Des eaux pas si douces

Le 16 mars, un navire de chargement de l’usine Total à Donges (estuaire de la Loire) laissait fuir 400 litres de gasoil, dont 100 dans le fleuve. Immédiatement, Borloo se rendait sur place et Total promettait de tout nettoyer. Pourtant, chaque année, ce sont des dizaines de marées noires qui ont lieu dans les cours d’eau. Etat des lieux, en France et dans notre région...

Loin des grandes marées noires très médiatisées, la pollution de nos rivières est méconnue, souvent tolérée par les pouvoirs publics, toujours passée sous silence. C’est pour alerter sur la situation des rivières que l’association Robin des Bois vient de publier «  l’Atlas des marées noires dans les eaux intérieures  » (1). En traquant les pollutions depuis 2004, elle a recensé 561 cas de rejets d’huile ou d’hydrocarbures. C’est environ la moitié des pollutions aquatiques (2). Relativement diffuses, elles sont souvent dues à des actes de négligence ou de malveillance, par des particuliers, des transporteurs (des péniches, des camions...) et surtout des industriels.Retour ligne automatique
Le Nord-Pas-de-Calais est assimilé par l’association au bassin Artois-Picardie (3). Ce bassin du nord de la France a connu 44 marées noires entre 2004 et 2007. Par rapport aux 561 cas recensés en France, on pourrait penser que c’est un bon bilan, surtout pour une région industrielle… En réalité, rapportée à la taille du bassin (environs quatre départements, soit un vingtième de la métropole), c’est énorme ! D’autant plus que l’accumulation rapide des pollutions et la contamination des êtres vivants sont favorisées par l’absence de grands courants dans la région : les écluses et la faible déclinaison du terrain ralentissent le cheminement de l’eau douce vers la mer.Retour ligne automatique
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Et cette pollution, est-elle punie ? Certes, l’entreprise de peintures Pic-Industrie, à Airaines (Somme), a été condamnée à 15 000 euros d’amende en septembre 2007 pour avoir pollué à répétition le cours d’eau éponyme. De même, la société de distribution DMS est condamnée à payer 120 000 euros pour avoir déversé du fioul dans le canal de Saint-Omer en 2002. Mais à part ces deux cas, le laxisme envers les industriels pollueurs est patent. Par exemple, «  les juges n’ont […] pas trouvé de lien de cause à effet entre la fausse manœuvre survenue chez un transporteur routier (600 litres de gasoil renversés) et la pollution immédiate constatée sur la Canche  »  : la société Travagri est donc relaxée en 2007, lavée de toute responsabilité pour avoir pollué Montreuil (Pas-de-Calais) deux ans auparavant. Retour ligne automatique
Eaux usées, territoires polluésRetour ligne automatique
Et dans la plupart des cas, il n’y a même pas de procès…Toujours à Saint-Omer, l’Aa est polluée par les hydrocarbures après chaque drache : «  ça fait bien deux ou trois ans que ça dure, à raison de deux à trois fois par semaine », lit-on dans la presse en mars 2007, mais les responsables ne sont pas repérés. La clémence est totale pour les dégazages réalisés par les marins d’eau douce  : «  il y a tellement de péniches sur le canal que le coupable n’a pas été identifié  », justifie-t-on après la pollution aux hydrocarbures dans le canal de Calais.Retour ligne automatique
Au final, nul ne se soucie des fleuves, et la situation ne s’améliore pas  : sur les 35 pollutions ayant pour origine la région Nord-Pas-de-Calais, treize ont eu lieu en 2007. Les cours d’eau étaient des lieux propices à l’installation des hommes  ; aujourd’hui ce sont des espaces dont il faut se méfier. Bientôt toxiques, impropres à la baignade et à la pêche. Le Grenelle de l’Environnement a laissé son paquet médiatique de creuses mesures ; les discours grandiloquents comme les films à grand budget abondent pour sauver la planète… Mais est-il raisonnable d’espérer que la situation change véritablement tant que ne seront pas remis en cause notre économie et notre développement industriel, tournés vers plus de profits et de productions, aux dépens de la nature et de la vie ?

M.P-L


1 : Le rapport complet est disponible sur le site de l’association ICI. Les pollutions, précisent les auteurs, ne sont pas toutes référencées : seules les 561 cas mentionnés par les presses régionales sont pris en compte, les autres sombrant définitivement dans l’oubli.

2 : Les autres types de pollution sont diverses : pollution chimique (les nitrates déversés par l’agriculture), thermiques (augmentation de la température de l’eau du fait de l’industrie), organique (déversements des eaux usées dans les cours d’eau), bactériologique…

3 : Pour comprendre la pollution des fleuves, il faut raisonner selon les bassins hydrographiques, et non selon les départements. En effet, il faut littéralement revenir à la source du fleuve. La pollution se déplace tout le long du cours d’eau, jusqu’à l’embouchure sur l’océan. Il faut donc étudier les pollutions d’un fleuve et de tous ses affluents ensemble, associés avec les canaux construits autour de ces rivières : c’est cela que l’on appelle un bassin hydrographique.

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