travailleurs, qu’ils soient actifs, chômeurs, retraités : le chômeur indemnisé étant ainsi un salarié demandeur d’emploi, le retraité, un salarié pensionné.

Le fruit de la guerre de classes ?

Par les cotisations, la valeur d’echange de la force de travail des salarié-e-s dépasse leur seule participation à la production. Elle intègre aussi les besoins nécessaires à son travail : sa santé et celle de ses enfants (eux-mêmes futurs travailleurs), éducation, loisirs, retraite...
Ces besoins répondent à des normes sociales et culturelles définissant un standard de vie jugé collectivement souhaitable. Normes évoluant avec le temps (par exemple, seuls 3 % des logements de 1947 répondent aux normes minimales actuelles
de construction [2]), elles sont un enjeu de lutte. Les patron.nes rognant sur les revenus pour s’approprier une part accrue des revenus du travail, s’opposent aux salarié-e-s réclamant la satisfaction de nouveaux besoins.

Un iPhone pour tou-te-s !

Face aux contre-réformes actuelles prétextées par un allègement des charges sociales, les partis de gauche et syndicats dits représentatifs s’engouffrent dans des revendications sur le devenu fameux pouvoir d’achat. « Ce mot-poison qui enferme les luttes sociales dans un ‘’toujours plus’’ » [3] élude la qualité des richesses à répartir sans remettre en cause le lien de domination et de subordination qui existe entre le patron et son salarié. Même estompé par un salaire socialisé.

TJ , illustration F. Malette

Notes

[2Alain Bihr, « Novlangue neolibérale : les charges sociales », legrandsoir.info

[3Paul Ariès, « Pouvoir d’achat contre pouvoir de vivre  », La Décroissance n°48, avril 2008.

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