Justice pour Selom et Mathis

Communiqué du collectif Contre la Répression des Individus et des Mouvements d'Emancipation (le CRIME)
 
"Ce qu'il s'est passé vendredi 15 décembre à la cité Saint-Maurice à Fives
 
Il y a des textes qu'on aimerait ne pas devoir écrire. Vendredi 15 décembre vers 21 heures, quatre jeunes ont été happés par un Train Express Régional (TER) sur la ligne Lille-Calais-Dunkerque au niveau de la cité Saint-Maurice, à la frontière des quartiers de Fives et de Saint-Maurice Pellevoisin. Deux d'entre eux sont morts. Malgré le choc et les blessures, les deux rescapés témoignent. Et démentent dignement la version de la police et de la presse locale.
 
Lundi dernier, à 20h45, une centaine de personnes se rassemblent sur la place Degeyter à Fives pour rendre hommage à Selom et Mathis, morts pendant le week-end. Quelques heures plus tôt, le procureur de la République explique que la version d'une course poursuite avec la police n'est qu'une « rumeur » et que les quatre jeunes auraient voulu prendre un « raccourci » le long des lignes SNCF... Les médias – La Voix du Nord en tête – se contentent de relayer cette version. Affaire classée.
 
Un accident, vraiment ?
 
Pour Ashraf et Aurélien, les deux rescapés que nous avons rencontrés, il ne s'agit pourtant pas d'un accident. Leurs témoignages se recoupent alors qu'ils n'avaient pas encore eu l'occasion de se parler. Ashraf, dans une chambre de l'hôpital Roger Salengro où il est encore en observation pour quelques jours, revient sur les faits : « C'est allé hyper vite, entre trois et cinq minutes. On était assis dans la cité, ils sont entrés à six en uniformes avec leurs matraques. Ils ont couru vers nous, ils voulaient nous attraper. On a eu peur et on est partis en courant ». « Ils », ce sont les nouvelles unités de la police nationales déployées en grand nombre dans le quartier depuis septembre, tout particulièrement autour de la cité Saint-Maurice et de la place Degeyter. Le résultat ? Un net regain de tensions entre jeunes et forces de l'ordre. « Depuis deux-trois semaines, c'est vraiment tendu dans le quartier. »
 
« On ne voulait pas se faire éclater encore une fois »
 
Pourquoi ont-ils eu peur ? « C'est ceux qui nous frappent tout le temps, pour rien, explique Aurélien, blessé au bassin et au visage et obligé de se déplacer en fauteuil roulant. Encore hier, ils ont frappé quelqu'un. On ne voulait pas se faire éclater encore une fois. Tu sais combien de fois je me suis fait frappé ? Tu sais comment ils m'appellent ? Par mon nom de famille. Ils nous connaissent très bien et c'est toujours la même histoire. La nationale, ils te lâchent seulement quand tu cries et tu pleures... »
 
Arrivés sur la voie ferrée, les jeunes ont à peine eu le temps de comprendre. « On a entendu un gros coup klaxon, raconte Ashraf. J'ai volé et je suis retombé plus loin. J'ai vu que les deux autres étaient tombés. Les secours me mettaient des claques pour pas que je m'endorme et m'obligeaient à regarder vers les buissons pour ne pas voir mes potes. Et après je me suis évanoui. Ça a été très violent : quand je me suis réveillé ici [à l'hôpital], je courrais encore, dans ma tête, j'étais encore dans la poursuite. » Si Ashraf perd rapidement connaissance, Aurélien se souvient : « C'est un passager du train qui est venu faire les premiers secours et ensuite les contrôleurs et la sécu [la sûreté générale, la police de la SNCF] sont arrivés. » Contrairement à ce qui est dit dans la presse, le groupe de « CRS » arrivé sur place n'intervient pas suite au drame mais semble être celui qui a entrainé toute cette histoire.
 
Les flics qui les poursuivaient ont-ils pu savoir ce qu'il leur est arrivé par la suite ? « Quand on a sauté vers les rails, ils étaient à cinq mètres derrière nous », explique Ashraf. Pour Aurélien, c'est sûr, « ils ont vu le train passer deux secondes après nous. Ils nous ont coursés jusqu'au bout. » Concernant la thèse du raccourci relayé dans la presse : « On va pas prendre un raccourci pour aller sur les rails ! s'exclame Ashraf. Un raccourci pour aller où ? »
 
Intox
 
On se pose donc la question : d'où vient cette version des faits ? Peut-être a-t-elle été recueillie lors d'interrogatoires réalisés le soir même, sur le lieu de l'accident (avec Aurélien) ou à l'hôpital (avec Ashraf), ce dernier ayant dû signer des documents pré-remplis et sans les lire. Au-delà du fait de témoigner contre la police auprès de la police, on imagine aussi ce que signifie ce genre de témoignage lorsqu'on vient de connaitre un traumatisme aussi important. « C'est que hier [lundi 18 décembre] que j'ai vraiment réalisé ce qui s'est passé », explique Ashraf.
On comprend mieux ce qui a entrainé les feux de voitures de ce week-end à Fives. Et pourquoi les versions officielles de la justice, de la police et de la presse ont toujours autant de mal à passer aujourd'hui. L'affaire n'est donc pas classé. C'est tout un quartier qui réclame vérité et justice pour Selom et Mathis.
 
