Le logement pour les nuls

rue3La multitude des structures et sigles viennent transformer l'urbain dans l'ombre. Les questions liées à urbanisme, par leur complexité, peuvent rendre la lecture du dossier difficilement abordable. Pour y remédier, quelques entrées, sur Vilogia, bailleur qui n'a de social que le nom et la Fabrique des quartiers, moteur de la gentrification dans la métropole.

Squatteur.euse.s, locataires, hébergé.es :
pas d’expulsions dans nos quartiers !

Le Collectif anti-expulsions Lille regroupe des personnes menacées d’expulsions, quelles que soient leurs manières d’habiter. Avec la fin de la trêve hivernale, ce collectif s’est lancé dans une série d’ateliers juridiques et pratiques afin de combattre les expulsions avec un objectif : partager des techniques d’autodéfense de manière solidaire entre toutes les personnes délogées.

A l’issue de ces ateliers, une brochure regroupant l’ensemble des mesures d’expulsions et des pistes sur les moyens de défense et d’actions collectives sera éditée et diffusée. Les huissiers n’ont qu’à bien se tenir !

Pour les contacter, se procurer ou diffuser la brochure, une adresse mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Sinon, les membres seront également présent.es le vendredi 30 mars à la Bourse du Travail pour présenter leur travail dans le cadre de la soirée contre les expulsions proposée par l’APU Fives.

 

Fabrique des Quartiers, mission gentrification

La Fabrique des Quartiers est le bras armé de la métropole dans ses projets d’aménagement urbain concernant les « quartiers d’habitat ancien dégradés », c’est à dire les courées et autres habitats populaires. Leur objectif ? « Réhabiliter » et rendre ces logements plus conformes aux goûts des classes plus aisées afin qu’ils puissent trouver acquéreur.euse sur le marché. En bref, il s’agit bien là d’une tentative de « stimuler » par l’action publique le marché immobilier local et « monter en gamme » pour celles et ceux prêt.es à en payer le prix !
Si vous êtes attentif.ves, vous retrouverez « la Fabrique », présente dans la plupart des quartiers en phase de « reconquête » (pour reprendre le vocabulaire maison) : Le Pile, Fives, Lille-sud, Moulins…

 

Habitarium, une expo foutage de gueule
pour "habiter un monde complexe"

Pendant que l'APU Fives organisera du 26 mars au 1er avril une semaine autour du « Droit à la ville » et contre la fin de la trêve hivernale (voir programme au dos), les aménageurs de la métropole (MEL, SPL Euralille, Fabrique des Quartiers) inaugureront une « exposition-laboratoire » sur l'Habitat qui se tiendra à la Condition Publique, dans le quartier du Pile à Roubaix. Un beau pied-de-nez à un quartier symbolique des échecs de la rénovation urbaine à marche forcée. Son nom : Habitarium.
Au programme, sans doute pour répondre aux problématiques du quartier en terme de mal-logement et de rénovation, les organisateurs n'ont pas trouver meilleure idée que de proposer l'installation d'un camping éphémère sur les toits du lieu avec « des équipements innovants, fonctionnels et inclusifs » pour vivre une véritable « expérience collective »... On a hâte. Pour financer la petite sauterie et les divers évènements prévus, on a fait appel au gratin : le bétonneur Eiffage, l'agence immobilière Sergic, Leroy Merlin, Engie… Quand aux habitant.es du quartier et leurs problématiques, il n'a bien sûr jamais été question de les aborder.

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Moisilogia

Il aura fallu plus d’un an d’actions collectives et de négociations pour que Vilogia rende enfin quelques maisons habitables à l’Hommelet (Roubaix). Depuis leur emménagement en 2011, dans des maisons neuves, les locataires ne cessaient de signaler des problèmes d’infiltration d’eau, de moisissures. Construites à la va-vite par des sous-traitants les moins chers possibles, la quinzaine de maisons concernées avaient un problème en commun : un propriétaire peu enclin à respecter la loi et la santé des locataires, un propriétaire avant tout soucieux de toucher les loyers.

Il aura fallu du travail aux locataires, avec l’appui du collectif Colères Citoyennes, pour mettre sur le papier des revendications précises et concrètes, afin de partir solides, lors des rencontres avec ces professionnel.les de la promesse en l’air. Par deux fois, les locataires ont dû rappeler le bailleur à ses devoirs : une première fois en envahissant l’agence de Roubaix, située place des paraboles, avec pancartes et mégaphones, occupant les lieux jusqu’à ce qu’une responsable nationale soit dépêchée en urgence pour gérer la situation ; une deuxième fois au siège, avenue Jean Jaurès à Villeneuve d’Ascq. C’est alors Jean-Claude Menault, ancien cadre de la police recyclé comme directeur de cabinet pour Vilogia, qui a vu ses locaux envahis par une soixantaine de locataires en colère slogant « Vilogia, c’est moisi, nous on s’installe ici ! »

