Nantes : la ville en promo pour les bobos

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Article plus ou moins équivalent dans La Lettre à Lulu, irrégulomadaire nantais

Gentrification, bobos, urbanisme, guerre sociale

A Nantes, comme ailleurs, il faut à la fois virer les pauvres et relever le standing et le design de la ville centre.

 

La ville sera policée, et bien polie, ou elle ne sera pas. Le baratin officiel relayé par les médias ébahis, sert Nantes championne des villes où il fait bon vivre, pionnière du tramway, place forte culturelle, bla bla bla, oubliant que comme d’autres, la cité soigne sa propreté sociale. Ici, mairie social-démocrate oblige, on ne chasse pas ouvertement les miséreux. Sous couvert de « tranquillité publique » (ça écorche la gueule d’appeler ça bêtement sécurité) et de lutte contre l’insalubrité, un attirail discret éloigne les SDF : arrêté anti-alcool dans la rue, nettoyage des squats, recoins d’immeubles engrillagés avec digicode. Place au rectiligne, au surveillable. Place nette. Nantes, comme d’autres cités qui veulent se la jouer, s’assigne un double rôle : virer en douceur les pauvres de l’hypercentre et monter en gamme le produit-ville pour séduire les bobos.

Des grilles et des prunes

Pour chasser le traîne-misère, il ne faut pas leur laisser d’espace. Ça s’incruste, ça déprécie le paysage. Le mobilier urbain s’est donc fait chic, design. Echangé contre plus de pub, le vélo gratuit plaît aux bobos. Et on a réduit les recoins suspects : une subvention municipale octroyée aux copropriétaires a engrillagé et digicodé 25 ruelles et courettes, officiellement « petites voies propices aux troubles à l’ordre public », le tout « pour l’embellissement du centre ville, mais aussi pour renforcer la sécurité et la tranquillité publique », selon le journal municipal. Comme en taule, le suspect ne doit pas pouvoir se dissimuler aux regards. S’y ajoute un arrêté municipal interdisant de boire de l’alcool dans 38 rues et places du « coeur de ville ». Sauf sur les terrasses, extensions tarifées aux bistrots. « C’est de l’arrêté anti-mendicité revu et corrigé » analysent des travailleurs sociaux. L’attirail de ce que les urbanistes américains appellent « defensible space » trouve ici son classique mobilier urbain, bancs publics avec barres, arceaux et accoudoirs centraux pour empêcher de piquer un roupillon. Les « contrats locaux de sécurité » signés entre ville et police prévoient « la prévention situationnelle, c’est-à-dire l’adaptation des espaces publics aux risques de dégradation ». « Il y a le problème du banc détourné de sa fonction, qui devient lieu de rassemblement de marginaux » avoue l’adjoint PS à l’urbanisme Alain Robert. Relevant de la police municipale, l’équipe de rue a mission d’« approfondir la connaissance des lieux de squats dans la ville, afin de ne pas favoriser la sédentarisation de ces populations marginales » en constituant une base de données informatisée. Phase suivante, détaillée par le « plan d’action » qui sonne son militaire : «  Le service réglementation engage des procédures d’immeubles menaçant ruine ou insalubres avec éviction des occupants, voire travaux d’office »

Des billes et des thunes
Côté citadins d’en haut, tout baigne. En cinq ans, le nombre de Nantais-es payant l’ISF a grimpé de 113 % (soit 23 % plus vite que la moyenne nationale, puisqu’il y a de plus en plus de riches). La gentrification est à la mesure de la flambée de l’immobilier, plus 140 % en dix ans, avant que l’effet subprimes ne calme provisoirement les ardeurs. Un hôtel de luxe manquait paraît-il cruellement au standing de la ville ? Le groupe hôtelier Radisson et l’investisseur Axa Reim mettent des billes, et feront briller en 2011 ses quatre étoiles, avec une galerie d’art contemporain, forcément d’envergure internationale.
La ville des cadres et des bobos est celle du mouvement : le tramway dessine les plus-values immobilières le long de ses axes, et la gare doit d’urgence se faire un nouveau look plus proche de l’aéroport que de la vieille station de chemins de fer. Pour séduire patrons, cadres, promoteurs, investisseurs, et touristes « à fort potentiel », le maire Jean-Marc Ayrault soigne « l’attractivité » de l’offre urbaine dans le marché concurrentiel européen. Il veut une « grande gare moderne, comme à Marseille ou Strasbourg » avant 2014. L’année des prochaines municipales. Un pur hasard.


La Lettre à Lulu est un irrégulomadaire satirique nantais qui existe depuis décembre 1995.

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