Le C.R.I.M.E Lille Le 20 décembre 2017"

Pocheco: La lettre ouverte

Reçue par mail, cette lettre ouverte nous pousse à mener l'enquête qui donnera lieu à l'article "Pocheco: lettre verte non recommandée". Cet article est à retrouver sur le site et en version papier dans La Brique N°51: "Crève travail"

 

Lettre ouverte à la presse, aux médias et à celles et ceux qui les écoutent

Nombre d’entre vous ont sans doute entendu parler du film « Demain ». Certain-e-s l’ont vu, beaucoup s’y intéressent probablement, d’autres, enfin, en diffusent idées et séquences.

Infiniment, nous nous sommes faits rouler dans la farine. Pourquoi ?

 

Un seul mot, ou plutôt une marque : « Pocheco ».

Lire la suite : Pocheco: La lettre ouverte

Relaxe pour les sambistes arrêté.es à Calais

Rappel des faits :

Le 23 septembre, à l'appel d'une dizaine d'associations nationales telles qu'Emmaüs France ou le MRAP, et comme dans de nombreuses villes de France et à l'international, se tenait à Calais, place d'Armes, un rassemblement pour la paix. Rien d'anodin à parler de Calais quand on connaît la situation d'apartheid entretenue depuis plus de 20 ans par la ville et qui connait des sommets de cynisme et de violence depuis l'expulsion de la Jungle en octobre 2016. Ce jour-là, déterminé.es mais calmes, plus de 200 personnes se sont retrouvé.es pour partager ensemble une journée d'action et d'information. Fanfare, ateliers, prises de paroles, stands d'infos et une ambiance bon enfant où les générations se croisent. En milieu d'aprem', les sambistes du réseau Rhythm of Resistance tentent d'entraîner une partie des militant.es présent.es en cortège autour de la place.

A peine ont- il.les atteint le croisement menant la rue Royale que les CRS présents en nombre les bloquent dans leur élan, appliquant la stratégie préférée des forces de l'ordre depuis le printemps 2016 : la nasse. Deux heures durant, la samba continuera de jouer et les personnes présentes de relayer les slogans, entourées d'un cordon de flics patibulaires qui ne relâcheront le garrot qu'en fin d'après midi. Bilan de la journée : quatre gardes à vue, dont deux de 48 h, pour outrage, rébellion et rassemblement non autorisé, des militant.es harcelé.es et arrêté.es à la porte de leur domicile les jours suivants le rassemblement, et le prétexte à davantage de répression envers les migrant.es qui continuent à se terrer dans les zones de relégation entourant Calais... Deux sambistes passent en procès le 23 octobre à 14h 30 au TGI de Boulogne sur Mer.

Le 21 novembre 2017, le délibéré tombe : RELAXE !!

Grande Synthe : le désespoir part en fumée

La Linière n'est plus. Après la destruction de Calais, beaucoup craignaient que l’État mette rapidement fin à l'existence du camp de la Linière à Grande-Synthe. Voilà plusieurs mois que les pressions se font plus fortes sur l'existence de ce « camp humanitaire » ouvert en mars 2016 à l'initiative de la mairie et Médecins sans frontières. Cependant, dès mai 2016, l’État annonce la reprise en main sécuritaire de la situation et nomme l'association d'insertion sociale AFEJI comme gestionnaire du camp1. Cette décision signe le point de départ d'un démantèlement qui ne dit pas son nom à coups de pression des autorités et de pourrissement de la situation (limitation des accès, destruction des shelters, déploiements policiers, etc.). En mars 2017, une nouvelle convention tripartite entre l’État, la ville de Damien Carême et l'AFEJI est signée laissant 6 mois de sursis au camp. Au final, c'est pendant une rixe entre Afghans et Kurdes d'Irak qu'un incendie violent se déclare dans la nuit du 10 au 11 avril2, transformant le site de la Linière en un épais nuage de fumée. En visite le lendemain sur les cendres encore tièdes des shelters, Mathias Fekl, ministre de l'intérieur, annonce qu'il n'y aura plus de camp à la Linière, « ni sous cette forme, ni sous une autre ». Belle aubaine : voilà qui arrange bien les affaires de l’État dont la responsabilité dans ce drame est clairement pointée tant les conditions de vie sur la Linière se sont dégradées, notamment depuis la fermeture de Calais.

