Loin des yeux, loin du porte-feuille

Dans la métropole, l’autre grande usine chimique classée Seveso était l’usine Rhodia, à Saint-André. Mais peu rentable, elle ferme en 2005. Aujourd’hui, il est prévu de construire un « jardin archéologique » sur l, pour faire oublier risques et pollutions imposées à la population des alentours.

Qu’est devenue l’entreprise ? Rhodia, peut-on lire aujourd’hui sous la plume de J.-P. Clamadieu, PDG du groupe, « est à nouveau en mesure de construire son avenir », plus précisément, de « développer [la] présence [de l’entreprise] en Asie, avec une priorité marquée à la Chine ». La page du Nord est tournée, vive les ouvrières et les ouvriers formés aux ordres du Parti Communiste Chinois !
Les activités du groupe dans l’Empire du Milieu ont commencé dans les années 1970, lorsque le pays s’ouvrait aux investissements étrangers, et n’ont cessé d’augmenter depuis. Aujourd’hui, 3000 personnes (sur 16 000 personnes employées par Rhodia) sont employées en Chine1. Les avantages sont évidents : profiter de la main d’œuvre peu coûteuse et partir à la conquête d’un marché de plus d’un milliard de consommateurs.
Et les risques industriels dans tout cela ? Evidemment, Rhodia garantit œuvrer pour le développement durable, et veut organiser la visite de syndicalistes occidentaux dans ses usines orientales !!! Tant de transparence, tant d’attention pour le Tiers Monde pourrait émouvoir. Hélas, les faits montrent bien que les risques des travailleurs ne sont pas pris en compte en Chine2 et que les firmes multinationales profitent de leurs investissements dans les pays du Sud pour diluer les responsabilités et pour contourner les lois protectrices en toute impunité.
Ainsi, l’accident de Bhopal, en 1984. Dans cette ville indienne, une usine appartenant à l’entreprise états-unienne Union Carbide laisse échapper un gaz toxique. Bilan : 20 000 morts, 500 000 victimes, sans compter la pollution des eaux qui empoisonne encore aujourd’hui les Indiens. Evidemment, les responsables de l’entreprise, protégés par leur gouvernement, refusent de se faire juger en Inde. Lassé, et recevant une indemnité de 470 millions de dollars, l’Etat indien abandonne les poursuites judiciaires en 1989. En 2001, Union Carbide est rachetée par Dow Chemical, qui ne s’estime pas responsable. Ce n’est qu’en 2004, suite aux pressions de la société indienne, que le dossier a été réouvert : l’entreprise devra nettoyer les zones polluées autour de l’usine, mais sans dédommager les victimes3...
Et Bhopal n’est qu’un exemple. Si l’on excepte les accidents nucléaires, les six plus graves accidents industriels depuis 1980 ont eu lieu dans les pays du Sud. La domination économique se traduit aussi par l’inégalité face aux catastrophes.

1 : Site Internet de Rhodia

2 : Cf. Mme Thébaud-Mony, « Délocalisation des risques », Le Monde diplomatique. Les accidents du travail dans les mines font plus de 20 000 morts/an en Chine.

3 : cf. Bhopal, le procès qui n’a pas eu lieu, documentaire présentant les efforts d’un avocat pour que l’entreprise soit jugée.

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