Norrent-Fontes : dans le camp -détruit- des réfugiés

Le 20 décembre dernier, après la visite d’un huissier de justice, la gendarmerie a débarqué sur le camp de réfugié-es de Norrent-Fontes pour le détruire et en expulser ses « habitantes » et « habitants ».

Pour la plupart en possession de papiers leur laissant sept jours pour quitter le territoire, les réfugié-es ont cependant été emmené-es au centre de rétention de Coquelles, d’où ils sont sortis 24 heures plus tard. Ils se sont ensuite retrouvés à Calais, ce qui n’a pas été sans conséquence, particulièrement en ce qui concerne la question des femmes. L’arrivée de 20 à 30 femmes supplémentaires (elles étaient déjà une quarantaine selon les bénévoles calaisiens) pose de nombreux problèmes organisationnels. Comment, en effet, donner la priorité à quelques dizaines de femmes, pour des questions de violences, quand plusieurs centaines d’hommes se pressent devant un local pour réclamer douches, soins et nourritures ?

Celles et ceux qui étaient absents au moment de la destruction du camp sont revenus dès le 21 décembre et se sont trouvés totalement désemparés. Quelques uns ont rejoint Calais ; d’autres, qui préfèrent tenter leur chance d’atteindre l’Angleterre en montant dans les camions empruntant l’autoroute toute proche, ont choisi de se réinstaller tant bien que mal à Norrent-Fontes, par petits groupes. Les bénévoles ont à plusieurs reprises retrouvé des réfugié-es caché-es derrière le presbytère de la commune, et ont pu leur porter secours. La vigilance des gendarmes s’étant peu à peu relâchée, un autre camp s’est installé non loin du précédent, à l’insu de tous et totues. Lily et Jérémy, deux bénévoles informés par une des femmes réfugiées, ont découvert le nouvel emplacement, et le vieil engin de chantier utilisé pour stocker nourriture et couvertures.

Dès la fin du mois de décembre, le camp compte à nouveau une vingtaine de personnes. Il fait alors -10°, seuil au-delà duquel les autorités sont tenues de trouver des lieux d’hébergement pour celles et ceux qui sont dehors. Par curiosité, Lily décide d’appeler le 115 (urgences sociales), et se fait passer pour une quiddam du coin inquiète du sort des réfugié-es. Il lui est répondu « qu’il n’y a aucun souci, une association les prend en charge ». Belle ironie quand on sait qu’il est illégal, pour une association comme pour un particulier, d’héberger des sans-papiers !

Les bénévoles dénoncent les pressions exercées par le sous-préfet depuis le début de l’affaire. Sur le propriétaire du champ où se trouvait le camp, à qui on a fait croire qu’il serait tenu pour responsable en cas de décés d’un ou d’une réfugié-es. Sur les bénévoles qui les emmènent en voiture chez le médecin ou à l’hôpital. Lily est atterrée quand elle prend la mesure de la psychose collective orchestrée par les autorités : « Certaines personnes ont même peur de recevoir des e-mails d’informations émanant du collectif de bénévoles de Norrent-Fontes ! »

Ce collectif projette de devenir l’association « Témoins du monde » qui aurait pour tâche la médiatisation des problèmes des réfugié-es, et la mobilisation des élus locaux. Lily et Jérémy espèrent qu’elle permettra aussi de rassurer et d’impliquer plus activement la population locale.
J.V

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