Pas de trêve des confiseurs pour les sans-papiers grévistes de la faim

Sortis des hôpitaux de la région, les sans-papiers en grève de la faim ont tenté, vendredi 21 décembre, d’occuper l’église Saint-Maurice de Lille. Après avoir suscité un très bref intérêt médiatique, leur lutte se prolonge désormais aux portes de l’Église dans l’indifférence des autorités religieuses et politiques et dans le silence étouffant des fêtes de fin d’année.

 

« Les sans-papiers ne sont pas seuls : des chrétiens s’engagent à leurs côtés ». C’est ce qu’on peut lire dans les colonnes de La Croix du Nord du 3 août 2007 dans le sous-titre d’un article intitulé « Les chrétiens et les sans-papiers ». C’était à l’été 2007 et les sans-papiers grévistes de la faim occupaient alors la Bourse du travail de Lille. À l’époque, Monseigneur Defois, archevêque du diocèse de Lille, signait, en compagnie des autorités religieuses des différents cultes, un communiqué commun indiquant à la préfecture son souhait « que l’action de désespoir menée par ces grévistes ne soit pas vaine » [1].

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La Croix du Nord du 3 août 2007.

Cinq ans plus tard, de l’eau semble avoir coulé sous les ponts. Beaucoup d’eau. Le 21 décembre dernier, les quatre-vingt sans-papiers grévistes de la faim venus frapper inopinément à la porte de l’église Saint-Maurice, en plein centre de Lille, se faisaient refouler après à peine plus de cinq heures d’occupation. Pour la deuxième fois depuis le début du mois, des responsables de la communauté chrétienne manquaient à leurs principes d’hospitalité [2]. À trois jours de Noël, les responsables de l’évêché (dont Mgr Defois fait toujours partie) flanquaient même leur refus d’assistance d’une plainte fantasmagorique pour « dégradation », envoyant huit sans-papiers au commissariat central, dont deux seront finalement transférés au Centre de Rétention de Lesquin... Et expulsés vers l’Algérie dimanche 30 décembre.

Autre temps, autre mœurs

À l’été 2007, un certain N. Sarkozy venait d’être élu et inaugurait pour l’occasion l’ignoble ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale. PCF, PS et Verts, unis en la circonstance, dénonçaient publiquement, au travers de la lutte des sans-papiers, une situation « pas digne de la République » [3]. Gilles Pargneaux, premier secrétaire fédéral du PS du Nord, pouvait alors éructer dans La Voix Du Nord : « Le préfet a poussé ces gens à la grève de la faim. [Il] a choisi d’être le bras armé du ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale » avant de se joindre à ses acolytes pour réclamer un local dans lequel les grévistes puissent se réunir.

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Quand la gauche se tenait aux côtés des sans-papiers...

Aujourd’hui, c’est l’infâme Manuel Valls qui tient le rôle du gendarme pour le compte du gouvernement de coalition PS-Verts. Et les soutiens des sans-papiers, à gauche, ont déserté. Rassemblés à même le parvis de l’Église sous des tonnelles de fortune, les sans-papiers grévistes et leurs soutiens essuient depuis leur éviction les pluies diluviennes qui balaient la région. Parallèlement, le balai des ambulances s’intensifie (on a compté cinq hospitalisation dans la seule soirée du 26 décembre). Martine Aubry , quant à elle, recluse dans son silence depuis le début du conflit, n’a toujours pas répondu à leur demande d’installation de toilettes chimiques.

Le bras d’honneur de la préfecture

Peu importe la couleur du gouvernement, le préfet Dominique Bur (qui n’a pas été remplacé depuis l’arrivée du PS au pouvoir) joue parfaitement son rôle de « bras armé » du ministère. Si celui-ci semble avoir accepté l’idée selon laquelle le Comité des Sans-Papiers (CSP) puisse à nouveau présenter de manière argumentée des dossiers au cas par cas en préfecture, aucune avancée n’est à l’ordre du jour en ce qui concerne la régularisation des grévistes. Sur ce point, ce dernier s’en tient toujours à une application stricte de la circulaire Valls du 28 novembre dernier. Ne tenant compte de la grève de la faim que lorsqu’il s’agit d’appeler les sans-papiers « à se réalimenter », Dominique Bur invite les grévistes à se présenter en préfecture afin de communiquer les « éventuels éléments nouveaux » (sic) qui justifieraient un réexamen de leurs dossiers (généralement des fiches de paie ou des contrats de travail, ce que des sans-papiers réduits à nourrir le marché du travail au noir sont bien évidemment incapables de fournir). En outre, la préfecture maintient la menace d’OQTF [4] qui plane sur trente-sept personnes dont le nom figure sur la liste présentée par le CSP.

