Présentation du journal La Brique

[ce texte date de 2007]

Nous avons lancé notre Brique dans la marre des médias en 2007.

Toutes ces années que nous discutons, agissons et donnons beaucoup de notre énergie à faire vivre ce petit canard. Si le premier numéro date de mars 2007, l’aventure remonte à l’automne 2006.

Les origines de ce journal sont multiples et sont un mélange bigarré de nos envies collectives et individuelles :

- Faire vivre un média libre et indépendant sans être un brûlot propagandiste, ni un organe militant. La Brique n’est attachée à aucune organisation, aucun parti, aucune institution. La Brique n’a donc que faire des discours de bonnes intentions. Que les responsables politiques tendance « sociale », les élites syndicales, culturelles et associatives se le tiennent pour dit : La Brique ne lâchera rien. Quant aux réactionnaires, gaullistes, fascistes, de droite ou autres centristes… La Brique est et sera impitoyable !

- La publicité marchande est hors-la-loi. Mais La Brique se garde un droit de soutien ponctuel à des démarches associatives ou de lutte. La possibilité d’obtenir des subventions ponctuelles n’est pas à écarter : racketter la mairie, la région ou l’Etat, pourquoi pas tant que les contreparties ne remettent pas en cause nos principes de fonctionnement et notre ligne éditoriale. L’idée maîtresse consiste à maintenir pour les membres de La Brique une complète liberté critique sur n’importe quel sujet, quelques soient les personnes mises en cause (patronnes, patrons, notables ou figures politiques, associations…) ; et donc un journal auto-financé grâce aux ventes, aux soirées de soutien et aux dons / souscriptions / abonnements.
La Brique se veut un outil d’information critique pour tout à chacun, chacune. Elle décrit la réalité sociale en tentant d’être un journal accessible par le plus grand nombre, un canard « populaire ». L’un des buts étant d’amener les gens à se mobiliser, à donner leur avis, sur des sujets, des faits, des projets qui les touchent directement.

- La Brique se veut un canard « sérieux », documenté et non diffamatoire : il utilise les pratiques journalistiques de base (collecte d’info, recoupement des sources, déontologie). Il privilégie l’enquête de terrain et l’investigation à la tribune d’opinion. Nous ne prétendons pas atteindre une pseudo objectivité ; l’objectivité du journaliste est un leurre : la manière de présenter les faits, ce qu’on ne dit pas, ce sur quoi on insiste, à qui on donne la parole : autant de démarches forcément subjectives et politiques, reflet d’une certaine réalité. Il ne faudra rien sacrifier à la vérité, mais avec suffisamment d’humour pour donner un peu le goût de lire. Si on ne résistait pas dans la joie, au nom de quoi le ferions nous ?

C’est donc à travers la sensibilité individuelle et le travail journalistique des participant-e-s à La Brique que se fera la proposition d’une interprétation cohérente du monde qui nous entoure, avec comme ambition de présenter les faits le plus honnêtement possible, en les soumettant constamment à l’usage de la contradiction.

- Donner à ce journal la possibilité d’être lu, sortir des réseaux strictement militants, d’où notre double choix d’être diffusé dans les kiosques et presses de la région d’une part, et d’autre part dans les lieux, alternatifs ou autre, qui veulent bien nous réserver une place et faire office de dealers de briques. Pour être dans les kiosques et autres presses, nous passons par le réseau NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne) qui détient un quasi monopole sur cette activité (il existe aussi les NMPL Nouvelles Messageries de la Presse Lyonnaise). La Brique a commencé avec une diffusion de 2000 exemplaires. Nous sommes passés récemment à 3000.

Faire un journal alternatif et autogéré, où la hiérarchie et la chefferie n’ont pas leur place, où la prise de décision recherche le consensus, où le partage des savoirs et savoir-faire est organisé. Nous fonctionnons sur un mode horizontal et collectif : relectures collectives, réflexions collectives sur les propositions de sujets, enquête ou reportage en binôme sont privilégiés. Concernant la vie du journal, différents mandats sont attribués à une ou plusieurs personnes membres rédacteurs/rédactrices du journal : Planning, Mise en page, Administration, Diffusion, Comptabilité, Webmaster, Gestion mailing, Point de vente, etc. La rotation des tâches se doit de fonctionner pour que chacune et chacun puisse se familiariser et maîtriser les différents aspects de la vie du journal. Les réunions de rédaction se font avec animatrice/animateur prise de parole si nécessaire. Les réunions se déroulent une fois par semaine, avec un « temps de bouclage » auquel participe, dans la mesure du possible, l’ensemble du collectif de rédaction et des collaborateurs/rices. L’édito est écrit à tour de rôle entre membre rédacteurs/rédactrices. Il est relu collectivement, corrigé et validé par le collectif de rédaction qui le signe.

