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antiracisme | « La plus grande gloire du monde »

Publié dans Tout va bien (été 2026) | Par Harry Cover, Loustik, Slash
Mis en ligne le 02 octobre 2026
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Des procès, La Brique en a couvert quelques-uns, que ce soit lors de comparutions immédiates ou pour des militants. Relater la litanie de dingueries entendues au procès des membres de Nouvelle Droite remplissait déjà largement le premier volet de notre traitement de l’affaire. Il nous a paru utile de profiter du verdict pour poser quelques éléments d’enquête et d’analyse.

Ce qui nous a particulièrement frappé, c’est l’aplomb avec lequel se sont présentés Camille Bourdeaux et Cyril Wayenburg à la barre. Les faits sont pris avec légèreté face à la gravité de la peine potentielle. La qualification de « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes » semble largement leur passer au dessus de la tête.

Discours & Méthodes

Au delà du mépris et de la condescendance affichée, ils minimisent les faits et surtout, un renversent la charge accusatoire. Ainsi, leur action est présentée à l’audience comme « pacifique », « l’expression d’un désaccord », « nous ne sommes pas violents, ce ne sont pas nos méthodes ».

Le culot est là : venir de manière hostile et diaboliser les victimes de leur « happening ». Cyril Wayenburg n’y va pas de main morte « Les gens violents sont à LFI ! », « Ma compagne a été attaquée[1] », « J’ai été jeté au sol », « Les lunettes [qui filment] me protègent contre les militants d’extrême gauche ». Que croit ce type qui arbore fièrement ses muscles, s’entraîne à la citadelle avec son groupuscule à la boxe et qui va au clash, balance du faux-sang et de la farine ? Être un martyr ?

Pour Camille Bourdeaux, c’est la même chose : elle n’hésite pas à parler de « méthode politique ». Un élément qui a fait tiquer la procureure et la présidente du tribunal lors de l’audience, nous aussi. Elle argumente en se servant de l’exemple de l’enfarinage de François Hollande en 2012 par Claire Séguin[2] . Cette dernière avait été remise à l’infirmerie psychiatrique de la Police suite à son forfait.

Loin de nous l’idée d’aller dans le sens d’une justice bourgeoise qui voudrait que les débats soient policés et les actions consensuelles. C’est bien la méthode utilisée qui diffère des actions menées par traditionnellement par la gauche. Il ne s’agit pas d’une intervention syndicale, ni d’un happening commis par des intermittents du spectacle. Ce n’est pas non plus une action qui revêt une dimension clownesque comme pourrait le faire le célèbre entarteur belge Noël Godin décédé 3 jours avant l’audience[3] . L’idée, en forçant l’accès, en dispersant du faux-sang, en venant cagoulés, n’est qu’animée par la volonté a minima de faire peur aux membres de La France Insoumise et au public venu assister au meeting. Aucune empathie, ni prudence sur l’effet que cet éclat peut provoquer, aux personnes militantes ou non, voire aux mineur·es présent·es...

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Genèse et reprise du flambeau

Le groupuscule Nouvelle Droite succède à la dissolution de Génération Identitaire en 2021[4] et surtout de son antenne locale « La Citadelle » en 2024 animée jadis par Aurélien Verhassel. Cyril Wayenburg est l’ancien n°2 de l’organisation. Au programme, combats de boxe, formations, apéros décomplexés et actions médiatiques « coups de poing ». Ainsi, Le CV militant de Wayenburg s’est étoffé avec le temps : présence dans le documentaire Génération Hate d’Al Jazeera[5] , condamnation pour être monté sur le toit de la gare d’Arras[6] . Mais aussi plus récemment avec Nouvelle Droite, le déploiement d’une banderole au Trocadéro à Paris[7] en compagnie de Camille Bourdeaux, son épouse. Pour le meilleur, et surtout pour le pire…

Officiellement, il n’y a pas de structure sous le nom « Nouvelle Droite » en préfecture. Leur paravent est une association au nom étrange, aux initiales bien senties, fondée en octobre 2025 : « Les Nettes de Deûlémont »[8] . Son objet est mignon : « promouvoir l'entraide locale, régionale, nationale, internationale soit matérielle, financière ou bénévolat ; promouvoir la culture sous toutes ses formes ; promouvoir l'organisation événements, conférences, ateliers, manifestations ; promouvoir le financement plateformes, associations permettant diffusion, promotion de la culture sous toutes ses formes ; promouvoir l'aide humanitaire ». Sa description change radicalement sur leur présentation Helloasso : « Nous sommes une communauté enracinée qui rassemble la jeunesse patriote soucieuse de s'endurcir et désireuse de jouer un rôle primordial dans la vie de la cité. Jette un œil à nos actions, montre ton soutien par un don et rejoins le combat d'une vie ! » Des diablotins déguisés en enfants de chœurs !

