Édito dossier : Crève, travail(le), crève !


Quand on a commenedito dossiercé ce numéro, on sortait tout juste de l’hiver. Les élections arrivaient avec le résultat qu’on connaît. Un an après la loi El Khomri, deux ans après celle de Macron, et aujourd’hui, lui président, prêt à tout pour livrer définitivement le travail au capitalisme. Bientôt tomberont les décrets pour inscrire l’état d’urgence dans la constitution. Une manière d’anticiper les contestations à la prochaine « réforme » du code du travail. C'est parti pour le Blitzkrieg social, le gouvernement va nous sortir la grosse artillerie : blindés patronaux, rafales d'ordonnances et légion d'économistes valets du pouvoir pour applaudir la bérézina. Quant à toi l'troufion t'as plutôt intérêt à marcher droit si tu veux pas subir les foudres du grand Jupitron en appui aérien.
 
Alors, dans la suite du mouvement contre la loi travail, et en prévision de l’offensive à venir, nous avons rouvert cet inépuisable sujet : le travail, les travailleur.ses et leurs conditions de travail. Au détour, on a trouvé quelques patrons véreux, chez de gros industriels mais aussi parmi les fervent.es défenseur.es de l’économie sociale et solidaire, qui n’ont pas attendu Macron pour « libérer le travail ».
 
On a voulu d’abord contrer les fausses vérités : contrairement à ce que l’on entend, le travail ne tend pas à disparaître. Les gens travaillent plus et dans des conditions qui se dégradent, les revenus diminuent ou stagnent, et le déséquilibre des rapports entre employé.es et employeurs s’accentue. On a aussi voulu déconstruire des modèles présentés comme solutions à venir tels que les emplois de l’économie collaborative, le volontariat et autres services civiques.
 
La montée en puissance de l’auto-entreprise et des plateformes telles que Uber, témoignent plus sûrement d’une raréfaction du travail décent, que d’une massive volonté d’entreprendre. Comme nous le montrent la Grèce et la Roumanie qui comptent une grande part d’indépendants, cette évolution est aussi propre aux sociétés en crise.
 
Enfin, à l’heure où on nous répète qu’il est devenu has been d’être de droite ou de gauche, que les frontières se brouillent entre les statuts, que la figure du patron disparaît sous des rapports non hiérarchisés et que les classes sociales appartiennent au vieux monde, il nous a semblé essentiel de montrer la permanence, et la reconfiguration des rapports de classes au travail. La diversification des statuts d’emploi tend à faire perdre le sens du collectif. Or à bien y regarder, les patrons sont les mêmes qu’hier, seuls les capitaux glissent d’un secteur à l’autre, tandis que celles et ceux qui triment sont toujours sommé.es de rester bien à leur place. Regarder de près ces mutations apparaît nécessaire pour ne pas oublier ce qui nous rassemble en tant que travailleur.ses.
 
Ce dossier est incomplet. Il resterait encore à parler plus spécifiquement du travail des femmes, de celui des migrant.es, des formes de travail invisibles tels que le travail bénévole, domestique ou militant. La question du salaire à vie, du revenu universel et son faux débat sur l'après travail aurait aussi mérité un long papier. Mais au vu de ce qui nous attend ces prochains mois, on aura largement le temps… d’y travailler.

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