Le CLIP, autogéré et antispéculatif

Encore en chantier, les initiatives CLIP ont pour but de construire un parc immobilier à propriété d’usage antispéculatif et autogéré. À ce jour, on en compte deux à Paris, « Zelda » et « Chez Louise et Michel ».

 

L’innovation réside ici dans un autre rapport à la propriété, qui n’est perçue qu’en terme d’usage. Les gens du CLIP ont conçu un modèle de coopérative d’habitants adapté du Miethäuser Syndikat en Allemagne, dont l’origine remonte aux squats des années 70 et 80.

Réunis d’abord en collectif informel depuis fin 2005, l’objectif commun de cette vingtaine de personnes est « de créer un réseau d’organisation globale du logement autour de la notion de propriété d’usage et de l’habitat » nous dit Aurélie, impliquée dans l’initiative Chez Louise et Michel. Le CLIP est une SARL qui a donc pour ambition de fédérer les structures, de devenir une sorte de coopérative de coopératives. Son intérêt ? Pallier le manque de thunes récurrent et la méconnaissance des systèmes de financement ainsi que partager les savoir-faire : « Au fil des années, les projets les plus anciens se retrouvent avec des bénéfices, car le poids du crédit et surtout des intérêts se fait de moins en moins lourd, libérant ainsi un excédent financier qui peut être réinvesti dans d’autres projets. » [1] Pour Aurélie, quelques garde-fous doivent garantir l’activité coopérative du CLIP : « La clé de la réussite est de ne jamais au grand jamais avoir de permanents mais plutôt des gens payés sur des missions. »

Les compères se lancent doucement dans la construction d’un fond solidaire qui sera à terme approvisionné par les locataires [2], ce qui donne un côté antispéculatif à l’aventure.

Qui décide ?

Imaginez un projet d’habitat qui s’intègre au réseau CLIP. Les habitant-es auront le monopole des décisions qui touchent à son autogestion : « Qui emménage ? Comment trouvons-nous les crédits nécessaires ? Comment la maison doit-elle être construite, agrandie ou rénovée ? À quel niveau se situent les loyers ? » Par contre, le CLIP posséderait un droit de veto « en cas de revente des locaux, [de] fragmentation en propriétés individuelles ou lors d’attaques similaires sur les bâtiments [...] au même titre que l’association des habitants, définie en SARL » Cela signifie qu’un changement de statut ne peut se faire que sur un accord entre ces deux associés : aucun des deux ne pouvant prendre le pas sur l’autre.

« Chez Louise et Michel », une des priorités est «  de ne pas se rendre dépendant des pouvoirs publics », d’où «  la recherche de financements alternatifs, notamment des emprunts directs entre des particuliers et la SARL » Une souscription est aussi lancée et des apéri’clip se succèdent chaque mois à Paris [3].

Pas besoin de capital

Les gens de Chez Louise et Michel veulent autoconstruire en paille un « espace pensé en termes collectifs, avec des espaces privés, collectif et semi-privés, c’est-à-dire utilisés par tout le collectif mais pas en même temps. » Dans la même logique, Aurélie souligne leur volonté de ne pas être moins de vingt personnes, ce qui permet de garder «  une liberté par rapport au collectif ». Enfin, ils conçoivent aussi leur futur lieu comme « un espace politique et public (pour des proj’, des débats...) qui serait complètement séparé de l’espace d’habitat ».

Les initiatives CLIP partent d’une critique du co-habitat et de l’accession collective à la propriété qui pourraient tendre à n’être qu’une solution regroupée du capital pour vivre collectivement. Voilà pourquoi la question de l’argent et du capital est centrale : « Pas besoin de capital pour entrer dans ce projet, et y entrer ne donne pas droit à des échanges marchands. » Avec ce fonctionnement, les gens de Louise et Michel veulent rouvrir « des possibles en matière de logement, entre le fait de ne pas avoir besoin d’argent pour avoir un lieu au sens de l’usage, cela permet à beaucoup de gens de pouvoir réinventer d’autres projets et manières de vivre, de reprendre nos vies en main. »

Notes

[1Document de présentation du CLIP.

[2Les CLIPs ne sont pas des coopératives de locataires car ces dernières impliqueraient l’idée d’une participation symbolique au capital de la coopérative : « Nous ne voulons pas que le droit d’habiter se fasse sur la base d’une participation financière à un quelconque capital. »

[3Lettre Info CLIP, dispo sur le net. Apéri’Clip, annoncé sur Démosphère.

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