Répression contre les sans-papiers en lutte
Chronique de lutte
Depuis le mois d’avril, le Comité des Sans-Papiers 59-62 a organisé six occupations : mairie UMP de Lambersart, siège du MEDEF à Marcq-en-Baroeul, Chambre de Commerce Internationale près de Lille-Europe et deux fois l’université Lille 2 à Moulins. Interpellations violentes, arrestations et comparutions immédiates sont la réponse donnée aux sans-papiers. Les évacuations des lieux ont causé des blessures. Fin juin, le fait de distribuer des tracts devant la Gare Lille Flandres a valu à seize sans-papiers d’être interpellés suite à un « contrôle au faciès ». Le 15 juin dernier, le gouvernement adressait un geste fort : 59 interpellations. Témoignage du procès.
« Lundi 18 juin 2007, TGI de Lille, 9h du matin. Vingt-cinq personnes membres du Comité de Sans-Papiers 59 arrêtées lors de l’occupation du world trade center de Lille le 15 juin vont comparaître devant le juge. Après l’aventure classique du sans-papiers : arrestation, garde à vue dans un commissariat ou à la PAF, séjour au centre de rétention de Lesquin, mauvais traitements, pressions, mépris, humiliations, les voici ce matin, assis dans une salle d’audience du TGI de Lille transformée en salle d’attente pour l’occasion. À travers les portes de verre bien gardées par la police, nous échangeons des gestes amicaux. Les visages sont marqués par la fatigue, les regards sont tendus. Entre deux interventions de policier-e-s qui tentent plus ou moins habilement d’empêcher tout contact visuel entre les soutiens et les sans-papiers, je comprends que trois personnes ont été retenues à Lesquin. L’information se propage… On entend chanter le groupe de soutien manifestant dehors, en face du TGI. On attend. Les avocats commis d’office prennent connaissance des dossiers. Il faut dire que les magistrats n’ont pas été informés par la préfecture de cette « comparution massive » de sans-papiers. Fin de la matinée. Personne n’a encore vu le juge. Une information tombe cependant : les trois « absents » sont en route pour Roissy. C’est la consternation. Dans le tribunal, dehors, au téléphone, avec ou sans-papiers, tout le monde est accablé. L’arrestation de soixante sans–papiers, tous membres du CSP, était déjà interprétée comme une provocation de la part de la préfecture. Mais que trois d’entre eux soient sur le chemin de l’expulsion, je crois que c’est du jamais vu en 10 ans de lutte locale ! Des soutiens contactent le réseau parisien pour appeler à une mobilisation dans l’aéroport. Il est midi, le palais de justice se vide. Entre le couloir et la salle d’audience, à travers les portes de verre, face aux regards incrédules, fermés ou indignés, il faut tenter de rassurer : rien n’est perdu, il faut attendre. Et le temps passe ainsi. 14h, l’activité reprend, les trois premières personnes vont bientôt entrer dans le bureau du juge, mais les pensées de tous vont aux trois sans-papiers livrés à eux-mêmes, sûrement arrivées à Orly (car finalement c’était Orly), et dont nous sommes sans nouvelles. Un peu avant 15h, un coup de fil, c’est l’un d’entre eux. Il dit qu’il va bientôt embarquer, il sait qu’il ne peut plus compter que sur lui-même. Refuser d’embarquer, résister et faire appel à la solidarité des passagers du vol et du commandant de bord… C’est ce qui arriva, nous ne le sûmes que plus tard. Après ce bref entretien téléphonique, nous partageons discrètement avec quelques soutiens une inquiétude dévorante, à l’abri des regards, de l’autre côté des portes de verre. Pour les 22 de Lille : les comparutions se poursuivent durant l’après-midi et pour tous, c’est le soulagement : l’arrestation est jugée irrégulière, ils seront donc libérés le soir même. Mardi 19 juin dans la nuit : les trois sans-papiers jugés en comparution immédiate au tribunal de Créteil après avoir refusé d’embarquer sont libérés pour vice de procédure. Et donc leur lutte continue…
AS