Résultat : depuis fin février, les travaux ont lieu dans les maisons de l’Hommelet. Les locataires avaient essayé toutes les solutions classiques : plaintes au guichet, appels, courriers, pétitions et même fait venir le service d’hygiène de la mairie. Seul le rapport de force collectif a pu faire bouger le bailleur : une leçon qui pourrait en inspirer d’autres…

 

Outils juridiques de la démolition

Plus vieux que la Fabrique des quartiers, l’Établissement Public Foncier NPDC (EPF) est un joujou né en 1990, de l’envie des petites « élites » régionales de se doter d’une machine à reconvertir les friches industrielles du bassin minier comme celles de l’agglomération lilloise. Bien qu’il se donne une image de vaillant dépollueur au service de l’intérêt général, l’EPF use surtout des mêmes méthodes que sa petite sœur pour « produire du foncier », c’est à dire envoyer balader entreprises et habitant.es qui ne correspondent pas à l’air du temps. Qu’ils expulsent, exproprient ou négocient « à l’amiable », les agents de l’EPF et de la Fabrique des quartiers ne sont pas des plus aimables. Lorsque mensonges et coups de pression ne suffisent plus, ils recourent à un arsenal juridique datant du bon vieux temps où l’on « modernisait la France » ; lorsque l’État aménageur démolissait allègrement bidonvilles et quartiers populaires pour construire autoroutes, aéroports et cités de grands ensembles. Parmi les cartouches préférées des as du bulldozer, on retrouve donc le droit de préemption urbaine (DPU) et la déclaration d’utilité publique (DUP). Le premier permet aux pouvoirs publics de racheter (en priorité) un bien immobilier ou une parcelle de terrain lorsque son propriétaire tente de la vendre, à un prix bon marché, calculé en fonction de ce qui se vend sur le secteur. La seconde leur donne le droit (au sein du périmètre de la DUP) d’exproprier quiconque se trouve en travers du chemin de ce projet urbain dont « l’utilité publique » a été reconnue. Les critères permettant d’établir une telle « utilité » restent particulièrement vagues et ouverts, de sorte qu’il est possible de bétonner des espaces verts pour construire des logements ou bien de détruire des logements pour étendre des espaces verts ! A l’heure où la rénovation urbaine prépare quasi systématiquement le terrain à des opérations de promoteurs immobiliers privés, il n’est pas difficile de deviner à qui profite « l’utilité publique ».

 

Logement : social pas très social

Depuis 2014, la loi relative à la Solidarité et au Renouvellement Urbain (SRU) oblige les communes de plus de 3500 habitant.es à augmenter leur taux de logements sociaux de 20 à 25 % dans les zones de forte tension immobilière. Elle durcit également les sanctions contre les villes qui ne respectent pas ces obligations. Concernées par cette mesure, les communes de l’agglomération lilloise font toujours le grand écart, entre Roubaix (40%) et Bondues ou Baisieux (13 et 11 %).

D’après la MEL, 75 % des ménages de son territoire seraient éligibles au logement social, dont 57 % au logement dit « très » social. En matière de « mixité sociale », la MEL se veut donc exemplaire. Elle ne laisse construire que les opérations immobilières comportant, au côté du tiers de logements en accession libre (3 000 € par m² en moyenne sur Lille), un tiers d’accession sociale à la propriété (permettant l’obtention de prêts à taux zéro) et un tiers de locatif social (les bons vieux HLM). Le problème c’est que ça fait bien longtemps qu’une grande partie des logements sociaux des grandes villes n’est plus accessible à celles et ceux qui en ont vraiment besoin ! Car la gamme des logements conventionnés est large et les plafonds de ressources demandés aussi : ils varient par exemple pour un couple entre 1600 € (logements Prêt Locatif Aidé d’Intégration, PLAI) et 3 500 € par mois (logements Prêts Locatifs Sociaux) ! Et certaines mairies ne se gênent pas pour contrôler le profil des nouveaux arrivants sur leur commune, visant par exemple en priorité les jeunes salariés pour éviter les allocataires du RSA. Dans le même esprit, les bailleurs sociaux privilégient toujours les locataires aux revenus les plus élevés (dans la limite des plafonds) avec les mêmes demandes de garants (allo, papa et maman ?) et de garanties (le CDI c’est la vie). Par conséquent les familles les plus modestes se retrouvent le plus souvent logées dans le parc privé (appelé aussi « parc social de fait »), chez les proprios les moins scrupuleux qui ne vous demandent pas de gagner trois fois le montant du loyer, mais qui n’ont pas de cas de conscience non plus à vous loger dans un taudis au loyer relativement plus cher qu’ailleurs (NB. les bailleurs sociaux s’illustrent aussi très bien sur les parties les plus anciennes et populaires de leur parc de logements).

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