" Ma France, leave it or leave it "
Daniel Roland Canépa n’est pas ce qu’on appelle une petite frappe. C’est le Préfet du Nord, Du Nord-Pas-de-Calais, et de Lille. Compagnon de route de Sarkozy, ce joyeux drille est né le 16 juillet 1948 à Clichy, dans ce riche département des Hauts-de-Seine, qui dispute au Var la place de 1er producteur de cadres d’extrème-droite recyclés dans la droite de gouvernement (MM. Devedjian, Madelin, Longuet, Pasqua, Goasguen, Hortefeux, Peyrat,...).
Des fées sur son berceau
Il quitte le lycée de Montgeron pour Assas - Paris II (« SS », pour les intimes qui fondèrent dans cette fac de droit réputée les GUD, Occident... embryons fachos d’avant l’ère Le Pen), puis intègre l’Ecole Nationale d’Impôts. Il fait Sciences-Po’ – Paris, puis l’Institut de hautes études de la sécurité intérieure (IHESI), devient titulaire d’un diplôme de droit public et de sciences éco. Sa carrière démarre comme inspecteur des impôts en 1970 pour embrayer par l’ENA de 1976 à 1978. Il enchaîne les responsabilités administratives, surtout dans de son futur élément : les préfectures. Sous-préfet, directeur de cabinet du préfet du Cantal, puis du Val de Marne, puis des Ardennes, puis du Loiret, il devient administrateur civil hors classe. Après ce Tour de Gaule, il accoste dans notre région de pluie et de luttes en 1989, comme sous-préfet de Cambrai, puis de Béthune. Gravissant tranquillement les marches de marbres, il passe préfet après un petit tour sous Balladur comme directeur de la sécurité civile du Ministère de l’Intérieur... jusqu’à ce que Chirac vire ce sarkoziste félon, en 96. Enfin préfet, notre Canépa n’en est aujourd’hui plus à son coup d’essai : préfet de l’Indre et Loire avant un petit parcours obligé par le Var, il est ensuite placé hors cadre. Puis, rendu disponible pour de plus nationales fonctions, il est fait directeur adjoint du cabinet du candidat-Ministre de l’Intérieur. C’est donc tout naturellement que notre génial inventeur d’un Ministère de l’immigration et de l’Identité nationale [sic] l’a envoyé dans le Nord pour y faire le ménage, un ménage plutôt laissé en plan par ses prédécesseurs, il y a trois ans. Jamais élu, toujours nommé, Daniel Canépa est quelqu’un de distingué. Il porte quand il veut le faire savoir les décos de Chevalier de la Légion d’HonneurTM, d’Officier national de l’Ordre du MériteTM, comme celle de Chevalier du Mérite agricoleTM... survivance d’un côté « la terre ne ment pas » pétainiste-bon-teint. Comment veut-on que ses amis n’en fondent pas une idéologie du « mérite », après ça ? Il partage avec M. Brice Hortefeux le goût du tennis, c’est du moins ce que les deux compères de la traque à 25 000 immigrés par an déclaraient à la rubrique « sport » du Who’s who.
L’immigration ne passera pas par moi
Après avoir exercé quatre ans la responsabilité de chef de cabinet de Sarko, où il était en charge du travail de coordination des préfectures comme « préfet des préfets », notre membre de l’Association du corps préfectoral est donc parachuté ici en remplacement de l’ancien conseiller pour l’Intérieur du gouvernement de Monaco Jean Aribaud... qui remplacera le fauteuil laissé vide par notre tennisman au Ministère. Depuis sa reprise en main des affaires lilloises, le Préfet de la sécurité a annoncé la couleur : la rupture. La grève de la faim des 150 grévistes, principal dossier à sa charge, s’est terminée au 73è jour sur une défaite des grévistes, le réexamen des dossiers étant en cours, si « bienveillant » soit-il. Malgré des décisions de justice [cf ci-contre], le représentant du gouvernement dans la région applique les quotas fixés, armes à la main : « il est assez curieux qu’un juge qui se fait réformer son jugement par une cour d’appel se retrouve trois jours plus tard avec le même problème à apprécier (...) Il devrait être remplacé » (1). Qu’un préfet se retrouve chaque jour à apprécier des demandes d’asile systématiquement bloquées induit-il qu’on va virer Canépa.. ? Pour l’instant, éviter la défaite de 2004, à tout prix, dont celui de la mort de grévistes, voilà la ligne de conduite. Pour ce garant de l’ordre en Flandre, tout républicain qu’il fût, « grève de la faim égale reconduite à la frontière. C’est cela, la rupture » (2)... du bras de la démocratie, sans doute, qui voit les pouvoirs exécutif et judiciaire se resserrer d’un seul coup : juge et partie, il a déclaré en référence au médiateur de 2004 « le médiateur existe : c’est le préfet » (3). Quel smash. S.L. 1 : Libé, 28 août 2007. 2 : Libé, 22 août. 3 : Libé, 17 août.

