État de sièges à la BNP

27 novembre, la nuit s'abat sur Lille. L'humidité et le froid auraient dû engourdir les membres du collectif bouillonnant Action non-violente COP21 Lille de la campagne Faucheurs de chaises . Une quinzaine activistes estampillés du logo d'« ANV COP211 » déboulent de la rue Barthélemy Delespaul. Leur but : entrer dans la banque BNP Paribas au croisement des rues Solférino et Victor Hugo et se saisir de quatre chaises comme précieux butin.
Après avoir repéré les lieux depuis plusieurs semaines, ils entrent puis ressortent munis du magot.
 
Cet événement s'inscrit dans une série d'actions menées en France, en Belgique et en Suisse. Objectif : mettre un coup de projecteur sur l'implication de la BNP et des autres banques dans les paradis fiscaux où sont planqués 20 000 milliards d'euros environ2 de riches pollueurs, « alors que l'argent manque pour financer des politiques utiles au plus grand nombre et en particulier aux plus précaires, comme la lutte contre le réchauffement climatique, ou pour le logement, pour la sécurité sociale... C'est une action symbolisant ce système à deux vitesses : Rendez l'argent des paradis fiscaux, nous rendrons les chaises ! » nous dit Justin Bourel, militant en charge des relations presse pour cette action. Les membres revendiquent une totale transparence de leur action illégale face à l'opacité des banques.
 
Interloqué, le personnel médusé de la BNP assiste à l'action impuissant, sans avoir le temps réaliser ce qui lui arrive. Quatre sièges sont kidnappés, les passants s'arrêtent quelques instants, amusés par la scène. L'équipe pose fièrement devant l'agence et aussi rapidement qu'illes étaient venus, les voilà qui se dispersent dans tous les sens, les banquettes de la BNP prises en otage.
 
Certes ce n'est pas le casse du siècle. L'action est croquignolesque et il faudrait un peu plus que des rapts symboliques pour jouer les robins des bois. Si le slogan de l'Anv Cop21 est « Changeons le système, pas le climat », il est difficile de connaître la portée concrète de l'action et ce sur quoi elle peut déboucher.
 
Coté banquiers, nous sommes allés déguster leurs réactions. Et si le courant passe mal avec le réceptionniste – qui a tenté, sans succès, de photographier les activistes – d'autres employé.es nous renvoient vers le directeur qui nous martèle « pas de réaction, on est neutre ». Un jeune employé, à la coupe gominée nous dit : « On n'a pas le droit de s'en mêler, on ne prend pas parti, on n'est pas des agents de sécurité ni des politiciens », pourtant on aurait plutôt dit que leur travail est d'être les agents de sécurité du système, on a du mal à imaginer ceux qui brassent notre argent complètement dépolitisés. Un type à la cravate : «  Ils sont venus sans bruit, ont pris chaises et fauteuils, on a pas eu le temps de comprendre ». Au fil de la discussion dans la banque et sous le coup de la surprise et de l'émotion, nous avons quelques petites précisions.
 
« On nous a dit qu'on était susceptibles de recevoir des gens dans le cadre d'actions » nous lâche finalement le directeur de l'agence. Le jeune employé reprend – philosophe – « après tout, on déménage dans quatre mois »... Dans un paradis fiscal ?
 
Harry Cover, Riton
 
 
 
 
Pour en savoir plus : http://anv-cop21.org/
ANV COP21 Lille : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 
1 - Action non violente COP 21 Lille. 

2 - Selon le groupe d'analyse Tax Justice Network.
 

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