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Les soutiens sont rassemblés sur le parvis de l’Église Saint-Maurice.

À l’issue de la rencontre du 19 décembre en préfecture, celle-ci avait néanmoins laissé poindre une lueur d’espoir pour cinquante-trois sans-papiers, les qualifiant de « régularisables » au regard de la circulaire. Terrible désillusion une semaine plus tard lorsque les personnes concernées se présentent en préfecture : seulement neuf d’entre elles se voient délivrer un récépissé de quatre mois sans autorisation de travailler, le temps de l’analyse de leurs dossiers, tandis que les quarante-trois autres se heurtent à une fin de non-recevoir.

De Lille à Paris, la lutte continue

Ils sont désormais soixante-six à poursuivre la grève de la faim sur le parvis de l’Eglise Saint-Maurice. Soixante-six grévistes, sortis des hôpitaux de la région et réunis pour poursuivre collectivement le bras de fer avec la préfecture. Le 22 décembre dernier, ils ont reçu le soutien de plus de deux cents sans-papiers issus de collectifs parisiens et venus à Lille pour manifester leur solidarité envers leurs frères et sœurs de lutte [5]. Hier, jeudi 27 décembre, ces mêmes collectifs appelaient à une manifestation de soutien avec les grévistes du CSP59 devant le ministère de l’Intérieur, afin de « demander le règlement en urgence de la situation des grévistes de la faim de Lille » [6]. Trêve des confiseurs ou pas, les sans-papiers entendent bien poursuivre la lutte en cours. D’ici, du moins, à ce que la France anti-raciste se réveille et que Manuel Valls s’étouffe avec sa dinde aux marrons.

NiTo !

Crédit photographique : P.B.

Portofolio de la semaine écoulée :

Samedi 22 décembre, manifestation unitaire des Comités de Sans-Papiers (51ème jour de grève de la faim).

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Rassemblement et prises de parole Place de la République (1/2).

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Rassemblement et prises de parole Place de la République (2/2).

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Manifestation dans les rues de Lille (1/4).

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Manifestation dans les rues de Lille (2/4).

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Manifestation dans les rues de Lille (3/4).

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Manifestation dans les rues de Lille (4/4).

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Prises de parole sur le parvis de l’Église Saint-Maurice.

Dimanche 23 décembre, les sans-papiers grévistes de la faim dorment sur le parvis de l’Église Saint-Maurice (52ème jour de grève de la faim).

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Tentes et tonnelles sont montées sur le parvis.

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Les grévistes dorment sous les tonnelles (1/2).

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Les grévistes dorment sous les tonnelles (2/2).

Lundi 24 décembre, soir de Noël (53ème jour de grève de la faim).

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Messe de Noël à l’Église Saint-Maurice.

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Manifestation vers la cathédrale Notre-Dame de la Treille (1/2).

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Manifestation vers la cathédrale Notre-Dame de la Treille (2/2).

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Les soutiens des grévistes réunis devant la cathédrale de la Treille (1/2).

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Les soutiens des grévistes réunis devant la cathédrale de la Treille (2/2).

Mercredi 26 décembre, manifestation hebdomadaire (55ème jour de grève de la faim).

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Les manifestant-es, rue de Béthune.

Vendredi 28 décembre, manifestation hebdomadaire (57ème jour de grève de la faim).

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Les soutiens marchent jusqu’à l’hôtel de ville de Lille pour réclamer l’installation de toilettes chimiques sur le parvis de l’Église Saint-Maurice (1/2)

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Les soutiens marchent jusqu’à l’hôtel de ville de Lille pour réclamer l’installation de toilettes chimiques sur le parvis de l’Église Saint-Maurice (2/2).

Notes

[1« Les autorités religieuses et le monde culturel se mobilisent », Voix du Nord du 21 août 2007.

[2Les grévistes de la faim était déjà expulsé de l’Eglise réformée de Lille-Fives le 4 décembre dernier. Voir sur notre site La France est un pays de flics.

[3« La gauche du Nord lance un appel à sortir de la crise des sans-papiers », Voix du Nord, 10 août 2007.

[4Obligation de quitter le territoire français.

[5Parmi les collectifs présents : le CSP75, le CSP17eme, le CSP Vitry ainsi que l’association Droits-Devant. Une vidéo de la manifestation est disponible sur le site internet de la CNT 5962.

[6Voir l’appel à la manifestation sur le site internet de l’Humanité.

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