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C’est peut être ce sens du « combat d’une vie » pris un peu trop sérieux qui monte à la tête de ces militants radicalisés. Le 29 mars dernier, sur Instagram, le groupe se sent assez rodé pour communiquer sur une auto-formation sur le thème de la garde à vue. Cyril Wayenburg pose à coté d’une diapo PowerPoint, une citation de Charles De Gaulle : « Soyons fermes, purs et fidèles : au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde, celles des hommes qui n’ont pas cédé ». Les oripeaux et les enjeux sont, à notre humble goût, un poil trop grands.

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Instagram et larmes de crocodile

À la barre, Wayenburg définit la stratégie de Nouvelle Droite : elle a pour but de « faire de la politique sérieuse, visible sur les réseaux sociaux ». Et en effet, le groupuscule identitaire communique à fond sur cette affaire, arrangeant la réalité avec des éléments de langage qui tiennent de la propagande. Ils minimisent tout ce qui est en leur défaveur (les prévenus sont qualifiés de « 8 jeunes », « patriotes sincères », « veilleurs de notre pays », le chef d’accusation n’est jamais nommé), exagèrent les peines encourues et dramatisent l’acharnement de la Justice à leur encontre (« soutenez nos camarades qui pourrissent au fond d’une cellule en pleine canicule[9] » « l’acharnement stratosphérique de la Justice française »).

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Durant le procès, certaines de leurs « meilleures punchlines » sont retransmises en direct sur X, agrémentées de commentaires tels que « masterclass », « nos militants au taquet ! » ou encore un emoji triste quand il s’agit d’ironiser sur l’émotion à la barre de Patrick Proisy, partie civile. Le couple de chefs se met en scène et prend la pose dans le hall du Palais de Justice dès leur sortie du procès pour alimenter leurs réseaux sociaux. Le lendemain matin 7h, Camille est sur Radio Courtoisie dans Ligne Droite pour dérouler leur narratif : la Justice est « partiale et gangrenée par l’extrême gauche ». Elle qualifie également l’émotion de M. Proisy de « larmes de crocodile ». Ironique venant d’une personne qui surjoue auprès de qui veut l’entendre sa peur d’être tuée par l’extrême-gauche…

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Le business de l’ASLA

Dans cette bataille judiciaire et médiatique, les fachos sont soutenu·es par l’Association de Soutien des Lanceurs d’Alerte (ASLA). Par un tour de passe-passe orwellien, des identitaires nationalistes violents deviennent des « éveilleurs de conscience » qui subissent « la répression croissante [des] courants de pensée patriote et conservatrice ». Cette association se présente comme le « bouclier juridique des patriotes » et « protège ceux qui défendent la vérité ». L’ASLA soutient des militants fascistes dans leurs procès dans toute la France grâce à leurs avocats et juristes. A priori, pas de prix d’amis, mais des cagnottes de soutien pour payer les amendes et frais judiciaires, et des avocats chevronnés de l’extrême droite. Ainsi, Mᵉ Pierre-Vincent Lambert, ancien avocat de Génération identitaire, a fait le déplacement de Dax pour défendre M. et Mme Wayenburg.

Ces cagnottes[10] changent en fonction de la direction du vent ou de l’humeur des fachos. Avant le procès, l’ASLA demandait 150 000 € pour couvrir amendes et frais de justice, alors qu’aucune réquisition n’avait été faite et que cette somme ne semble correspondre à rien, même pas à la peine maximale pour violence en réunion sur un élu dans l’exercice de ses fonctions. Suite aux réquisitions, l’appel au don est passé à 40 000 €, puis à 15 000 € au délibéré, et fin septembre la cagnotte était repassée à 20 000 €. Les nombres de personnes concernées a aussi changé, initialement destinée aux 8 prévenu·es, elle n’était plus que pour 5 militant·es avant le délibéré et ne sert actuellement à soutenir que 4 des prévenu·es. Y a de l’eau dans le gaz chez les fachos ?