La Linière labourée par l’État

L'incendie laisse 1 500 personnes sans abris. Très rapidement les services municipaux de Grande-Synthe, et les diverses associations qui ont l'habitude de venir en aide aux réfugié.es, s'organisent pour héberger en urgence dans trois gymnases de la ville une partie de ces 1 500 personnes qui « vivaient » sur la Linière. À noter que le maire de Dunkerque, Patrice Vergriete, qui avait écrit dans un style BHLesque une lettre aux dunkerquois en octobre 2015 dans laquelle il se demandait « comment pourrions-nous laisser des familles mourir de froid ou de maladie sur notre sol ? » a attendu l'incendie de la Linière de lundi dernier pour accueillir 125 réfugié.es dans un gymnase du quartier populaire de Basse Ville. « Notre humanisme a négligé les actes » disait Saint Exupéry. Deux ans et demi auront été nécessaires à P. Vergriete pour transformer ses paroles en actes.

 Au final si 1 100 réfugié.es sont accueilli.es dans différents gymnases de l'agglomération, entre 200 et 250 personnes rejoignent très certainement les campements informels qui ont éclos sur tout le littoral après la militarisation de Calais. Cette solution d'hébergement est temporaire, et les gymnases encore occupés devront avoir fait place nette dès la fin de cette semaine. Comme après le démantèlement de Calais, certains réfugié.es prennent cette opportunité comme un moyen de souffler un peu après cette semaine éprouvante avant de reprendre leur marche vers le littoral pour tenter de passer. D'autres cependant refusent de rejoindre des CAO déjà blindés à l'autre bout de la France, craignant de voir l'Angleterre s'éloigner définitivement.

L’État souffle sur les cendres et le FN sur les braises

Toutefois, toutes les communes de l'agglomération ne peuvent pas se targuer d'avoir le sens de « l'accueil » de Dunkerque ou Grande-Synthe. Dès le lendemain, les édiles locales déversent toute leur haine : « La Linière est devenue un magasin pour passeurs » lâche le député-maire de Saint-Pol-sur-mer Christian Hutin (MRC). « C'est l'argent des Français qui est parti en cendres » braille Philippe Emery, patron du FN pour le Nord-Pas-de-Calais. A Coudekerque-Branche, c'est dans les faits que la ville s'illustre par son hostilité. Différents canaux séparent cette ville administrée par David Bailleul (MRC) de la ville de Dunkerque. À quelques mètres de là où se situe le gymnase de Basse Ville accueillant des réfugié.es, se trouve le pont Jean Jaurès qui fait la communication entre les deux communes. Depuis mardi soir, sur ce pont du quartier de Sainte Germaine, et sur d'autres ponts de la ville de Coudekerque-Branche, des policiers municipaux sont postés pour veiller à ce que des réfugié.es ne pénètrent pas dans la ville « pour éviter qu'il y ait une installation comme à Grande-Synthe » nous dit-on au secrétariat du maire. Rien d'étonnant pour une commune qui arbore à chaque entrée de ville un grand œil noir sur fond jaune des Voisins Vigilants. David Bailleul qui aime à rappeler qu'il est historien de formation devrait (r)ouvrir ses classiques3 pour se rendre compte que ses mesures de contrôle au faciès à l'entrée de sa ville rappellent les heures les plus sombres de l'Occupation.

 

Ce qui est certain, c'est que Calais comme l'agglomération de Dunkerque n'en ont pas encore fini avec les réfugié.es. Dès le 14 avril, une cinquantaine de militant.es d’associations de soutien aux réfugié.es (SALAM, l'Auberge des migrants, Terre d'Errance, etc.) se rassemblent devant la sous-préfecture de Dunkerque pour dénoncer le déchaînement des élus locaux et l'inhumanité de la réponse de l’État. Des militant.es interrogé.es nous indiquent que les réfugié.es envoyé.es dans les CAO depuis deux jours sont d'ores et déjà en train de revenir sur le littoral. La fin de la Linière, conjuguée à l'approche de l'été qui facilite les conditions de passage en Méditerranée, pourraient accroître le nombre de réfugié.es dans la région et renforcer les camps informels qui poussent partout sur le littoral. L’État le sait très bien : depuis mardi matin la présence policière a été renforcée sur Dunkerque, l'ancien site du Basroch où se trouvait le premier camp à Grande-Synthe est surveillé de manière permanente. Une première tentative d'installation de camp informel de 250 réfugié.es kurdes a même été réalisée dans la nuit de jeudi à vendredi sur la base de loisirs du Puythouck à Grande-Synthe. Tentative rapidement annihilée par les forces de police. Après Calais, la militarisation de Dunkerque semble en bonne voie. On espère juste que David Bailleul ne fera pas sauter les ponts de sa ville en cas d'arrivée massive de réfugié.es.

La Brique

1. Lire :La Brique, « Quand l’État administre le désastre », Décamper, La Découverte, 2016.

2. Une enquête est en cours pour connaître les origines de cet incendie.

3. Notamment les ouvrages de l'historien américain R. O. Paxton sur la France de Vichy.

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