Edito N°49 - Comédie urbaine

editoAprès des mois sous pression, les jeunes exilé.es qui campent depuis l’été 2015 au parc des Olieux dans le quartier de Lille Moulins sont dégagé.es le 23 novembre dernier. Dans la foulée, le site est grillagé pour dissuader toute réinstallation. La mairie est parvenue à ses fins et le parc va redevenir une aire de jeux pour enfants avec balançoires et tourniquets. Vingt jours plus tard, le collectif des Olieux organise une manifestation de soutien dans le quartier qui se conclut par l’ouverture d’une maison vide. Sur le fronton du squat, un slogan peint comme un coup de gueule : « Partout chez nous ».
 
Bataille urbaine
 
Une semaine après leur arrivée, les habitant.es de ce nouvel espace de lutte sont expulsé.es. Dehors comme dedans, aucun droit de cité pour ces jeunes réfugié.es. C'est que la mairie de Lille avance ses pions depuis longtemps dans le quartier de Moulins. Un squat de migrant.es près des avant-postes gentrificateurs que sont Saint-Sauveur, le FLOW, la Maison Folie, ça pourrait perturber l’avancée du « ravagement » de façade de ce quartier populaire. Déjà qu’il y a le local de la CNT, l’Insoumise et un tas de locaux militants, faudrait pas trop déconner. La partie de touché-coulé ne fait que commencer. Moulins, c’est une espèce de microcosme menacé par ce qu’on dénonce dans ce numéro : pression sur les exilé.es, invisibilisation des femmes, exclusion des pauvres, embourgeoisement des quartiers.
 
Ils nous pompent l’aire
 
Car le pouvoir organise, classe et ordonne l’espace urbain et la vie de ses habitant.es pour mieux les contrôler. Urbanistes, architectes et autres tribuns de la comédie urbaine tentent de dessiner une ville bien rangée où chacun.e serait à sa place. Les bourgeois.es au salon, les pauvres dehors, relégué.es toujours plus loin dans les périphéries. Rénovation, revitalisation, redynamisation... Derrière ces mots, le mépris de la mairie qui exclut les indésirables pour installer la petite bourgeoisie intellectuelle engraissée à la sauce démocratie participative. En cette fin d’année, les lampions éblouissent les âmes dépensières pour faire oublier la présence des cognes à chaque coin de rue. Circulez, circulez, qu’ils nous disent... L’urbain doit être productif et si vous vous arrêtez, il faut que ce soit pour consommer. Arrêtés anti-Rroms, anti-presse libre, anti-mendicité et anti-manifs dessinent un espace sous surveillance, militarisé, au nom de l’état d’urgence permanent.
 
edito
 
De l'espace pour nos révoltes
 
Si la rue est scrutée par l’État, c'est qu’elle a en elle la capacité de fabriquer la révolte et la subversion. Du petit tag aux manifs, en passant par les cannettes partagées sur un banc jusqu'aux occupations des logements vides, la rue produit le collectif. On se rappelle nos nuits debout, place de la République qui n'a jamais été aussi vivante et accueillante. Les terrasses de café où des zicos viennent apporter de la bonne humeur aux discussions et de la saveur à la Jupiler. Les soirs d'été où l'on retrouve les ancien.nes installé.es devant leurs façades saluant les badauds. Les manifs dans les quartiers où l'on se prend à causer avec des gens que l'on aurait jamais rencontré.es ailleurs. Les marchés où l'on vend les clémentines, le poisson et les journaux à la criée, n'en déplaise à Martine Aubry. Bref, occupons la rue, les trottoirs, les impasses ! Rappelons aux riches, qui voudraient être partout chez eux, et à l’État qui nous somme d'être chacun.e chez soi, que nous sommes partout chez nous.

Le collectif de La Brique

Rechercher

logo jemabonne

En brèves

  • Brèves - Luuuuuttes

    Les éducs' dans la rue Des associations de prévention spécialisée de la métropole (Itinéraires, FCP, Avenir et Loisir, Rencontre et loisir) se battent pour ne pas disparaitre. Le département doit faire des économies et choisit de taper sur les éducs de rue, seule main tendue et dernier recours...

    Lire la suite...

  • Va-t-on nous ravir Le Ravi ?

    Cet hiver, le journal satirique provençal sortait une enquête sur l'Office départemental d’éducation & de loisirs du Var (ODEL). Le Ravi y révèle que les cadres de cette asso' de loi 1901, arrosée par les pouvoirs publics, touchent de beaux salaires : on en voit même un émarger à 177 625 euros...

    Lire la suite...

  • Bastamag fait la nique à Bolloré

    En 2012, Bastamag publie un papier sur l'accaparement des terres agricoles en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Parmi les investisseurs : le « groupe Bolloré, via une holding luxembourgeoise, la Socfin ». Cette dernière « gère des plantations d'hévéas et de palmiers à huile en Afrique et en...

    Lire la suite...

  • Lettre ouverte des étudiant.es dubliné.es

    "Nous sommes des étudiants exilés inscrits dans les différentes facultés de Lille sur ses 3 campus : Cité scientifique, Pont de bois et Moulins. Nous ne sommes pas dans le programme Pilot de l’Université de Lille. Notre demande d’asile a été enregistrée par la Préfecture en procédure...

    Lire la suite...

  • La Brique n°54 sur les ondes

    Le jeudi 29 mars, La Brique présentait son dernier numéro "L'erreur est urbaine", au Alt'O Post à Fives. Cette présentation a été réalisée en présence de l'APU Fives ainsi que de la maman de Sélom. Ce dernier a été happé par un TER avec son ami Matisse, alors qu'ils fuyaient une brigade de police....

    Lire la suite...

  • 10 Avril - Faidherbe doit tomber

    Le 10 avril prochain à la MRES, le collectif Afrique, Survie Nord, le FUIQP 59/62 et l'Atelier d'Histoire critique lanceront officiellement leur campagne "Faidherbe doit tomber". L'objectif, à l'image des campagnes états-uniennes de l'été dernier visant à déboulonner les statues des généraux...

    Lire la suite...

  • Les Pimkie piqué.es au vif !

    Le 8 janvier dernier, le groupe Mulliez annonçait profiter de la nouvelle loi Macron visant « à simplifier l'embauche » pour supprimer des postes dans l'une de ses entreprises : Pimkie. Grâce aux ordonnances Macron, c'est au total 208 suppressions de postes qui étaient annoncées, et 37 fermetures...

    Lire la suite...

  • Pour les FFOC, cétacé !

    Les femmes des forces de l'ordre en colère (FFOC, ceci n'est pas une blague) étaient devant le commissariat central de Lille le 7 janvier dernier pour dire non, non et non aux policier.es victimes d'agressions. Si peu de temps après que Sélom et Matisse soient morts en fuyant la police, La Brique a...

    Lire la suite...

  • COMMUNIQUÉ DU COLLECTIF DE RÉSISTANCE À LA SÉLECTION

    A la suite de l'Assemblée Générale de lutte contre la sélection (25/01/2018) L'Assemblée Générale qui a eu lieu ce jour contre la sélection à l'université, et plus largement contre le plan étudiant, a réuni une centaine de personnes. Elle nous a permis de revenir en détail sur toutes les réformes...

    Lire la suite...

  • Soutenez la presse libre

    Ce qu'il faut défendre ! Alerte ! Le mensuel marseillais (national) CQFD est en galère. Avec la suppression de leurs deux emplois aidés et la baisse lancinante de leurs ventes en kiosque et par abonnement, le canard au chien rouge a besoin de soutien pour poursuivre son combat. "Pas de sub ni de...

    Lire la suite...