Edito N°14 - A qui profite Lille 3000 ?

numero14«  La démocratie pour Aubry, c’est ce qui vient d’en haut et qu’on doit accepter ». Cette remarque qu’un commerçant lillois a osé faire à La Brique, illustre bien ce qui ressort des entretiens que nous menons depuis deux ans.

Avec une « démocratie participative » de façade et des déclarations émouvantes, il est possible de faire gober n’importe quelles décisions politiques. Des décisions qui se veulent « populaires » devant les caméras, mais qui émanent quasi systématiquement des intérêts d’une poignée de puissants. Patron-nes et élu-es. Dans notre métropole, l’économie, la culture et l’information sont aux mains d’une oligarchie [1]. Depuis longtemps, certes. Mais un monopole ne dort jamais.

 

Acheter les journalistes

D’un pouvoir à l’autre, on s’arrange. On conclut des « partenariats ». Les journalistes travaillent pour les institutions politiques, qui œuvrent sous l’influence du patronat local, lui-même encensé par la presse. Un seul groupe de presse qui occupe l’espace… en écrouant l’information. Sur le papier, Internet. Et depuis peu sur le petit écran.

Un des principaux actionnaires de Wéo, la nouvelle télévision du Groupe Voix du Nord, est le Conseil Régional. Son président Daniel Percheron s’est déplacé personnellement devant le CSA pour défendre le projet. Juste pour ce projet. Mais selon Jean-Michel Lobry, PDG de la chaîne, « l’indépendance est évidemment une des valeurs que nous revendiquons, comme l’a toujours fait notre groupe de référence depuis plus de soixante ans. » [2]. Comment peut-on mentir à ce point ? Qu’aurait-il fait de sa télé sans les financements des collectivités et des entreprises régionales ?

Car la pauvreté des médias est à la mesure de leur indépendance [3]. Plus ils ont financé, moins ils sont libres. En ce sens, les oligarques de la région ont tout intérêt à acheter une seule presse. De cette façon, le monopole communique d’une seule « voix ». Et à sens unique.

À l’origine était le patronat

Les patrons du Groupe Voix du Nord, comme M. Lobry, fréquentent le Comité Grand Lille. Un cercle patronal et politique qui est, selon La Voix [4], le « plus puissant réseau économique de la région ». Une concentration de notables capables de faire la pluie ou – plus rarement – le beau temps sur la métropole : « Dès ses débuts, le Comité s’efforça d’imaginer l’organisation d’événements forts et populaires pour changer l’image du Nord. Ainsi naquirent la candidature de Lille aux JO de 2004 ou Lille 2004 capitale européenne de la culture, initiatives nées dans l’esprit d’une gouvernance collective inspirée par le patronat. »

Observez de près cette « gouvernance collective », et vous verrez un monopole : une information vouée aux puissants, conçue et financée par eux… et une mairie qui impose à la population le « rayonnement » de la métropole, suivant ainsi les prescriptions des puissants… Voilà ce que les scribes du cabinet Aubry appellent « solidarité » et « culture populaire ».

Notes

[1Sur le plan économique, voir ou revoir nos dossiers sur l’empire Mulliez (n° 13) ou sur l’« économie sociale et solidaire » (n° 10).

[2Lors d’un « chat » sur Lavoixdunord.fr (16/04/09).

[3Libération dans son édito du 22/02/73 – lorsqu’il était encore digne de ce nom – expliquait : « Notre pauvreté est la mesure de notre indépendance. »

[429/11/08.

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