Qui sont les roms ?

Photo de J. RebouillatVenus pour la plupart de Europe de l’Est, les roms sont souvent considérés par les sédentaires comme des gens du voyage. Mais ces personnes n’ont jamais été nomades. Si aujourd’hui elles vivent en caravane à la périphérie des villes françaises, ce n’est pas par choix ; leur situation précaire les y obligent. Pour mettre un peu de clarté dans toutes ces dénominations : « roms, manouches, gitans », voici un p’tit historique1 : celle d’un peuple expulsé d’Inde pour être esclavagisé.

Tout commence vers l’an 1000, lorsque les ghaznévides (peuple turc installé dans le Khorossan, région à l’est de la mer Caspienne) décident d’embellir leur capitale  : Ghazni. Pour ce faire, ils ont besoin d’esclaves et d’artisans qualifiés. De religion musulmane, il leur est interdit par le Coran de réduire en esclavages des chrétiens, des musulmans ou des juifs. Ils décident alors de se rendre en Inde. De 998 à 1030, ils effectueront dix-sept raids dans le Nord de l’Inde pillant et détruisant de nombreuses villes. Ils y ramèneront des dizaines de milliers de prisonniers - hommes, femmes, enfants - dont certains et certaines seront vendus comme esclaves à des marchands du Khorossan.

Quelques années plus tard, les seldjoukides (peuple nomade turc) prennent le pouvoir dans cette région et partent à la conquête d’une zone allant jusqu’à l’actuelle Turquie. Ils emmènent avec eux des dizaines de milliers d’esclaves indiens pour former le « Sultanat de Roum ». En 40 ans, ces personnes expulsées d’Inde seront envoyées en Turquie actuelle.
Certaines réussiront à s’affranchir en se convertissant à l’islam, mais elles seront une minorité. Elles s’installeront au bord de la mer Egée et de la mer Ionienne. Les premières traces de leur présence remonte au XIVeme siècle. Cette population sera désignée sous les termes d’Astingani (2) ou d’Egyptiens, et les régions où elle s’est installée sous le terme de « Petite Egypte ». Dès la fin du XIVeme siècle, l’expansion des armées ottomanes la menace à nouveau. S’étant convertie au christianisme, elle est à présent menacée de mort par des ottomans de confession musulmane. L’exil vers des terres hors de danger est alors la solution choisie : elles arrivent massivement en Hongrie. Certains partiront vers les terres occidentales du Nord  ; d’autres traverseront la mer Adriatique pour rejoindre le sud de l’Italie, puis le sud de l’Espagne en bateau. Se dessine alors au fil des années deux groupes  : les Sinté (les manouches) et les Kalé (les gitans). Victimes de discriminations et chassés de nombreux pays (3), les Sinté connaîtront l’exil et deviendront nomades. Les gitans, bien que soumis au même traitement (4) resteront pour la plupart sédentaires.

Photo de J. Rebouillat

La majorité des autres esclaves restés au Sultanat de Roum arriveront en Europe au cours du XIVème siècle. C’est à cette période que la tribu d’Osman, ayant vaincu les seljoukides, décide d’agrandir son territoire, notamment vers l’Europe. Elle mettra un pied en Europe en 1353 et sortira victorieuse contre les serbes au Kosovo an 1389. En 18565, après 850 ans d’esclavage, toutes ces personnes seront affranchies, mais sans aucun moyen de subsistance. Certaines d’entres elles décideront d’immigrer, ce sont les "hongrois". Les autres, les « roms », resteront sédentaires dans leur pays (Roumanie, Bulgarie, ancienne Yougoslavie...)
En 2004 et en 2006, la situation des roms dans ces pays est dénoncée par la Commission Européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) : cette population n’a pas accès aux services publics minimums, connaît la discrimination dans tous les domaines de la vie, subit des violences policières, un taux de chômage très élevé et largement supérieur à la moyenne (plus de 90% dans certains quartiers), des publications d’articles péjoratifs à son égard paraissent régulièrement dans la presse locale. (…)
Aujourd’hui les roms représentent 10 000 000 personnes en Europe ; les manouches 500 000 et les gitan-ne-s 1 300 0006.

Zgene
Photographie : J.R (http://www.contre-faits.org/)


1 : Fruit des recherches d’Elizabeth Clanet, dite Lamanit, chargé de mission au CNED. Elle pose comme postulat :
- qu’il est impossible que des personnes aient quittés l’Inde de leur propre initiative au X-XI ° siècle, puisque cela les aurait rendu irrémédiablement impur  ;
- que ce départ d’Inde ne s’est pas fait par vagues successives puisque tous les dialectes européens du rromani ont les mêmes racines persanes, arméniennes et grecques  ;
- que le groupe était suffisamment nombreux, puisqu’il a engendré une descendance estimé à 10 millions de personnes.
2 : Fusion possible entre « Tschingan » (« homme pauvre » en vieux turc) et « Athinganoi » (« qui ne touche pas » en grec, désignant une ancienne secte)
3 : Les gouvernements et les Parlements s’empressaient de promulguer des lois à leur encontre. Les états allemands à eux seuls ont voté cent quarante huit lois et décrets les concernant entre 1416 et 1774 (la Voix des Roms). Sans oublier l’extermination de 500 000 tsiganes pendant la 2° guerre mondiale.
4 : Dans l’Espagne du XVIème siècle, tout Rrom (Gitan, en ce pays) surpris en train de parler sa langue maternelle était puni de mutilation... ce qui explique que le rromani s’y transforma en ce qu’on appelle le « Kaló » (la voix des Roms)
5 : Décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848
6 : La voix des Roms

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