antiracisme | Nazi-zanie : Nouvelle Droite passe au tribunal
Le 26 août 2026, 8 “militant·es” du groupuscule identitaire nationaliste Nouvelle Droite comparaissaient au Tribunal Judiciaire de Lille. Le 6 mars dernier, ils avaient violemment perturbé le meeting de Patrick Proisy, maire sortant de Faches-Thumesnil. Récit d’un procès effarant.
6 mars 2026, début de soirée à Faches-Thumesnil. Un groupe d’une quinzaine de personnes masquées s’introduit de force dans la salle Baron où se tient un meeting de Patrick Proisy, candidat La France Insoumise aux municipales, et du député Aurélien Le Coq. La bande hurle « LFI hors de nos mairies » ou encore « Justice pour Quentin » (en référence au néo-nazi Quentin Deranque tué à Lyon le 14 février dernier). Devant un public terrifié, ils jettent du faux sang sur les personnes présentes et au sol puis enfarinent M. Proisy. Dans leur fuite, la police interpelle une partie du groupe et trouve des gants coqués dans leur voiture. Une enquête est ouverte pour faits de violence en réunion sur un élu et « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ». Plus tard, quatre autres personnes sont identifiées, perquisitionnées et arrêtées en juin. La police y trouve de belles lectures : La vie fantastique d’Hitler, Les médecins de la mort (en 4 tomes), l’histoire de la Gestapo ou encore Remigration, pour l’Europe de nos enfants… ainsi qu’un pistolet à cartouche à gaz. Ambiance.
Les absent·es ont toujours tort
Le 26 août le rideau du procès s’ouvre dans la moiteur d’une salle d’audience... à moitié vide. Lorsqu’elle constate l’absence d’une grande partie des prévenu·es, la présidente du tribunal se dit « pantoise devant cette forme d’impertinence ». Une lâcheté qui contraste notamment avec l’attitude provocatrice et viriliste de l’un d’eux, Guillaume Delay, sur les réseaux sociaux (@guillaume_the_patriot).
En effet, sur les 8, seuls trois sont présent·es : Camille Bourdeaux (alias @camille_nouvelle_droite), son mari Cyril Wayenburg (@cyrilplumeau), ainsi que Clément C.
En son absence donc, on relève les propos de Claire C. lors de sa garde à vue : « Je pensais me rendre à un collage ». Pourtant, dans sa voiture, qu’elle utilise pour amener tout ce beau monde sur les lieux, aucun matériel de collage n’est retrouvé. Avant leur forfait, la conductrice envoie même un SMS : « si dans une heure je ne donne pas de nouvelles, dis à maman que je ne peux pas garder les chiens ce soir. Je serais en GAV ». Difficile de concilier petsitting et déboires judiciaires...
Une défense peu adroite
Clément C. est appelé à la barre en premier. Se présentant comme primo-militant et se comportant comme un lapin de six semaines, il prétend avoir intégré Nouvelle Droite en janvier 2026. « C’est quoi Nouvelle Droite ? » interroge la présidente. « C’est… des militants euh… bah c’est des militants… ». Pas assuré, le jeune homme poursuit : « on souhaitait exprimer notre désaccord avec l’assassinat de Quentin et avec la Jeune Garde.
— Et là, c’était un meeting de la Jeune Garde ?
— Euh, non. »
La présidente continue : « Dans votre déposition, vous prétendez avoir réalisé une sorte de happening » Elle lit la définition du mot happening. « C’était un spectacle artistique ?
— Bah, non.
— Est-ce que vous regrettez ? ».
Clément C. hésite. « Regretter quoi ? Ah l’agression ? Euh… moi j’avais pas l’intention de commettre de la violence. » Il réitère la seule ligne de défense des accusé·es : « Je voulais exprimer ma colère pour Quentin et par rapport à la Jeune Garde.
— Mais ce n’était pas un meeting de la Jeune Garde !
— Et pourquoi étiez-vous masqué ? Il faisait froid dans la salle ?
— Non… c’est qu’en général, j’aime être assez discret. »
« On ne parle pas d’une bataille d’eau entre enfants ! C’est des violences physiques et psychologiques. » Tout bas, Clément balbutie : « J’en avais pas conscience ». Poussé par la juge, il admet regretter ce geste. « Vous avez quelque chose à dire à la partie civile ? » Rien.
Dans le procès-verbal de sa GAV, Clément reconnaissait l’enfarineur comme étant « Cyril ». Mais à la barre, il nie cependant l’avoir balancé. L’avocat de Cyril Wayenburg le sauve : « Mon client reconnaît avoir enfariné M. Proisy ! » Ouf.
Puis lorsque la présidente demande qui a organisé l’action, Clément répond qu’il ne sait plus. Elle s’étonne de la mémoire vacillante d’un si jeune homme, « c’est "je ne sais plus" ou "je souhaite garder le silence" ? ». Son avocat lui souffle de dire qu’il souhaite garder le silence. Fin du calvaire. Il retourne s’asseoir et demande un verre d’eau à son avocat.
La (vraie) féminazie
Camille Bourdeaux, pleine d’assurance, s’avance à la barre. La présidente débute l’entretien « Vous êtes la porte-parole du groupe Nouvelle Droite ?
