Les Rroms et l’Union Européenne : un rendez-vous manqué + Edito
L’exemple des Tsiganes est l’illustration parfaite de l’UE que l’on veut nous imposer : une union où la raison économique autorise à fermer les yeux devant les violations des droits de l’homme.
Un peu moins de 20 ans après la révolution roumaine et la chute de Ceaucescu, l’entrée de la Roumanie dans l’UE le 1er janvier dernier est pour les Roumains la promesse d’un avenir plus serein et plus prospère. Quel qu’en soit le prix… Depuis plusieurs années déjà, en plein centre de Bucarest, trône une immense horloge qui décompte patiemment les jours restant avant l’entrée de la Roumanie dans l’espace européen. Le décompte des jours avant une vie meilleure...
Mais les plus fervents pro-européens sont très certainement les milliers de Rroms roumains, pour qui l’adhésion est une chance inespérée d’échapper à des conditions de vie dramatiques et à des persécutions constantes. Plus d’un Rrom sur deux en Roumanie affirme souffrir de la faim, l’espérance de vie serait de 48 ans (contre 70 ans pour la moyenne nationale). A cela, il faut ajouter les violences policières, la haine raciale au quotidien, les discriminations pour l’emploi, un accès restreint aux soins et à l’école.
Lors du premier examen de la « candidature » de la Roumanie, la Commission européenne avait très justement exigé du gouvernement roumain qu’il s’engage dans la voie du respect des droits fondamentaux de la minorité tsignane. Il s’agissait alors d’une condition sine qua non à l’entrée de la Roumanie dans l’Union. Une occasion unique de fuir des siècles de persécutions, d’esclavage, de négation d’une culture et d’un mode de vie.
Mais cette même Commission qui feignait de s’insurger contre les traitements infligés aux Rroms, semble aujourd’hui avoir oublié ses promesses. Cette question est reléguée au fin fond des annexes du Rapport de la Commission : « Les efforts doivent se poursuivre pour améliorer la situation des groupes vulnérables, tels que les Rroms, et promouvoir leur intégration complète dans la société ». Trois lignes dans un rapport de 57 pages. En mai dernier, le président roumain Traian Basescu qualifiait une journaliste de « sale tzigane »...
Si les pays de la vieille Europe tentent de faire oublier la question des Rroms en Roumanie, c’est tout simplement que nos vieilles démocraties ne réservent pas un sort meilleur aux Rroms, quel que soit leur pays d’origine.
Promenez vous dans la métropole lilloise et ouvrez les yeux : ce sont bien des bidonvilles que vous voyez. Des dizaines de familles rroms, près d’une centaine d’enfants vivent dans des conditions insoutenables. Ni eau, ni électricité, des caravanes de fortune, parfois des tentes. Certaines familles ont passé l’hiver « à la belle étoile ». Ils sont roumains, bulgares, serbes, hongrois et ont fui leur pays pour vivre leur rêve de l’Europe de l’ouest.
Les pouvoirs publics mettent d’ailleurs un point d’honneur à ne rien faire pour arranger la situation. Les communes concernées par l’installation des bidonvilles exercent une pression policière telle que les familles reprennent la route pour trouver quelques kilomètres plus loin un nouveau stationnement. Fin du voyage, début de l’errance. EC
Edito
La majorité des Rroms venant de l’Europe de l’Est ont des conditions de vie indignes dans un pays développé comme le nôtre. Leur seul papier : un passeport. Il leur permet de ne pas se faire expulser du territoire national. Quelle avancée ! Mais ont-ils le droit à la santé ? Ben non ! Alors, y-a-t-il au moins la possibilité de trouver un travail pour nourrir leur famille ? Ben non ! Il leur reste au moins la chance de pouvoir faire la manche au marché de Wazemmes pour tenir la semaine…
Il serait incomplet d’écrire un article sur les roms sans parler des roms « français » et plus largement des Gens du Voyage « français ». C’est-à-dire ceux et celles ayant la nationalité française. Parce que la réglementation les concernant est une répression. Une discrimination légale, qui ne date pas d’aujourd’hui et que beaucoup ont tendance à oublier. Entendez-vous souvent des personnes se faisant du fric sur la culture tzigane (groupe de musique, organisation de différents festivals…) expliquer et dénoncer ce que vivent les personnes du voyage au quotidien ? C’est-à-dire :
un flicage permanent : obligation de présenter un carnet ou un livret de circulation tous les 3 ou 12 mois aux autorités sous peine de 750 € d’amende par jour de retard ! En cas de non détention lors d’un contrôle : peines pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement !
un droit de vote bafoué : il est accordé au bout de 3 ans de rattachement à une commune, au lieu de 6 mois pour tout autre citoyen français (dont les SDF). Ce qui veut dire qu’en cas de changement de commune (ce qui n’est pas rare pour des nomades), ils et elles doivent attendre au moins 3 ans pour obtenir le droit de vote.
Une obligation officieuse à la sédentarisation, du fait de la non-application par toutes les communes concernées de la loi Besson (toute commune de plus de 5000 habitant-e-s doit avoir un terrain aménagé)
La liste est encore très, très longue...La problématique des gens du voyage ne peut pas se limiter qu’aux lois européennes. Alors, rendez-vous au prochain numéro pour un p’tit constat au sein de notre département !! Vous verrez.. C’est la merde !! AS

