Le « Cauchemar » de Croix

caucheCroix est la deuxième ville de France où l’impôt sur la fortune est le plus élevé, derrière la ville de Neuilly dans les Hauts-de-Seine. Elle est dirigée depuis 2008 par un certain Régis Cauche (UMP), nationalement connu pour avoir fait le buzz il y a quelques mois avec ses propos légitimant l’usage de la violence à l’égard des Roms. Mais décomplexer une violence raciste n’est pas son seul talent.

 

Croix est une ville de 20 000 habitants. Soit à peu près la densité de Lille-Sud. La comparaison s’arrête là, puisque le montant moyen de l’ISF y était le plus élevé de France en 2010. Une ville qui abrite donc de grandes fortunes, dont plusieurs propriétés et terrains de la famille Mulliez [1]. Malgré sa composition riche en riches, Croix est une ville endettée – 753 000 euros « d’emprunts toxiques » ont été contractés par les prédécesseurs de la même majorité UMP. Un argument qui vient souvent justifier la vente ou la fermeture de nombreux équipements destinés aux jeunes, et aux classes populaires et moyennes. Et, partant, de justifier la part belle faite au privé dans des domaines comme l’éducation, l’immobilier, ou le sport.

Ce Régis mériterait sa bonne Cauche

Régis Cauche est un ancien cadre des 3 Suisses, un groupe qui appartient aux Mulliez. En mairie, « il est craint par ses employés, il y a beaucoup de pression. Tout le monde se sent coupable de quelque chose. L’ambiance y est pourrie », nous dit un Croisien bien informé. On se souvient de lui, en septembre 2013 et en pleine affaire du « bijoutier de Nice », lorsqu’un « braqueur » se fait descendre par un patron aguerri au tir. Cauche se vautre dans l’amalgame à propos des Roms, qui occupent à cette époque beaucoup l’attention des médias et des politiques – alors que les expulsions de leurs bidonvilles s’enchaînent : « Si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai ».

Cauche s’est également distingué par son opposition au mariage pour tous, évidemment. Il fait partie des élus signataires qui déclarent ne pas vouloir marier des couples homosexuels et appartient au « collectif pour l’enfance » dont on vous laisse deviner la propagande « rhétérograde ». Il faut dire à cet égard que Croix est une des rares villes de France où vous pouvez entendre prêcher librement dans une des églises de la ville un membre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Une secte catholique intégriste qui s’affichait en novembre 2012 au coté de CIVITAS à La Madeleine [2]. Du beau linge.

Une pauvre ville de riches

Régis, il en a des choses à son bilan. Par exemple, la suppression des « foulées croisiennes », un petit événement sportif qui ne faisait de mal à personne mais délestait la mairie de 40 000 € : « trop cher, dit-il, pour un pauvre marathon de trois heures ». En janvier 2011, ce rendez-vous de coureurs a donc été remplacé par... l’EDHEC RUN (sic). Cette fois c’est Lille Métropole – où il siège en tant que conseiller communautaire – qui financera ce projet de marathon entre Croix et Lille. Le tout pour la somme modique de 200 000 €.

L’école maternelle Juliot Curie, comme l’école Léon Blum, ont été vendues. Cette dernière, située dans un quartier résidentiel de classe moyenne, est cédée pour 1,3 million d’euros à une école associative catho privée de Wasquehal. Le centre-aéré Beaumont est également à vendre : un projet immobilier, encore un, est déjà dans les cartons. Le Bureau d’Information Jeunesse (BIJ) a fermé ses portes. Le stade Henri Seigneur a vu ses accès horaires et physiques fondre comme neige au soleil, sans doute histoire d’éviter les attroupements de jeunes désespérément à la recherche d’une vie.

La maison des associations est également fermée. Nous rencontrons un bénévole de la MJC de Croix : « Depuis le début du mandat du maire, les subventions à la MJC n’ont cessé de diminuer », déplore-t-il. Il raconte comment une fête pour les enfants de Croix, « les allumoires », s’est transformée en fête privée aux mains d’un militant UMP. Là encore, soi-disant, « les subventions n’y étaient pas ». Georges Lecomte, adjoint en charge de la solidarité et du logement, propose alors de « réorganiser lui-même l’événement » – au rabais. Adios ! « les feux d’artifice, les paquets de bonbons gratos ». L’événement jadis gratuit est aujourd’hui payant, au profit du bras droit de Cauche.

