Vendredi 30 mars : « La guérilla pacifique » ne fait que commencer

sans papiersVendredi 30 mars à 14h. Une soixantaine de personnes du Comité des Sans-Papiers 59 investissent paisiblement les locaux lillois de l’UMP, rue Solférino. Elles demandent à ce qu’une délégation puisse être reçue par le préfet. La réponse sera claire : sept arrestations sous les matraques, les injures et les gaz.

 

C’est la quatrième occupation des sans-papiers en trois mois [1]. Le 12 janvier, c’était la faculté de Droit à l’occasion de la venue de Sarkozy à Lille. Le 24 février, la direction départementale du travail. Le 6 mars, EMMAÜS-AIDA pour dénoncer le mutisme des associations « partenaires de la préfecture ». Le 21 mars, en soutien à l’occupation de la direction régionale de Pôle Emploi avec le Collectif de Chômeur-ses et Précaires de Lille. Enfin, le 30 mars, le CSP occupe les locaux de l’UMP, rue Solférino. Le CSP n’avait plus connu une telle stratégie d’action directe depuis 2007.

Pas besoin d’être aux R.G pour supposer qu’un mouvement est peut-être en marche : la période électorale utilisée comme un temps de parole à se réapproprier, mais surtout, une occasion de manifester un ras-le-bol général pour ces hommes et ces femmes qui subissent répression, exploitation, stigmatisation, criminalisation, quotidiennement et tous azimuts. Cette fois, c’est dans les bureaux de l’UMP que les sans-papiers chantent. Ils dénoncent, bien sûr, la politique raciste du gouvernement, mais aussi particulièrement le pouvoir absolu du préfet dans l’accord imposé par la préfecture du Nord en 2007, « la Codrese ». Résultat : zéro régularisation, le préfet a tout simplement fermé sa porte à toute négociation au cas par cas. Ces hommes et ces femmes demandent à être reçu-es en délégation par ledit préfet afin d’être entendu-es sur le traitement inhumain que leur infligent les politiques migratoires - politiques de haine et de quotas. Cette revendication est la même depuis trois mois mais le représentant de l’État, Monsieur Bur, refuse comme à son habitude tout dialogue.

Devant ce petit monde qui s’installe, les UMPistes appellent rapidement la police qui dépêche aussitôt plusieurs cars de CRS. On en compte sept dans le quartier moins d’une heure après le début de l’occupation. Hervé-Marie Morelle, candidat sarkozyste aux législatives, se réjouit de voir autant de monde devant son local. Il joue bien son rôle d’homme politique à la jovialité hypocrite. Quelques journaleux traînent leur calepin, caméra et autres appareils qui pallient leur incompétence aux abords du rassemblement. Les R.G papillonnent entre leurs points techniques et leurs intimidations. Lors d’une précédente occupation, la police avait usé d’une violence révoltante : dans les locaux d’AIDA, les sans-papiers étaient évacué-es par un couloir et à leur passage chaque flic positionné leur assénait des coups de matraques. Ne vous demandez pas pourquoi vous n’en n’avez pas entendu parler : la presse aux ordres avait reçu le commandement de déguerpir, ce qu’elle avait fait illico pour laisser pleuvoir la violence policière. Connaissant les risques qu’ils encourent, les sans-papiers - qui sont pour l’essentiel à l’intérieur - décident qu’ils ne quitteront pas les lieux tant qu’ils n’auront pas gain de cause. La foule dehors ne se débine pas non plus, et reste pour chanter elle aussi.

Face à la détermination des occupant-es, les besogneux se mettent à besogner. Trois sommations résonnent, couvertes par les chants des soutiens. Trois rangées de CRS foncent sur le groupe qui, contre mauvaise fortune, fait bloc sur le trottoir. Coups, lacrymo, dispersion, une combinaison classique qui laisse toujours son sel d’amertume. Les personnes sont éloignées à plusieurs dizaines de mètres afin de laisser les coudées franches aux robocops. Pendant l’attaque frontale, un autre troupeau de flics s’est préparé à entrer par la porte située à l’arrière du local pour pousser les sans-papiers à sortir. Les gens sont compressés, traînés le long des murs, ce qui alimentera plus tard un dépôt de plainte pour « dégradation » au titre de quelques affiches déchirées [2]. Hommes et femmes sont cueilli-es sous les coups et les insultes. Une personne finira la journée à l’hôpital.

Bilan de l’attaque ce jour : sept arrestations, mais pas n’importe lesquelles. De jeunes militants UMP - déjà grands collabos - ont pris soin de dénoncer à la police les personnes qu’elles estimaient être des « leaders ». Cela amène la police à rafler parmi les manifestant-es de manière sélective, se rendant par là-même coupables d’un vice de procédure : un espoir pour libérer les engeôlés, mais il est mince. Comme l’ont démontré des luttes passées du CSP, l’État ne s’embarrasse pas des lois quand il s’imagine écraser une lutte collective. Le préfet croit-il décapiter un mouvement en expulsant ces personnes au mépris du peu de droits qu’elles ont encore ? Ce serait, en tout cas, ignorer l’Hydre. Après une assemblée générale place de la République pour faire le point et échanger sur les événements, le CSP59 se dirige vers le commissariat central de Lille-Sud avec ses soutiens, afin d’y manifester pour la libération de leurs camarades. Une personne est relâchée en fin d’après-midi. Les six autres seront incarcérées dans la nuit au centre de rétention de Lesquin, où elles sont encore, arrachées à leurs proches.

Elles risquent l’expulsion à chaque seconde. Du côté du CSP, tout est mis en place pour déployer des recours administratifs et enrayer les déportations. Dès le lendemain, 2 avril, a lieu un parrainage républicain à la maison de quartier de Vauban, en présence de quelques élu-es locaux, mais sans qu’on entende jusque-là Aubry sur la question. Deux rendez-vous sont d’ores et déjà prévus : le 4 avril à 8h, devant le Tribunal Administratif de Lille. Deux camarades sont présentés le matin et quatre autres l’après-midi, ce sera donc une journée entière de solidarité ! Le deuxième rendez-vous est fixé devant le TGI de Lille à 9h jeudi 5 avril. Le CSP et ses soutiens sont mobilisés pour un bras de fer qui peut durer.

W.R

Notes

[2Est-ce à Hervé-Marie Morelle que revient la responsabilité de cette plainte mensongère ? Nous aurons l’occasion d’y revenir, et de vous livrer notre pensée sur l’énergumène dans les pages de La Brique.

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