Luc Doublet, porte-drapeau du capital

luc doubletSoyons clairs : dans les rayons du supermarché mondial, « Lille Région » est à vendre. Et si le Nord-Pas-de-Calais est une marque, alors Luc Doublet est son VRP distingué.

 

Ça paraît improbable. L’un des patrons les plus influents de la région a construit son magot en vendant des drapeaux. Ses parents tenaient un magasin de bondieuseries pour curés en manque de style : soutanes, calottes et compagnie. Au milieu des années 1960, l’affaire décline. Son diplôme de la Catho en poche, Luc décide alors de rediriger le business familial vers la confection de drapeaux. Aujourd’hui, bien servi par ses « gènes d’entrepreneurs », Luc Doublet est le leader mondial du secteur. Les 305 salariés de sa boîte fabriquent fanions, bannières, banderoles, etc. Il fournit tout le matos nécessaire (barrières, estrades, urnes, etc.) aux grands raouts culturels, aux carnavals électoraux ou aux principaux évènements sportifs de la planète. Avec à la clé, un chiffre d’affaires de 42 millions d’euros.

Aristocrate cumulard

Au fond, Doublet est un peu au business ce que Didier Fusillier est à la culture. Volontiers iconoclaste, il cite Mozart, Hitler et Lénine [1]. Il aime aussi mener grand train. À la fin des années 1990, il s’achète un château en Picardie, à Villers-sur-Authie. Car « l’aristocratie, ça n’est pas qu’une question de particule. » [2] Au même moment, il fait construire son siège social à Avelin, le long de l’autoroute A1 : une « pyramide futuriste » de verre et de métal à la taille de sa mégalomanie. Les médisants disent même que son bureau serait situé au sommet du trigone. Près des étoiles. Arrivée la crise de la cinquantaine, Luc Doublet et sa femme se mettent à taper des pilules anti-vieillesse DHEA. Mais l’expérience tourne court : de son propre aveu, Luc devenait « insupportable pour les autres. » [3]

Insupportable, Doublet l’est encore plus depuis qu’il s’est fait l’ambassadeur du Nord dans le monde des affaires. Il brandit désormais le fanion de tous les grands lobbies patronaux de la région. Ancien président du Club Gagnant et du Comité Grand Lille, Président de l’Office du tourisme de Lille, de l’Institut régional de développement, de la CCI Internationale, de l’APIM, de Nord France Invest et de Nord France convention bureau (sic), vice-président de la CCI Grand Lille et trésorier du Medef Lille Métropole. Pour vous servir.

Doublet’s Région

La presse locale se pâme volontiers devant ses talents d’« esthète ». Et pour cause. Quand il s’agit d’attirer les investisseurs internationaux, Doublet se parfume des charmes de la poésie patronale : considérant que l’APIM (voir ici) était un nom imprononçable à l’étranger, il l’a transformé en « Lille’s Agency ». Et quand il faut assurer la promotion de la marque « Lille Région® » auprès de ces mêmes capitalistes, Luc sait se faire théoricien : « Nous les accueillons et voulons qu’ils se sentent bien, mais c’est naturel dans notre région. C’est ce que je nomme le Nordisme. » Il est comme ça, Luc Doublet.

Cerise sur le drapeau, il vient de recevoir la légion d’honneur des mains de Laurence Parisot. Évoquant le parcours de sa boîte, la patronne des patrons lui a logiquement glissé ce petit mot doux : « C’est la plus belle success story pour raconter ce qu’est le génie entrepreneurial français ». Luc Doublet, comme ses drapeaux, indique le sens du vent... dominant.

Notes

[2« Luc Doublet, esthète et chef d’entreprise », Nord Éclair, 05/11/2011.

[3« Le jour où... Luc Doublet, le saut british », La Voix du Nord, 24/03/2013.

Sur le même sujet