Chemins de Croix

Bizarrement, la municipalité arrive tout de même à trouver cinq millions d’euros pour rénover l’église Saint-Martin. Pour la rénovation de la mairie, c’est 754 000 euros. Six millions d’euros d’investissements afin de doter le Stade Sandras d’un terrain de pétanque et d’un terrain de tennis, et pour la rénovation d’un terrain synthétique inaccessible aux jeunes. C’était crucial pour la ville. Cauche se vante d’avoir créé « 10 places de crèche » (sic), mais il se trouve que la ville n’en finance rien. La gestion sera privée, et l’intégralité des places réservées pour les salariés de la future banque Accor qui doit s’installer en ville... Accor appartient à Auchan, qui appartient au groupe Mulliez... dont le big boss habite à Croix. Sans doute garde-t-il en haute estime son ancien patron (habitué des visites au Conseil Municipal), en tout cas suffisamment pour lui offrir des facilités.

Régis a aussi œuvré pour enrichir le mobilier urbain de Croix. La mairie a installé des grilles aux abords de certains espaces. Le chemin du cimetière est fermé depuis six ans. Le sentier Grésillon a tout simplement disparu, pour accueillir une villa bourgeoise. Les résidences « des Cascades » se sont barricadées et n’offrent plus le droit de passage aux piétons pour rejoindre le quartier arboré de Beaumont [3]. Il faut préciser ici qu’à coté de ce joli coin de verdure se trouve une maison de retraite pour vieux richards qu’il ne faudrait pas effrayer avec des badauds, ou encore pire, avec des amoureux.

Les vices de Régis

La campagne électorale de 2014 nous aura aussi donné l’occasion d’observer quelques pratiques politiques de bas étage. À peine dissimulées, et bien grossièrement démasquées. Ainsi Cauche réquisitionne-t-il des employés municipaux pour sa campagne pour discréditer un de ses adversaires. Même les journalistes de Nord Éclair, cibles de la manipulation, avaient pisté le pot-au-bleu [4]. De mystérieux comptes facebook anonymes, « campagne électorale de Croix » ou « élection municipale Croix 2014 », apparaissent sur le net pour vanter le bilan du maire de droite.

Pour André Hibon, candidat exclu et frustré de l’UMP : « On connaît ces méthodes, on sait qui est derrière tout ça ». « Le maire est un menteur, il n’arrête pas de changer d’avis, il ne pense qu’à lui et ses copains », tempête pour sa part Roger Demortier, ancien délégué CGT de la CIMA et candidat du Front de Gauche. Mais le principal intéressé maîtrise l’art de l’esquive : il refuse toute interview télévisée, afin de se soustraire au débat et de pouvoir en priver ses adversaires au nom du respect du temps de parole imposé par le CSA.

Un sketch sous l’oeil des caméras

Derrière ce sketch quotidien joué par un énième guignol de la droite dure, il faut pourtant rappeler que Croix n’est pas qu’une ville de bourges. Seuls environ 3 000 des 20 000 habitants de Croix vivent dans le paradis arboré et grillagé de Beaumont. Le reste de la ville est composée de classes moyennes (Croix Centre & Croix Mairie) tandis que les quartiers de Saint-Pierre et la Mackellerie sont populaires. Croix n’échappe pas au destin des autres villes du coin : on y compte un taux de 15,1% de chômage, et ce n’est pas à Beaumont qu’on trouve ces chômeurs. La ville connait assez peu de mouvements de population, et beaucoup de ses habitants sont issus du passé industriel de la ville. Au plus fort de leurs activités, les 3 Suisses comptaient pas moins de 3 000 employés et la CIMA (usine de fabrication de machines agricoles) employait 5 000 ouvriers, la plupart habitant à Croix.

Mais Cauche paraît moins préoccupé par la passé/présent de la ville que par son propre avenir. Alors il pose sur des photos avec des mecs aussi brillants que lui : l’ex-ministre Marc-Philippe Daubresse, l’ex-ministre Alain Juppé, l’ex-ministre Xavier Bertrand, l’ex-ministre David Douillet... Et pendant que l’œil de Cauche flashe vers les photographes, sa main droite installe de nouvelles caméras [5]. Les chemins de Croix ont pour l’instant tout d’un Cauchemar ordinaire...

Notes

[1La Brique n°13, avril 2009, « Auchan-Mulliez, un clan de profiteurs », labrique.net.

[2Labrique.net, « CIVITAS ou l’intégrisme catholique », nov 2012.

[3La Brique n°36, juin 2014, « Safari chez les riches », labrique.net.

[4Nord Éclair, 01/02/14.

[5La Voix du Nord, 20/03/14.

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