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Rien de rebelle à être un nazi

On pourrait se réjouir de voir la présidente passer un savon à des fachos. Mais sur les bancs inconfortables de la salle d’audience, difficile de se sentir à l’aise face à cette institution. Difficile de ne pas ressentir un certain effet miroir quand on sait qu’à la barre comparaissent régulièrement des camarades. L’idéologie fondamentalement violente, raciste et fasciste des identitaires d’extrême-droite, n’est guère évoquée par le tribunal, et ils sont mollement questionnés à ce sujet.

« C’est quoi, Nouvelle Droite ? » « C’est euh… c’est des militants », répond Clément C. Il aurait été intéressant de creuser, à ce moment-là. Mais non : pas une seule fois les mots « extrême-droite » ou « groupuscule » n’ont été prononcés durant le procès – sauf par Maître Chaudey, avocat des parties civiles – à qui l’avocat de la défense a répondu platement : « Ne politisons pas cette affaire, ces jeunes sont simplement venus s’exprimer sur la mort de Quentin Deranque. ». Ce à quoi le parquet n’a absolument pas réagi.

Donc, peu étonnant, Nouvelle Droite s’est loupée dans son « analyse » - qui n’en est pas une - du système judiciaire. Quand la procureure déclare : « c’est violent, quand même, un enfarinage et du faux sang répandu par terre... », la perche est tendue pour que ce groupuscule et ses « patriotes » puissent contredire. En réponse à la désinformation propagée sur les réseaux par la Nouvelle Droite immédiatement après le procès, il apparaît donc crucial de rappeler que non, la Justice institutionnelle et punitive telle qu’elle existe, n’est pas « gauchiste » et encore moins radicalement antifasciste ; elle est juste bourgeoise, donc bel et bien politique, et défend avant tout la République et ses institutions. Ce qui n’est pas un scoop, mais quand même un problème car elle permet ainsi à des nazis de se faire passer pour des cool kids, des rebelles de l’ordre établi, punis pour avoir « semé la zizanie ».

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L’appel

Si La Brique était bien présente lors du verdict, les prévenu·es, eux, ne se sont pas donné cette peine. Aucun·e n’est présent·e pour entendre la juge énumérer leurs peines : de 6 à 18 mois de sursis, stage de citoyenneté, interdiction de port d’arme, 2 ans d’inéligibilité, de 500 € à 1500 € à verser aux parties civiles pour le préjudice moral ainsi que 50 € par prévenu·e et par victime pour participation à leurs frais de justice, et confiscation des scellés. Sur tous leurs réseaux sociaux, ils ont annoncé le soir même faire appel de cette décision.

Références

  1. [1]

    C’est parce que Patrick Proisy a sauté sur ma compagne que je suis passé à l’action. Si c’était à refaire, je le referais. » On voit toutefois clairement sur les vidéos que l’édile essayait de prendre des mains la pancarte de la porte-parole sans violence.

    ↩
  2. [2]

    En pleine campagne présidentielle, F. Hollande n’avait pas porté plainte. Le cas n’était pas passé au pénal.

    ↩
  3. [3]

    Pour se faire une idée plus globale de ce type d’action, une page Wikipédia recense une forte intéressante « Liste de jets d'objets sur des personnalités politiques françaises » -

    ↩
  4. [5]

    Al Jazeera Investigations – Génération Hate https://www.youtube.com/watch?v=Il2GbD4mrrk – C. Wayenburg se vante avec un grand sourire d’avoir « mis un coup de pied sauté » à « deux maghrébins » (18min30)

    ↩
  5. [8]

    Lien vers l'association : On découvre également à la même adresse, l’ancienne boîte de Cyril Wayenburg, ça ne s’invente pas : « Alpha Protec » radiée fin 2021. On n’est pas à une maladresse près.

    ↩
  6. [9]

    Selon Alaric Py, membre du groupe, dans une publication insta du 24 juin 2026.

    ↩
  7. [10]

    Comment des groupes néonazis ou identitaires profitent de dons défiscalisés - Le 07 mai 2026 par Rozenn Le Carboulec et Stephane Ortega dans Basta!

    ↩

Issu du numéro 75 | «Tout va bien»

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