— C’est exact ! » Et elle enchaîne : « J’aimerais revenir sur les liens de LFI avec la milice d’extrême gauche Jeune Garde, ce n’est pas un fantasme. Je cite Aurélien Le Coq qui apporte son soutien à la Jeune Garde, c’est factuel.
— Vous n’êtes pas prévenue pour des questions sur la liberté d’expression, on parle de faits de violence. Vous êtes également accusée d’association de malfaiteurs »
— Oui, d’accord. »
Elle explique que si les militant·es étaient masqué·es, c’est par « peur de l’extrême gauche, peur d’être retrouvés et tués comme Quentin ».
La présidente revient sur la définition du terme happening, qui est supposé être de nature artistique et comporter une participation du public. Camille, arrogante, dit que le public a un peu participé en scandant « Siamo tutti antifascisti ».
Elle revendique ensuite le jet de farine et de faux sang comme une action politique valable, mais n’assume néanmoins pas l’acte et préfère jeter son mari sous le bus. « Nous n’étions pas au courant de la farine. C’est Cyril qui a pris l’initiative seul ». « Vous êtes pourtant sa compagne… » s’étonne la présidente. « Ne pensez-vous pas que le débat politique devrait plutôt avoir lieu avec des mots ? ». À cette question philosophique, Camille donne sa langue au chat. Et lorsque la présidente lui demande ce qu’elle ressentirait si elle était enfarinée, elle répond qu’elle ne « trouverait pas ça très agréable, mais ne porterait pas plainte ». À bon entendeur…
Elle retourne s’asseoir. Pas un regard pour les parties civiles, elle se fend d’un insupportable geste théâtral pour réajuster sa chevelure blonde.
Le « cerveau » équipé
Cyril Wayenburg, 33 ans est marié à Camille Bourdeaux, 24 ans. Coupe de cheveux lisse, impeccable et raie sur le côté qui laisse vraiment songeur. Il est habillé d’un costard qui couvre les multiples tatouages de ses bras (notamment un Lion de Flandres et le logo du groupuscule « La citadelle » dissoute en 2024) .
Tous les prévenus ont un casier vierge sauf Wayenburg, qui a été condamné à 500€ d’amende pour avoir grimpé illégalement en 2015 sur le toit de la gare d'Arras avec Génération Identitaire (dissoute en 2021) déployant une banderole « expulsons les islamistes ». Il dit avoir perdu son ancien travail « à cause de l’extrême-gauche ». La présidente le laisse dérouler.
D’une voix limpide et fière : « La farine, c’est moi ! ». Pro-actif, il a aussi acheté les trois bouteilles de liquide rouge chez Mégafête. « À qui les avez-vous données ? » « Je ne sais plus ». Puis se défend en homme alpha : « C’est parce que Patrick Proisy a sauté sur ma compagne que je suis passé à l’action. Si c’était à refaire, je le referais. » On voit toutefois clairement sur les vidéos [1] que l’édile essayait de prendre des mains la pancarte de la porte-parole sans violence.
Comme Camille Bourdeaux, Wayenburg dit qu’il ne porterait pas plainte pour de la farine. « Nous ne sommes pas violents. Nous sommes là pour faire de la politique sérieuse. Le but est de faire de la politique visible sur les réseaux sociaux ». Oxymore ?
Sur la question de la dissimulation du visage grâce à des lunettes de soleil, Cyril souhaite apporter sa nuance personnelle. Ce sont des lunettes Meta qui filment tout, parce qu’il a « peur d’une agression d’extrême-gauche ».
Du banc au ban ?
Avocat des parties civiles, Me Chaudey remet en perspective les faits qui s’inscrivent dans un contexte particulièrement tendu : attaque de lieux de gauche [2] et des croix jaunes taguées devant les domiciles des colistiers de Faches. Puis égraine sur la question de l’extrême droite dans le paysage lillois : Maison Flamande, Claude Hermant [3] , Citadelle, noyés de la Deûle, hooliganisme, tabassages. « Ils n’assument pas leur généalogie avec ces groupes » lance l’avocat avant d’ajouter « Il n’ont aucune honte, aucune excuse ». Camille Bourdeaux ricane.
La Procureure dans ses réquisitions dénonce leur « méthode d’expression qui n’est que la violence », c’est « niveau zéro de l’action politique ». Le couple fait non de la tête. « Ils n’assument pas, soit ils minimisent, ou se victimisent. » Camille Bourdeaux fronce les sourcils. La Procureure demande une condamnation 18 mois de sursis avec 2 ans probatoires.
Verdict le 18 septembre.
Références
-
[1]
Au Poste : « Municipales : quand une dizaine de fachos encagoulés prennent d’assaut un meeting LFI » - Youtube.com/shorts/ZNAt3oX_3nA
↩[2]La Brique N°74 « M’Wazemmes pas les fascistes ! » Hiver 2026 – Malak & Harry Cover
↩[3]La Brique N°54 « La main droite du diable » - Printemps 2018 - S.L.
↩Issu du numéro 75 | «Tout va bien»
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Trimestriel