La direction de publication est assumée collectivement par le collectif de rédaction. Des obligations administratives nous obligent à choisir un directeur ou directrice de publication, qui n’a aucun pouvoir réel mais qui apparaît comme tel dans l’ours du journal. C’est pourquoi ce rôle est tournant. Les principes d’organisation sont les suivants : autogestion, horizontalité, propriété collective, responsabilité et pleine conscience de ses actes, transparence, usage de la parole et du consensus comme règlement des conflits. La contradiction entre rédactrices/rédacteurs, cette pluralité des points de vue est le signe d’une ouverture d’esprit rare en ce bas monde de la presse.

- Se faire un reflet de notre région, de Lille, de sa vie sociale. Un genre de miroir qui devrait montrer, décrire, démontrer, bref, témoigner de l’évolution de Lille et de la région ; révéler les ressources de sa vie sociale, culturelle, politique, professionnelle et associative ; contribuer à dénoncer les dysfonctionnements, malaises et dérives de sa vie démocratique. Témoin de la vie des nos quartiers et de leur évolution économique et politique, on tentera de mettre en lumière ce que les cercles de pouvoir en font.

- Critique des médias et du pouvoir : La Brique, grâce aux enquêtes, tente aussi d’éclairer les coulisses du système économique, politique et culturel sur Lille et environs ; elle démontre l’emprise sur la région des groupes financiers et cartels industriels ; elle dénonce également les projets et ambitions des responsables politiques locaux et des patronnes et patrons du Nord-Pas de Calais : une oligarchie locale avec qui la presse « des bonnes nouvelles » s’entend pour ne pas trop faire de vague. La Brique veut participer à la construction d’un contre-pouvoir local, en se positionnant dans la mouvance d’une presse alternative d’investigation, face à la propagande des collectivités locales et au monopole du Groupe Voix du Nord. Elle se construit donc en partie sur une critique sans concession des médias ainsi que par le rejet d’une certaine manière de concevoir le travail journalistique (de bureau/de connivence). Le journalisme a souvent tendance à se laisser bercer par les stéréotypes : le monde vu par le petit bout de la lorgnette (social-libéral, blanc, catho, sexiste, productiviste, consumériste, technocratique, etc.). La Brique s’oppose aux idées reçues et combat à sa façon le monopole de la parole qu’induit la propriété exclusive des plus grands organes de diffusion et d‘information par quelques multinationales capables d’opérer la censure en leur royaume.

- Rien d’intolérable ne sera toléré dans La Brique : le racisme, le patriarcat et le négationnisme n’auront - par exemple - rien à y faire. Pas plus que l’apologie des hiérarchies, de la ségrégation où l’exploitation des corps et des esprits par le fric ou la pub. Écrire dans La Brique nécessite une réflexion sur la place des femmes dans le langage écrit : cela nous pose question. Devons-nous féminiser nos textes ? Sur ce sujet, nous avons décidé de donner toute sa place au genre féminin en recherchant des solutions "neutres" quand il s’agit de désigner des groupes de personnes qui, a priori, sont composés d’hommes et de femmes. Par contre, nous essayons d’éviter au maximum l’utilisation des "-e-" pour les adjectifs et noms communs. Il sera préférable de doubler : "habitants et habitantes" plutôt qu’"habitant-e-s". Cette nouvelle règle, contraignante par définition, est motivée par un souci d’accessibilité et de confort de lecture (ce qui ne nous empêche pas d’utiliser parfois les "-e-" quand une formulation devient trop lourde). Si un texte n’est pas féminisé de cette façon, c’est-à-dire réfléchie et consensuelle, l’auteurE du texte se devra d’argumenter – dans la bonne humeur – le sens d’une non prise en compte du genre féminin. Enfin, toutes ces questions nous font aussi penser que la place du féminisme et des luttes de libération et d’émancipation féminines (anti-sexistes et anti-patriarcales) doit ressortir dans nos choix et sujets d’articles plutôt que dans une pseudo-belle-éthique-proféministe-écrite de façade.

En Conclusion
La Brique est une aventure collective, et chaque participant-e à l’aventure devra faire attention à ne pas sacrifier ce collectif sur l’autel de son individualité (ou de son individualisme). Ce qui nous touche et nous tient à cœur n’est pas forcément une vérité établie et partagée collectivement. Nous avons et nous aurons des choix difficiles à faire. Que ce soit sur le style et la forme des textes (féminisation, style agressif, caustique, neutre ou mou,) ou sur le fond des articles, notre défi est d’accepter de perdre un peu de nos objectifs et exigences personnelles pour que la volonté collective d’informer puisse s’exprimer.

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